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Nr. 00272- Nov. 18th, 2025 – Weekly Newspaper devoted to Science & Technology in Africa ** Pour la promotion de l'esprit scientifique en Afrique

Le repassage des seins en Afrique: vers un péril identitaire?

Le repassage des seins en question ou l’exercice d’une mauvaise étude anthropologique? S’interrogerait tout esprit critique face à la grande confusion. L’idée de donner une contribution en référence au discours sur l’identité -je m’empresse d’ajouter humaine et culturelle- m’a été suggérée par Leonard Jamfa sur le Forum de l’organisation African Development Initiative suite à une discussion de haute facture, mais cependant sensible, au sujet aussi bien d’une formulation jugée dévalorisante et condescendante d’une pratique ancestrale ayant survécu à l’épreuve du temps pour prendre la forme de ce qu’on appelle de nos jours «connaissance endogène», mais aussi de l’article paru le 12 septembre 2011 dans le journal espagnol El Pais qui la décrit.

La formulation en question dont le projet visiblement cynique est le ravalement d’une pratique métaphysico-médicale est intitulée «repassage des seins». Le choix du vocable «repassage» met en exergue la confusion sciemment créée entre massage et repassage et suggère que les acteurs de cette pratique seraient incultes et inconscients de l’absurdité de l’acte qu’ils posent. Elle vient par des voies non détournées condamner à tout jamais le recours aux connaissances endogènes, seules susceptible de mettre les camerounais sur la voie de leur développement réel et les réconcilier avec leur ontologie. Chose plus importante; Il s’est révélé au cours des débats qu’une étude scientifique sérieuse avait été engagée par une ONG de renom et conduite par un scientifique camerounais, le Dr Ndonko. Les conclusions de cette étude, à la lumière des explications du Dr Ndonko, auraient plaidé pour l’arrêt immédiat de la pratique.

Respect des valeurs et coopération dans le respect

S’il est vrai que des domaines entiers de la vie sociale sont désormais infestés de charlatans, plus aptes à vouloir s’enrichir, par tous les moyens, au grand dam du respect des principes d’éthique traditionnels et de la vie humaine, on ne saurait condamner à mort, à cause de ces derniers, une pratique qui a donné satisfaction à long terme au sein de ladite culture. Une telle décision, par ailleurs lourde de conséquences sur un plan multidimensionnel, relèverait d’une volonté de destruction. Ce serait un nihilisme à la fois culturel, intellectuel et scientifique. Or cette métaphysique et ses possibilités de mise en exécution ont été abandonnées depuis le débat sur les positions de Heidegger qui avait fini par nuancer sa pensée.

Même en Europe, continent que nous imitons à profusion, il est plus question de déconstruction ou alors d’interprétation, voire de réinterprétation du présent et de tout ce qui l’entoure. Cette méthode permet de battre en brèche la métaphysique des oppositions et joue pour la continuité. Elle permet de jeter un pont entre le passé, le présent et l’avenir.

Or il est démontré (il existe une littérature abondante à ce sujet: depuis les pères Mveng, Abega et autres anthropologues camerounais) que la pensée métaphysique camerounaise (du nord au sud, de l’est à l’ouest, du centre à la périphérie) ne s’accommode pas des oppositions. Le père Abega le démontre dans son essai «Chrétien, mais Africain».

D’autre part, le Camerounais/ l’Africain n’a pas la culture du suicide. Il a beau être malheureux, il s’accroche à la vie. Si d’aventure la pratique décriée par nos amis avait été plus nocive que bienfaitrice, il est très sûr que des voies se seraient élevées depuis des siècles pour la condamner et peut-être entreprendre de la déconstruire.

C’est pour cette raison que la formulation «le repassage des seins», un peu barbare quand même, et les conclusions scientifiques s’y référant inspirent à priori méfiance vis-à-vis de ses géniteurs et poussent le lecteur ou l’auditeur à se poser des questions sur la bonne foi de ces derniers car, par expérience, les Camerounais sont habitués à la lecture des productions issues de la mauvaise anthropologie (la dénomination est du regretté Prince Dicka Akwa Nya Bon’Ebela).

Il est donc légitime d’exiger une deuxième lecture (approfondie et scientifiquement partenariale, auf Augenhöhe) de cette pratique afin d’éviter l’auto-flagellation. Je me réserve pour des raisons d’espace de m’étendre sur la question d’identité en considérant qu’elle a été effleurée plus haut en parlant de Heidegger.

 

Auteur: Dr. Jacques Bassock, Sociolingiste, Kassel, Allemagne.

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2 thoughts on “Le repassage des seins en Afrique: vers un péril identitaire?”

  • OMGBA MANGA dit :

    Le repassage des seins. J’en ai entendu parler pour la première fois quand j’étais en sixième. Il y a une vingtaine d’années presque. Mais plus que ça, c’était, au détour d’un cours de sport, au lycée Joss, la vision d’une espèce de brassière noire entourant la poitrine de quelques une de mes camarades qui m’intriguait. Chez moi par exemple, même si on ne parlait franchement pas de seins et encore moins de sexualité, j’en étais quand même à mes premiers soutiens-gorges, achetés par ma mère.

    Hors, la vision de nos camarades « sanglées » dans ces espèces de brassières noires qui se voulaient discrètes provoquaient parfois nos moqueries et notre pitié. Au détour d’aveux arrachés, une de nos camarades nous confia d’ailleurs qu’il lui était interdit d’en parler à qui que ce soit. Nous avons grandi et avant la classe de troisième, toutes les bandes avaient disparu.

    C’est bien plus tard que j’appris que la brassière ne venait qu’en renfort au « repassage ». Bien plus tard. J’étais déjà adulte.

    S’il nous arrivait très souvent de nous moquer de nos camarades « bandées », nous nous moquions encore plus souvent de celles qui, pour notre âge (allez savoir !!!), nous semblaient trop « pourvues » en volume mammaire, trop vieille pour la classe, trop femme déjà.

    Et je crois que tout part de là. Cette féminité, précoce pour certain. Enfant, je l’avais déjà constaté. Que dire des adultes ? Et surtout des hommes ?

    Je ne viens rien justifier. J’essaye de comprendre. Dans nos sociétés africaines traditionnelles, (comme au Cameroun d’où je suis originaire), il était coutume de marier sa fille très tôt. Ce sont les hommes qui marient. Mais les mères ? Quand on se voit vieille, délaissée pour une énième épouse, dépossédée de son passé, on n’a pas envie de recommencer l’histoire : voir un vieillard aux penchants lubriques lorgner sa fille ne peut rendre aucune mère heureuse. On a d’autres rêves pour son enfant : pourquoi ne deviendrait-elle pas enseignante, médecin, ingénieur au lieu de croupir dans une cuisine sombre et enfumée ? Alors, la jeune fille doit rester l’enfant à la poitrine plate, pour ne pas attirer, pour avoir une chance. Après, après seulement, la nature pourra reprendre ses droits, …peut-être.

    Seulement, a-t-elle demandé son avis à l’enfant ? Non. Pense-t-elle à sa douleur quotidienne ? Je crois que oui. Doit-on punir une mère qui « repasse les seins » de sa fille ? NON. Elle l’aime. Beaucoup. Mais elle se trompe. Et elle n’est pas la seule. Le père prêt à donner une enfant en mariage au premier venu est tout aussi fautif. Le voisin ou le passant qui n’hésite pas à faire des avances à une mineure l’est encore plus.

    Eduquer les parents sur les droits de la jeune fille et punir les contrevenants. Je crois que ce serait là la solution pour que des jeunes filles cessent d’être victime de leur féminité.

    • OMGBA MANGA dit :

      Juste le point de vue d’une femme qui a connu des « repassées » et qui n’aurait pas souhaité en être une.