Je suis Noir, mais je parle comme les Blancs: est-ce un problème?

La «whitisation», est-elle est un problème? Si oui, attention! Ne cédons pas à la facilité. En effet, si nous admettons que l’Afrique et les valeurs reçues de nos ancêtres sont nos repères, alors il se pose actuellement dans notre société un problème de crise identitaire dont l’une des manifestations est la whitisation, c’est-à-dire le fait de parler comme les Blancs (whites). La crise constatée, les acteurs du champ social abordent le problème de façon partiale. L’on voudrait bien que le citoyen X ou Y cesse de whitiser. Cependant, on prête peu d’attention à sa tenue vestimentaire, à son style littéraire encore moins à ses convictions idéologiques ou religieuses. La crise identitaire est ainsi abordée de façon réductionniste. Pourtant, quand l’étudiante algérienne de littérature française habitant la banlieue d’Alger s’exprime en Français vêtue d’un Blue Jean Levis, d’un T-shirt Tommy Hilfiger auxquels elle ajoute son voile (niqab), de l’avis des observateurs, il n’y a aucun rejet de sa culture. Car, la musulmane qu’elle est se conforme aux rites que lui recommande sa religion, ceci tout en demeurant la jeune étudiante des lettres modernes françaises. Ses concitoyennes de la banlieue parisienne affichent d’ailleurs le même profil. Pour l’autorité publique française, il y a refus d’intégration de leur part, et développement d’une société parallèle. Pourtant, elles parlent français comme les Français, sont de la même race (blanche), ont la même nationalité (française), affichent un profil moderniste avéré (Blue Jean Levis avec Sac à Main made in France et parfum Christian Dior parfois), mais sans un seul instant rejeter les valeurs islamiques qui fondent leur identité.
Question : Pourquoi le fait de whitiser devrait-il être d’office considérer comme une négation de soi à Yaoundé au Cameroun ou à Dakar au Sénégal? Ne peut-on pas whitiser tout en refusant de signer un accord de coopération avec la France au nom des grands intérêts de l’Afrique ? Si whitiser est une négation de soi, en quoi la forte croyance aux églises chrétiennes importées n’est-elle pas? Si whitiser pose problème, le costume-cravate-trois pièces de l’entrepreneur africain de Douala (au Cameroun) ne témoigne-t-il pas d’une option référentielle occidentale avérée?
Selon moi, s’attaquer à la whitisation sans études qualitatives préalables et sans débats préalables sur l’identité n’aide pas à la résolution du problème de crise identitaire, si problème il y a. Quittons rapidement le champ des conclusions simplistes et étudions nos sociétés. C’est à cela que devraient servir les mémoires de maîtrise, les thèses de doctorat, etc. généralement soutenus dans nos universités d’Afrique.
Merci et au plaisir de recevoir vos questions.
L’Internaute
Image: Couverture du livre de Frantz Fanon, Peau noire Masques Blancs paru en 1968.
11 PhD Scholarships in the framework of the European Network for Political Ecology (ENTITLE) Colonial Book: A comparative grammar of the South African Bantu languages (1891)
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1- La précédente réflexion ne porte aucune signature, et vous souhaitez que des gens réagissent en signant de leurs noms. C’est une entorse dont je fais fi, néanmoins.
2- On peut comprendre qu’un Africain subsaharien qui est né et a grandi en Europe, par exemple, « whitise ».
3- On peut comprendre qu’un Africain subsaharien né en Afrique, puis émigré en Occident, « whitise ». Mais, où est-ce que le bas blesse? En Afrique vous ne « whitisiez » pas, après dix années passées en Occident vous whitisez, vous rentrez en Afrique et vous ne « déwhitisez » plus, même après vingt ans sur place. »ça cale », comme on dit souvent. Il y a là un rejet de son moi culturel, un complexe d’infériorité vis-à-vis du Blanc.
4- L’Africain devrait autant être capable de signer NON sur un contrat face au Blanc, dans son parlé normal du français ou de sa langue.
5- Qui vous dit que l’Algérienne que vous décrivez n’est pas souvent stigmatisée par les conservateurs? Vous connaissez les Islamistes, non?
N’ ajoutons pas des clichés contre l’Africain subsaharien. Merci et à bientôt.
Les étudiants qui étudient l´Allemand changent-ils leur ton? Si oui peut-on reconnaître? De toute façon du moment oú on apprend une langue, on devient un peu quelqu´un d´autre car la façon de parler, de se présenter change et on entre plus ou moins dans le cosmos de celui qui parle cette langue. Seulement une langue peut être comme un cours d´eau qui traverse les villages et prend la couleur de terre de chaque village, en laissant aussi celle des autres terres.