Africa & Science – Afrika & Wissenschaft – Afrique & Science

Nr. 00272- Nov. 18th, 2025 – Weekly Newspaper devoted to Science & Technology in Africa ** Pour la promotion de l'esprit scientifique en Afrique

L’abandon des langues africaines et des religions traditionnelles comme causes du sous-développement de l’Afrique? Le plausible démenti des faits

Fichier:African language families fr.svgIl est assez frappant de voir comment certains débats en milieux intellectuels africains prennent parfois des tournures passionnelles ou religieuses, au point de laisser le lecteur non averti pantois. Pourtant, il est acquis depuis des lustres que quiconque voudrait faire œuvre d’Homme de science devrait passer tout au tribunal de la raison, quitte à heurter ses propres convictions les plus profondes, car la science a horreur des certitudes. S’il est question de croyance ou de foi,  l’église, la mosquée ou le temple sont les lieux les plus indiqués. L’acteur (le sujet croyant) pourra alors s’en remettre à ses convictions les plus profondes indépendamment de la réalité effective de la chose. Mais s’il faut être de science, alors seuls les faits dicteront le résultat final de l’analyse. Car, l’acteur (le sujet pensant) a obligation de ne s’en tenir qu’aux faits. Toute thèse qu’il défendra doit être soutenue par des faits probants, exactement comme l’a fait Cheikh Anta Diop, Tchuindjang Pouémi et bien d’autres. Il s’en suit logiquement que la seule confrontation acceptable en science est le choc des arguments fondés sur les faits.

Or qu’a-t-on très souvent observé sur nos forums?  Des malaises. Des insultes tantôt ouvertes, tantôt dissimulées à l’endroit des contradicteurs. Des expressions telle «chauve-souris» seront utilisées à l’encontre de certains participants aux débats, et des intervenants (à court d’arguments?) accuseront l’incapacité de leurs contradicteurs à «s’élever intellectuellement». Loin d’opposer des arguments aux arguments, l’on assiste plutôt à un déchainement des passions dont la virulence contraste avec le degré d’éducation postulé de leurs auteurs.

Depuis bientôt deux mois sont échangés sur le forum de African Development Initiative des contributions intellectuelles sur les causes du sous-développement de l’Afrique. Si certains intervenants se distinguent par la qualité de leurs contributions qu’ils essayent de reposer sur des faits, d’autres par contre brillent par leur marginalité par rapport aux exigences de la science. Des déclarations sont parfois faites avec insistance. Leurs auteurs les tiennent pour des vérités, et souhaiteraient que des autres en fassent de même. Seulement, leurs arguments ne résistent guère à la confrontation aux faits. Dans l’ensemble, nous avons pu identifier  trois thèse devenues redondantes dans le discours africain sur le sous-développement de l’Afrique : (i) Les langues d’emprunt comme obstacle au développement, (ii) les religions d’emprunt comme outil de l’impérialisme et donc de l’asservissement des Africains, (iii) le colonialisme et la traite négrière… Tout est cause de sous-développement en Afrique. Tout est mélangé et le lecteur ne saisit pas très bien la part de chacun des éléments ci-dessus cités dans la débâcle  actuelle de notre continent. Les auteurs desdites thèses justifient le décollage économique de certains peuples de l’Asie et de l’Occident par le fait qu’ils aient gardé leurs religions ou leurs langues nationales, etc.

Seulement, leurs arguments ne trouvent guère de fondement dans les faits pour des raisons suivantes :

Le rapport entre la colonisation et la mal gouvernance (caractérisée notamment par les pillages et les détournements des deniers publics) n’est pas établi. Aucun esprit scientifique ne peut démontrer comment le fait d’avoir été colonisé, esclavagisé, ou alors le fait d’avoir abandonné nos langues nationales nous oblige à piller nos propres États avec la complicité des anciens (France, Angleterre, Espagne, etc.) ou des nouveaux (Chine, Inde) colons. Seule une responsabilité intrinsèquement africaine est à interpeler sur ce contrefait.

Les religions: On nous dit constamment que l’Europe est développée parce qu’elle a gardé sa religion, le Christianisme. Pour commencer, et malgré l’amnésie des Européens eux-mêmes, l’Europe judéo-chrétienne date d’un peu moins de 2000 ans. L’Europe a une histoire pourtant plus ancienne. Depuis l’antiquité gréco-romaine jusqu’à l’Empereur Constantin (qui va adopter le christianisme comme religion officielle de l’Empire Romain (d’où la qualificatif de Catholique), l’Europe était polythéiste, fétichiste et croyait en plusieurs Dieux à la fois, des Dieux réunis au sein du Panthéon. Cette Europe là brulait ses morts ou leur offrait des cultes dont les visites des cimetières et certaines fêtes dites chrétiennes aujourd’hui n’en sont que les héritières. L’Europe a donc abandonné son polythéisme et son fétichisme pour embrasser une religion étrangère qu’elle avait au demeurant combattu dans le sang, faisant des milliers de morts parmi ses adeptes. Il est donc historiquement faux de dire que le christianisme est européen. Il est oriental d’origine comme l’Islam et le judaïsme. L’Europe s’est donc développée avec une religion d’origine étrangère qu’elle s’est bien appropriée. J’aimerais qu’on me donne des faits contraires sur ce point.

Toujours selon la même thèse, l’Asie se développerait grâce à son Bouddhisme.  Mais de quelle Asie parle-t-on? De l’Indonésie qui aujourd’hui représente la grande puissance sous-régionale et aussi le plus grand pays musulman du monde? S’agirait-il du Bangladesh alors constitué à 100% de Musulmans? Ou alors des Philippines peuplées  à 80% de Catholiques et à 10% de Musulmans? S’agirait-il de la Malaisie? Elle est à 85% musulman. Tous ces pays sont en croissance accélérée depuis plus de 20 ans. Ce qui démontre clairement qu’on peut embrasser une religion d’origine étrangère et se développer avec elle. L’Asie ne se limite plus à la Chine, au Japon ou à la Thaïlande.

Revenons au cas des pays arabes : Ils ont su garder leur religion. Mais qu’en font-ils au juste? Ils le disputent aux Africains en matière de gaspillage de ressources, et pour tout dire, de gouvernance imbécile. Il n’y a qu’à voir comment ils se retrouvent quand ils n’ont pas de pétrole/gaz (Mauritanie, Yémen…) et ce malgré leur islam et leur arabisme. Mouammar Kadhafi avait réussi a démontrer qu’il ne suffit pas d’être Arabe ou Musulman. Encore faudrait-il avoir la volonté et la capacité de bien gérer les ressources des États que l’on gouverne, et d’œuvrer au bien être de ses concitoyens. Mal lui en a pris justement avec la scélératesse des plus grands Arabes et Africains que nous sommes (Afrique du Sud et Nigéria)

Certes, notre continent est sous-développé. Mais il y a désormais plusieurs Afriques. En consultant les données statistiques disponibles, nous constatons que l’ensemble East-Southern Africa est en croissance continue depuis plus de 10 ans, tiré par l’Afrique du Sud qui a rejoint le BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, South-Africa). En Afrique de l’Ouest, le Ghana se détache (meilleure performance avec l’Éthiopie en 2011). Mais du fait de la mal gouvernance, les gains de l’Éthiopie ont été rapidement annulés par la crise de la faim. Autant le préciser, la crise de la faim résulte de la mal-gouvernance et n’a pas d’autre cause. L’espace francophone demeure le ventre mou du continent, avec l’Afrique centrale comme épicentre de tous les maux de la gouvernance aveugle. Au regard de ce qui précède, il serait mal indiqué d’adopter le profil des Européens qui feignent de croire que l’Afrique est une entité unique que l’on peut évaluer à partir des performances de deux ou trois États, forcément les moins performants.

 Sur les langues nationales: il a aussi été soutenu avec force sur le forum que l’Afrique est sous-développée parce qu’elle aurait abandonné les langues africaines au profit des langues d’emprunt. Si cet argument était soutenable, l’Ethiopie, le Rwanda et le Burundi seraient les pays les plus développés du continent. Car, ils ont su garder leurs langues nationales, assurant la formation scolaire des jeunes exclusivement en langue nationale (cas du Rwanda et du Burundi) jusqu’en classe de 4e. Il y a de cela 15 ans seulement que cette politique a évolué. Pourtant, la réalité desdits États demeure mouvante.

Parlant des religions africaines, un devoir de précision s’impose; car de quelles religions africaines parle-t-on concrètement? Le Vaudou n’a plus d’Africain que de nom. Il est mieux organisé et pratiqué au Brésil que dans le Golfe de Guinée dont il est originaire. S’agirait-il du Mvet de l’Afrique équatoriale? Il n’existe plus que de nom. Il faudrait peut-être le revitaliser. Oui! on peut regretter l’appauvrissement culturel qui résulte de telles pertes. La culture a sa part de contribution au développement. Mais en faire un levier reste à démontrer.

Quelques considérations pour terminer : quelques-uns, un peu remontés  ont cru soutenir que les Africains sont plus focalisés sur le sport et la danse.  Là encore, je convoque les faits qui démentent une telle consolation. Il n’y qu’à voir la géographie mondiale du sport et de la danse. Là aussi l’Afrique se situe au bas de l’échelle. On peut citer quelques rares vedettes ici ou là aujourd’hui ou hier. Mais dans l’ensemble, rien de consistant. La raison en est simple. Nous sommes restés au niveau ludique et primaire du sport et de la danse. Car ces domaines sont des espaces qui contribuent au développement des pays qui sont bien organisés. La danse et le sport offrent aujourd’hui des opportunités en termes d’infrastructures, d’emplois et donc de plus-value économique. C’est pourquoi on dira que l’Afrique est un continent de football alors que c’est en Occident que cette activité contribue le plus au développement. La preuve en est que nos rares Stars pour briller doivent aller en Europe. Pendant ce temps, les Stars brésiliennes, asiatique et même sud-africaines (de plus en plus) ont le choix entre rester au pays et aller à l’étranger. Mais une fois de plus, ce ne sont là que des épiphénomènes. Les phénomènes nous enseignent certainement le contraire. Mais la science part toujours des faits, épiphénomènes pour s’élever aux phénomènes. C’est ce qu’ont enseigné les Hommes de science, Cheikh Anta Diop en tête. Toute affirmation devrait reposer sur des faits avérés  si on veut faire œuvre de science. Sinon on est en religion. L’abandon de nos langues maternelles et religions traditionnelles a sans nul doute négativement influencé notre processus de développement. Mais justifier le développement des peuples d’ailleurs par la sauvegarde et l’institutionnalisation de leurs langues et religions nationales relève plutôt de la surenchère. Un tel argument ne correspond absolument pas avec la réalité effective de la chose. Mais nos diopistes du dimanche-matin nous diront aussi que comparaison n’est pas raison.

Auteur:
FALSE
Africa & Science
 
Image: Une vue de quelques ères linguistiques d’Afrique.
Source: Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:African_language_families_fr.svg, 09.01.2012

Comments are currently closed.

One thought on “L’abandon des langues africaines et des religions traditionnelles comme causes du sous-développement de l’Afrique? Le plausible démenti des faits”

  • […] Il est assez frappant de voir comment certains débats en milieux intellectuels africains prennent parfois des tournures passionnelles ou religieuses, au point de laisser le lecteur non averti pantois. Pourtant, il est acquis depuis des lustres que quiconque voudrait faire œuvre d’Homme de science devrait passer tout au tribunal de la raison, quitte à heurter ses propres convictions les plus profondes, car la science a horreur des certitudes. S’il est question de croyance ou de foi, l’église, la mosquée ou le temple sont les lieux les plus indiqués. L’acteur (le sujet croyant) pourra alors s’en remettre à ses convictions les plus profondes indépendamment de la réalité effective de la chose. Mais s’il faut être de science, alors seuls les faits dicteront le résultat final de l’analyse. Car, l’acteur (le sujet pensant) a obligation de ne s’en tenir qu’aux faits. Toute thèse qu’il défendra doit être soutenue par des faits probants, exactement comme l’a fait Cheikh Anta Diop, Tchuindjang Pouémi et bien d’autres. Il s’en suit logiquement que la seule confrontation acceptable en science est le choc des arguments fondés sur les faits.  […]