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Nr. 00244- Nov. 19th, 2019 – Weekly Newspaper devoted to Science & Technology in Africa ** Pour la promotion de l'esprit scientifique en Afrique

La médecine traditionnelle africaine: qu’est-ce que c’est au juste?

Il n’est pas aisé de délimiter la médecine traditionnelle africaine (MTA), surtout dans la partie subsaharienne, par le fait même de ses principes, puisés dans les coutumes des différents peuples qui ont habité cette partie du continent. De même elle n’est pas présentée comme une panacée, reconnaissant ses limites. Pour la plupart des aspects, il existe une grande ressemblance mais aussi de temps en temps une nette différence dans les modalités d’application d’un milieu à l’autre ou d’un pays à l’autre. Cette médecine soigne la personne humaine dans son intégralité ; elle se préoccupe des déséquilibres physiques sans oublier les dimensions morales, sociales et même environnementales.

La médecine traditionnelle africaine (MTA) comme patrimoine socioculturel:

A l’heure actuelle la notion de médecine traditionnelle qui semble se retrouver dans presque toutes les régions du monde, ne semble pas évoquer la même réalité chez tous ceux qui l’utilisent. Il est très facile de constater que beaucoup de personnes associent à la médecine traditionnelle l’usage simplement des plantes ou des extraits végétaux ; ou encore simplement à un inventaire des spécimens botaniques. Ce qui n’est qu’une vision bien réduite d’une réalité qui va au-delà de la « pharmacopée traditionnelle » pour puiser ses racines profondes dans un tout un patrimoine socioculturel dont interviennent croyances, religions, mode vie et coutumes. Bref la MTA est un art de guérison qui n’a de sens que s’il est bien circonscrit dans un système de croyances, qui dans notre étude est celui de l’Afrique en général, plus spécifiquement de l’Afrique Subsaharienne.

Contrairement à la médecine hippocratique telle que développée dans la zone euro-méditerranéenne, la MTA continue à procéder autrement qu’une science cartésienne, accessible par le seul apprentissage scolaire. Il s’agit de toute une manière de vivre et de concevoir le monde. On pourrait dire que soigner signifie « procurer à une personne le bien-être intégral ». Et dans cela intervient inéluctablement tout ce qui fait partie de l’univers de la personne : objets, pensée, poésie, chanson, relations sociales, plantes, animaux, ombre, lumière, etc… qui interviennent d’une façon ou d’une autre pour influencer l’état de santé. L’OMS définit la médecine traditionnelle comme étant « la somme totale des connaissances, compétences et pratiques qui reposent sur les théories, croyances et expériences propres à une culture et qui sont utilisées pour maintenir les êtres humains en bonne santé ainsi que pour prévenir, diagnostiquer, traiter et guérir des maladies physiques et mentales. » [1]. C’est une thérapeutique dans laquelle la bonne santé et la maladie sont souvent relativisées, compte tenu de la perception qu’en possède la société en question. D’où la présence de nombreux cultes et rituels qui accompagnent ou pas des méthodes directement thérapeutiques. C’est ainsi que toute personne qui y croit profondément ne peut pas se considérer totalement guérie de quelques maladies que ce soit, même purement organique, tant qu’elle n’a pas accompli les gestes rituels qui conviennent qu’elle s’estime en devoir d’accomplir.

La présence des interdits comme thérapies destinées à éloigner le malheur conforte l’idée selon laquelle le culte a pour but de sauvegarder la bonne santé, car à chaque interdit correspond la nature du mal devant survenir en cas de transgression. Pour illustrer cet aspect, voici un échantillon d’interdits :

  • [Rwanda] Il est interdit à une femme enceinte de passer tout près d’une maison qui brûle, de regarder le cadavre aussi bien d’un être humain que d’un animal (surtout d’un chien), d’assister aux cérémonies de funérailles
  • [Duala-Cameroun] Il est interdit à une femme de retomber enceinte entre les 2 et 5 mois d’après accouchement, car risque élevé de voir le premier enfant présenter des retards dans sa croissance.
  • [Bamoun-Cameroun] Il est formellement interdit à la femme de se livrer à la culture du plantain (nguom) comme la banane douce ; réservée à l’homme. La femme par contre cultivera l’igname (), culture de prestige non réservée aux hommes.

Dans la MTA, les animaux ont une certaine influence sur la vie des homes, intervenant dans leur bien-être. Comme l’affirme E. Gbodossou [4] et bien d’autres, l’homme est tout d’abord un être social dont l’existence est tributaire d’une vie harmonieuse, non seulement avec les êtres humains, mais également « avec les animaux, avec les plantes et avec toute la création terrestre et cosmogonique ». D’où l’existence d’un dialogue permanent entre l’homme et les autres créatures telles que les oiseaux. Ainsi par exemple dans la majorité des pays africains, si un corbeau perché sur une branche (sèche) vers 10 heurs du matin émet un cri caractéristique analogue à un ronflement en voyant venir un individu, il signale inéluctablement à cette personne la mort imminente d’un proche parent. Certains affirment que cela se produit effectivement dans les 72 heures. Le même oiseau peut avoir un autre chant différent du premier annonçant cette fois-ci la venue prochaine d’un bon messager dans la famille visitée. Des exemples comme celui-ci existent en grande quantité et tous suffisent à montrer que la thérapeutique traditionnelle africaine prend obligatoirement ses racines profondes dans un terrain d’abord socioculturel, irrigué par tout un ensemble de rites, de conceptions et de considérations dont on ne pourrait honnêtement la dissocier.

Auteur: Mr. Ghislain Auguste ATEMEZING

Ceci est l’extrait d’un article à paraitre dans:  Africa & Science, Spring 2012.

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