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Nr. 00272- Nov. 18th, 2025 – Weekly Newspaper devoted to Science & Technology in Africa ** Pour la promotion de l'esprit scientifique en Afrique

« La colonisation n’est pas la cause du malheur de l’Afrique d’aujourd’hui »: Volker SEITZ, ancien Ambassadeur d’Allemagne au Bénin et au Cameroun

Ces propos dans son livre publié en 2011 paraîtraient à première vue provocateurs ou révisionnistes dans la mesure où de nombreuses recherches scientifiques ont mis en lumière l’impact néfaste de la colonisation occidentale sur la situation actuelle de notre continent. À notre connaissance, l’un des travaux les plus pertinents sur ce sujet est un livre paru chez Peter Lang en 2005 et qui analyse de façon systématique l’impact de trois principales structures héritées de la période coloniale sur le développement de l’État postcolonial en Afrique[1]. Dans cette œuvre, l’auteur observe la politique éducative, le modèle économique et le découpage territorial hérités du pouvoir colonial. En ne considérant que deux de ces trois facteurs structurants à savoir, la monnaie et le territoire, l’Afrique noire est déjà mal partie[2]. De ce fait, affirmer que la colonisation n’est pas la cause de l’état actuel de ce continent est inexact.

Pourtant, il faut autrement comprendre les propos de l’Ambassadeur Volker Seitz. Son affirmation ne retrouve son sens que dans le contexte dans lequel il s’exprime. En effet, il met en rapport les richesses du continent, la qualité intellectuelle de l’élite politique et les résultats qui émergent de leur gestion. Ainsi appréhendé, il devient absurde et à la limite choquant que l’on puisse parler de crise de la faim aujourd’hui sur le continent. L’exemple le plus éloquent que l’auteur prend est la Tanzanie : « Ce pays dispose de toutes les ressources et avantages dont a besoin un peuple pour vivre heureux : aucune guerre d’indépendance à la naissance de l’État; pas de despote soucieux de conserver le pouvoir politique dans une seule et même main; aucune dictature militaire; aucun putsch; pas de tribalisme ou conflit ethnique avéré; aucun conflit religieux; une large ouverture sur la mer; aucune sécheresse ou autre catastrophe naturelle avérée; un faible taux de criminalité; pas de réserves pétrolières ou de cuivre certes, plutôt une diversités de ressources naturelles par contre. Mais, malgré ces facteurs positifs auxquels s’ajoute la préférence qu’ont toujours eu les bailleurs de fonds pour cet État depuis l’indépendance, la Tanzanie demeure l’un des 10 États les plus pauvres de notre planète »[3]. Comment expliquer cette situation?

Ce paradoxe, la colonisation et la traite négrière ne sauraient l’expliquer. Selon Monsieur Volker Seitz, la gestion de l’aide publique au développement en est la véritable raison : corruption et irresponsabilité de l’élite du pouvoir du côté africain, complaisance et silence coupable de l’élite du pouvoir du côté occidental. L’état du sous-développement qui en résulte ne saurait être interprété la conséquence d’une fatalité. Il est bien le résultat logique de l’action des décideurs politiques des deux bords. Volker Seitz dénonce ainsi la complicité criminelle desdites élites : une élite politique africaine toujours avide d’argent, et une élite politique occidentale qui privilégie l’objectif de stabilité des gouvernements amis à celui de la lutte contre la pauvreté et le sous-développement des peuples en difficulté. Car, il n’y a rien de plus cynique que de constamment allouer des fonds aux gouvernements présentant des records tristes en matière de démocratie et de respect des droits élémentaires de la personne humaine. Il y a donc manifestement déformation de la fonction même de l’aide au développement, d’instrument de lutte contre la pauvreté et d’outil de développement à instrument de conservation ou de reproduction de l’élite du pouvoir dans les États de l’hémisphère sud. Grâce à l’impôt du contribuable occidental, les États d’Afrique postcoloniale risquent de nouveau d’être colonisés, non plus par les occidentaux comme ce fut jadis le cas, mais plutôt par une oligarchie locale[4]. D’où les raisons de l’inquiétude du diplômate Volker Seitz.



[1] Leonard Jamfa: Comment comprendre la «crise» de l’État postcolonial en Afrique? Un essai d’explication structurelle à partir des cas de l’Angola, du Congo-Brazzaville, du Congo-Kinshasa, du Liberia et du Rwanda, Peter Lang, Bern, Frankfurt, 2005, 460p

[2] Nous faisons ici référence au livre suivant : René Dumont: L’Afrique noire est mal partie, Seuil, Paris, 1965, 285p.

[3] Volker Seitz: Afrika wird armregiert oder Wie man Afrika wirklich helfen kann, P. 8 («L’Afrique est mal gouvernée. Comment mieux l’aider», Traduction propre).

[4] Ibid, p.46

Source: Volker Seitz: Afrika wird armregiert oder Wie man Afrika wirklich helfen kann, DTV, 5. Ed. , Munich, 2011

(« L’Afrique est mal gouvernée. Comment mieux l’aider », Traduction propre)

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Auteur: 
Moses Chiadjeu
Africa & Science

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3 thoughts on “« La colonisation n’est pas la cause du malheur de l’Afrique d’aujourd’hui »: Volker SEITZ, ancien Ambassadeur d’Allemagne au Bénin et au Cameroun”

  • KOM Bernard dit :

    On ne peut pas tirer une conclusion générale à partir d’un cas isolé. C’est la véracité générale qui entraine la véracité particulière.
    La colonisation n’a jamais été la cause du sous-développement de l’Afrique, mais plutôt l’une des causes majeures. En fait, les conséquences de la colonisation sont nombreuses tant sur les plans politiques, économiques, culturels, que sportifs, etc.
    Si l’argent de l’aide publique au développement en Afrique vient souvent de l’épargne du contribuable occidental, il ne faut néanmoins pas oublier que dans le cas de la Françafrique par exemple, l’argent de l’Afrique est à nouveau prêté aux Africains. Merci.

  • Lorie dit :

    Une analyse qui ose dire ce que beaucoup d´Européens en Afrique préfèrent garder pour eux, de peur de se voir faire un procès moral du passé. Il faut oser parler vérité, peu importe de quel côté on se trouve.
    Espérons que ce livre sera bientôt traduit en Français!!!

  • Volker Seitz dit :

    Le Parisien a publié le 2 mars 2012 deux pages sur « Des président africains au train de vie scandaleux » Appartements luxueux, bijoux,yacht, vetements sur mesure…. L’enquete sur le « biens mal acquis » a mis au jour les mécanisme de détournement de fonds de trois chefs d’Etat africains. Au coeur du scandale, les présidents de la Guinée équatoriale, du Gabon et du Congo soupconnés d’avoir pillé leurs pays à leur profit.
    Volker Seitz http://www.Bonner-Aufruf.eu