Le massage des seins : prévention de maladies ou simple stratégie pour retarder la puberté des jeunes filles ?
Cette contribution est le fruit d’une discussion sur le forum de l’ONG de droit allemand African Development Initiative (ADI). La discussion a été initiée par un article intitulé « Les filles sans seins au Cameroun », publié le 12 septembre 2011 par le journal espagnol El Pais. L’auteur de cet article parle de la pratique de « repassage des seins » et décrit brièvement la technique et les instruments de massage, avant de conclure que cette opération « endommage le tissu, les blessures causent les abcès, et, éventuellement, pourraient prédisposer au cancer.«
Ce traitement superficiel d’une méthode ancestrale de soins et les conclusions hâtives auxquelles l’auteur arrive vont à l’encontre de la logique scientifique qui exige que le rejet d´un fait doit être le résultat de recherches sérieuses. Jusqu´ici aucune étude, à notre connaissance, ne prouve que le cancer de sein est plus répandu chez les populations qui pratiquent cette technique que chez celles qui ne connaissent pas ladite pratique. Surtout que le cancer est défini en Occident comme une maladie de la civilisation. Avant d’affirmer que le massage des seins est une cause possible de cancer, il est nécessaire d´identifier de prime à bord les facteurs ayant changés dans son application et pouvant engendrer ladite maladie.La technique de massage des seins est un héritage ancestral de certains peuples du Cameroun. Il s’agit probablement (voire certainement) d’une technique qui a servi pendant des siècles et a survécu les décennies de la colonisation. Par conséquent, cette technique devrait être passée au peigne fin au travers des études à la fois sociologiques que médicales, afin de cerner ses bienfaits et ses risques.
Partant du fait que des populations ne sauraient laisser perdurer une technique que l’on aurait prouvée rétrograde, on devrait réfléchir sur la possibilité de protéger cette technique par un brevet. En d’autres termes, le massage des seins devrait être considéré comme une partie des connaissances autochtones à valoriser au lieu d’être dénigré au rang des fétiches porte-malheur. Une visite sur la page du Réseau Sciences et Développement (www.scidev.net) ce mardi 13 septembre 2011 montre des titres tels : « Le Botswana veut se doter d’une politique de protection des savoirs traditionnels » (24 août 2011), « L’Inde compte breveter le savoir médical de ses tribus » (12 août 2011), « La science moderne a besoin des connaissances autochtones » (6 avril 2011). Comme l’Inde, le Cameroun devrait bien considérer la possibilité de breveter le savoir médical qui consiste à masser les seins des jeunes filles. Il est d’ailleurs essentiel de considérer que cette technique ne se limite pas à la jeune fille, mais à lafemme en générale. Selon Lydie Seuleu (communication privée), le type et l’intensité du massage dépend de la thérapie visée. La jeune fille pubère reçoit un massage différent de celui de la maman qui vient d’accoucher.
Documentation et protection du savoir autochtone
La scolarisation à l’occidentale a créé chez l’Africain un conflit qu’il devra résoudre pour s’épanouir. Ainsi, il perçoit ce qui émane de sa culture comme étant mauvais et ce qui vient de l´extérieur comme meilleur. Ce qui est souvent oublié c’est que la science dite moderne évolue et que le traitement qu’on administre au centre de santé est le fruit d’un consensus. Par exemple, aujourd’hui en Allemagne les enfants de 2 à 8 ans prennent 250 mg comme dose de suppositoires de paracétamol. Il y a moins de 18 moins la dose était proportionnelle au poids corporel. Il faut d’ailleurs considérer que le paracétamol ne soigne pas la maladie (fièvre) mais étouffe simplement les symptômes. Il y a des médecins qui sont de l’avis que l’on devrait laisser le jeune corps apprendre à se défendre et ils appliquent cela à leurs patients. L’exemple du paracétamol montre clairement que la médecine moderne n’est pas absolue comme on pourrait en avoir l’impression.Pendant que la science moderne est écrite, compartimentée et basée sur les théories du système, les connaissances autochtones sont holistiques, spirituelles et traduites de manière orale. Comme la science moderne, les connaissances autochtones résultent des observations et des expérimentions et l’on peut se représenter que ce sont les résultats brevetés sous d’autres cieux qui sont fidèlement traduits de générations en générations. Il est donc temps de documenter ces connaissances, de les breveter et d’en faire la propriété des entités sociales qui les ont développées.En conclusion, chaque connaissance autochtone devrait être protégée et développée, qu’elle soit utilisée ou (temporairement) abandonnée. Ceci vaut tant pour l’autopsie, la circoncision.
Auteur: PD.Dr. Chicgoua Noubactep, Chimiste.
Le repassage des seins en Afrique: vers un péril identitaire? La médecine traditionnelle africaine: qu’est-ce que c’est au juste?
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