La Jeunesse africaine face à la violence d’État: vers un « printemps » tropical?
D’une superficie de 30.368.609 km2, l’Afrique couvre 6% de la surface totale de la terre et 20,3% de la surface des terres émergées[1]. Il est le deuxième plus grand continent en termes de superficie après l’Asie, si l’on considère que l’Amérique est un bloc formé de deux civilisations distinctes (l’Amérique du Nord et l’Amérique latine). Avec une population de près d’un milliard d’habitants en 2010, le continent africain occupe la deuxième place en termes de démographie au plan mondial. Devant elle se trouve l’Asie avec 4 .140. 336.501 habitants. L’Amérique forte de 925. 465. 375 habitants occupe la troisième position. La population africaine croit de façon exponentielle, c’est-à-dire a’ un rythme régulier et rapide. En 1960 elle était estimée à 277 millions. En 1970 elle passe à 357 millions, pour atteindre en 1980 le chiffre de 469 millions. Dix années plus tard, la population africaine est de 622 millions et 795 millions en 2000.[2] La population africaine représente ainsi en 2010 16,14% de la population mondiale.[3]
Sans rentrer dans un débat malthusien, on peut déduire que cette évolution démographique rapide n’est pas sans conséquences aussi bien pour les populations que pour les gouvernements. Avec son milliard d’habitants, l’Afrique fait face à un problème qui doit être pris en compte immédiatement, si l’on veut éviter une situation explosive dans les années à venir : Le devenir de sa jeunesse. En 2006, 44% de la population de l’Afrique au sud du Sahara était âgée de moins de quinze ans. Plus de la moitié de la population africaine est actuellement constituée de jeunes. Une jeunesse confrontée au chômage dont les taux dans certains pays avoisinent le seuil effrayant de 80%[4]. La jeunesse africaine semble n’avoir aucune perspective. Le favoritisme, le clientélisme, la corruption et les pratiques occultes (cercles ésotériques, sectes, etc.) inhibent tout espoir de réussite. De plus, le déficit démocratique, le manque d’alternance et la politisation de l’ethnicité comme modèle politique par excellence donnent aux jeunes le sentiment d’être délaissés et oubliés. Plusieurs générations de jeunes africains vivent dans une précarité indescriptible, sans aucun soutien de leurs gouvernements respectifs. Face à cet état de fait, La tentation de l’aventure occidentale et récemment orientale est devenue pour beaucoup la seule issue favorable pour une vie meilleure.
Les jeunes d’Afrique au sud du Sahara sont victimes d’une violence structurelle, c’est-à-dire cette forme de violence que Johan Galtung dans sa typologie définit comme « tout ce qui détruit les hommes dans leur être psychique, physique et spirituel de manière anonyme et sans qu’ils soient agressés personnellement par les armes ».[5] Ainsi sans pour autant porter atteinte à l’intégrité physique de sa jeunesse, la plupart des Etats africains exercent une violence plus subtile vis-à-vis de cette catégorie de la population (pas de travail, pas de débouchés, aucune prise en charge par l’Etat…). Un homme affamé est avant tout un homme mecontent, un jeune sans avenir est un révolté en devenir. Si plus de la moitié de la population africaine est en colère, il faut s’attendre à ce qu’elle la manifeste. Ce qui quelques années auparavant ne représentait aucun danger, risque avec la démographie exponentielle du continent constituer le foyer de protestation le plus spectaculaire jamais vécu depuis la fin des indépendances.
Vers un soulèvement massif des Jeunes?
Huntington mettait déjà en garde en 1996 en affirmant que « Dans les principaux pays arabes (Algérie, Egypte, Maroc, Syrie, Tunisie) le nombre de personnes de moins de trente ans en quête d’emploi augmentera jusqu’en 2010 environ. Par rapport à 1990, le nombre de demandeurs d’emploi augmentera de 30% en Tunisie, de 50% en Algérie, en Egypte et au Maroc, ainsi que 100% en Syrie. »[6] (On l’a vu avec le printemps arabe en Tunisie, en Egypte et dans plusieurs autres pays musulmans), il est fort probable que l’on vive ces révolutions au courant des années à venir en Afrique noire. Il est unanimement accepté que le désœuvrement des jeunes ait joué un rôle majeur dans les révolutions survenues en Tunisie et en Egypte. En effet, en 2009 le taux de chômage des jeunes en Afrique du Nord selon un rapport de l’UNESCO était de 24%, soit le plus élevé du monde, pendant ce temps, celui de l’Afrique subsaharienne n’était que de 12%[7]. Il est quasiment certain que plus le taux de chômage sera élevé, plus les chances d’une révolution seront grandes. La réaction de la jeunesse africaine face à l’insouciance et au mépris du pouvoir politique est inéluctable. Cà et là, se font entendre des grognements. Ces émeutes[8] sporadiques traduisent sans nul doute la profondeur du malaise et finiront par enclencher la mise en marche du grand bal révolutionnaire qui ébranlera cinquante années de statut quo et de léthargie. Ce mouvement protestataire sera sans aucun doute d’une violence extrême et exprimera le ras le bol d’une jeunesse longtemps sacrifiée à l’autel des intérêts plus ou moins obscurs. La cible ne sera plus simplement les gouvernements respectifs, mais bien plus l’ensemble de tout ce qui aux yeux de la jeunesse, les empêchent d’avoir une vie meilleure : le système économique libéral, le néo-colonialisme, les politiques restrictives d’immigration ainsi que l’ordre international incarné par les nations unies. La question n’est plus de savoir si la jeunesse africaine prendra son destin en main, mais plutôt dans combien de temps elle le fera. La mèche est allumée, il revient aux gouvernements de l’éteindre, en adoptant des politiques qui prennent en compte les aspirations de la jeunesse. Ils peuvent aussi faire la politique de l’autruche et se réveiller un matin avec une armée de jeunes gonflés à bloc, déterminés à prendre en main leur destin. Nul ne sera besoin pour eux d’aller au loin chercher l’inspiration, il suffira de jeter un regard vers la Tunisie ou même l’Egypte pour comprendre que tout cela est POSSIBLE.
[1] Sayre,April Pulley. 1999, Africa Twenty-First century book (ISBN)
[2]Radio france international: www.rfi.fr/contenu/20100127-evolution-population-africaine-1960-2000,
CIESIN/PNUE/GRID. 27.01.2010.
[3] CIA World Factbook 2009.
[4]Liberia 85%, Zimbabwe 80%, Burkina-Faso 77%, Cameroun 30%. Source: http://www.indexmundi.com/map/?l=fr&r=af&v=74. 20.04.2011.
[5] Roy Adrien Preiswerk, directeur de l’Institut universitaire d’étude du développement (IUED) et professeur à l’Institut universitaire des hautes études internationales (IUHEI) de l’Université de Genève, est l’un des fondateurs en 1980 du Geneva International Peace Research Institute (GIPRI)
[6] Huntington P. Samuel : Le choc des civilisations, Odile Jacob, 1996, P.171.
[7] Source: http://www.elearning-africa.com/eLA_Newsportal/ 20.04.11.
[8] Cas des émeutes de février 2008 au Cameroun qui ont fait plusieurs dizaines morts.
Auteur: F. Armand Kamdem
Doctorant, Département de Science Politique
Université de Marburg (Allemagne)
Université de Genève: Bourse de doctorat en science politique En quelle langue pensez-vous? Les langues africaines en déroute
Comments are currently closed.
Tres edifiant ce recit telement poignant, certes la demographie est un facteur majeur pour le developement de l afrique, mais je crois que ce serait unpeu maladroit de dire :<> car en ma petite observation si l’afrique se peuple des INVALIDES dans tout les sens du terme je crois qu’on court toujours vers la ruine et le regressement dans ce cas precis le developement ne sera jamais au rendez vous, il sera toujours dans l’esperance vain. vrai la jeunesse africaine est entrain de prendre conscience et n’acepte plus le bal des hypocrites operé en afrique par l occidant et cie, pour ma part le jour ou L’AFRIQUE SERA SON CENTRE D’INERTIE marquera le debut de la fin des maux africains… merci encore pour ce texte