Africa & Science – Afrika & Wissenschaft – Afrique & Science

Nr. 00272- Nov. 18th, 2025 – Weekly Newspaper devoted to Science & Technology in Africa ** Pour la promotion de l'esprit scientifique en Afrique

L’histoire du « repassage » des seins: Expression employée malhônnetement pour dénigrer l’art de masser les seins

L’histoire de la coopération Europe –Afrique a historiquement été marquée par le dénigrement et le complexe de supériorité de l’Occidental. Le débat actuel sur le « repassage des seins » n’est que la continuation d’une politique de coopération entachée par le sentiment de supériorité des personnes qui estiment être la référence, le centre du savoir. Tout d’abord, il y a dénigrement d’une pratique médicinale africaine qui a traversé des siècles et rendu d’énormes services aux peuples africains. Dans la tradition Medùmba d’où je suis issue au pays Bamiléké, on parle plutôt de « massage des seins » (« ne sam brûn« ) et pas de « repassage de seins ». Lorsque les jeunes seins apparaisent, l’expression qu’on utilise est le rapprochement du noyau dans le sein avec le fruit noir (« ba bré« ). De ce fait, l’invention de l’appellation « repassage » est savamment faite par ceux qui n’ont aucun intérêt à reconnaitre la haute valeur des savoirs africains autochtones, et qui voudraient imposer les leurs comme référence. Dans ma tradition, on ne s’improvise pas masseuse. C’est un art qui s’apprend. Je l’ai apprise, et je l’applique sans risque aucun pour la jeune fille.

Face à la grande complexité du présent, il est important que nous, Africain(e)s, soyons sérieux envers nous-mêmes. Nous parlons des temps modernes et n’effectuons aucun effort de compréhension des enjeux du moment. Je cite ici quelques cas pouvant nous instruire:

1) Pendant longtemps, les occidentaux critiquaient la pratique d’attacher les enfants au dos ou de mettre l’enfant sur le côté. Depuis qu’ils ont compris le bien-fondé de ces pratiques pour l’enfant, les mêmes la recommande aux femmes comme quoi l’enfant qui est dans la poussette est plus exposé aux maladies des osseuses. Je connais un Camerounais qui a réussi à leur prouver le bien-fondé de porter les enfants. Il y a des masques africains faits pour expliquer comment porter un enfant.

2) Quelle campagne n’a pas été mise sur pied en Afrique pour décourager les femmes à allaiter au sein? Quelle campagne n’a pas été entreprise en vue de les encourager à prendre les pilules? Quelle contre-campagne font-ils ici (en Allemagne) actuellement auprès des femmes?

3) En 2007/2008, j’étais dans un projet de séminaire portant sur un programme d’informatisation des compétences que devrait acquérir un étudiant ou une étudiante en sciences infirmières, de la première année jusqu’à la fin de la fin de sa formation en deuxième cycle universitaire. L’expert qui nous donnait des inputs sur les compétences d’une infirmière nous faisait savoir que cette dernière doit acquérir au moins 750 compétences à la fin de sa formation. Très surprise par ce nombre assez élevé, j’ai sollicité plus d’information sur le contenu d’une compétence. De ses éclaircissements, il ressortait que chaque type d’injection ou administration de médicament équivaut à une compétence pour laquelle l’étudiant(e) doit devoir passer avec succès un examen. Donc pour 750 compétences, il faudra pratiquement 750 examens.

Elle justifiait alors la grande minutie et la fragmentation à outrance du contenu du programme en une multitude de compétence pas de nombreux cas d’accidents médicaux enregistrées au cours des récentes années. Ne pouvant donc arrêter les pratiques médicinales du fait de leur bien fondé, il y a plutôt eu des recherches en parallèlement effectuées, et des solutions ont été trouvée pour l’améliorer de la qualité des soins de santé. Voilà pourquoi les étudiants et étudiantes en sciences infirmières sont aujourd’hui soumis à une panoplie d’examens. Ainsi, ici en Allemagne (comme partout ailleurs en Europe), quand au cours d’une consultation un médecin n’est pas sûr de son diagnostique, il effectue une petite recherche son computer. S’il ne retrouve pas l’information recherchée, il expédie tout simplement le malade chez un autre.

Recherches en vue de l’amélioration, et non l’interdiction

Revenant au cas du massage des seins, si les Allemands le pratiquaient dans leur société, constatant que certaines masseuses ne l’appliquent pas dans le respect des normes, ils allaient soit intégrer cela dans la médecine générale, soit travailler à améliorer la pratique en soumettant les masseuses à des séances de formation ou stages de perfectionnement. Mais, comme ils ne le pratiquent pas dans leur société, comme ils ne maîtrisent pas le dessous de cet art, ils préfèrent plutôt dénigrer cette technique médicine pratiquée dans la société des autres. Et nous alors, tout bêtement, nous nous soumettons à leurs propositions sans prendre le temps d’effectuer des recherches, d’aller au fond de la chose. Pendant ce temps, c’est sûr qu’ils travaillent acharnement pour mieux comprendre cet art que nos ancêtres nous a légué. Bientôt ils revenir un de ces matins avec la même pratique, mais emballée dans un autre papier. Ce jour là, pour accéder au contenu de notre propre savoir ancestral, nous devrons alors payer, payer pour avoir accès aux centres de formation sur le massage des seins.

Toujours ici en Allamagne  par exemple, l’opération des seins se pratique. Véritable opération de charcutage, elle est décriée pour ses possibles effets néfastes sur la santé de la femme. Toutefois, cette pratique qui présente d’énormes risques en cas d’imprudence du chirurgien n’est pour autant pas interdite. Des recherches sont effectuées en vue du perfectionnement de cet art.  De même, je pense que Dr. Flavien Ndonko et ses collègues médecins devraient plutôt penser au perfectionnement de l’art du massage des seins et non à son interdiction.

Il y a tellement d’exemples à citer. Arrêtons tout le temps de tomber dans ce piège de l’autodénigrement. Cessons de tout accepter sans jugement. Ayons aussi notre propre base de données. En tout cas, je suis toujours partante pour tout projet de recensement des techniques ancestrales. Car, nous avons obligation de les comprendre, d’améliorer celles qui sont mal exploitées, et de bien former les apprenant(e)s.

Auteur : Lydie Seuleu, Ingénieure Software

Comments are currently closed.