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Nr. 00272- Nov. 18th, 2025 – Weekly Newspaper devoted to Science & Technology in Africa ** Pour la promotion de l'esprit scientifique en Afrique

Cameroun: Les universitaires sommés de rentrer dans la tenue… d’étudiant

C’est en 2008 que Madame Dorothy Njeuma alors recteur de l’Université de Yaoundé 1 (Cameroun) crut utile d’encadrer la tenue des étudiants de son institution. Dans une circulaire, elle interdisait : « Les tenues ultra moulantes ; vêtements (jupes ou haut) très courts ou trop décolletés ; pantalons taille basse exhibant les sous-vêtements ou leur absence ; jeans délavés ou tailladés entre autres, est à présent entrée en vigueur. » Depuis lors, le texte est demeuré dans les tiroirs, avant d’être récemment découvert par le nouveau patron des lieux, le Professeur Oumarou. Le reportage ci-après rend compte de toute l’ambigüité de cette mesure dans un contexte social où l’indécence et l’immoral vont bien au delà de la tenue vestimentaire.

Des dégingandés, des percés, des cloutés, des scalpés, des nus vivants et même des morts-vivant

Toutes les heures, tous les jours, à toutes les entrées du campus. Et le Rectorat de Yaoundé I de s’indigner et de décider de mettre de l’ordre dans la maison. On veut du net, du propre. Mais quand même !  Les corps, ca ne doit pas se promener tout nus ! Ca ne se dénude qu’entre quatre murs, à l’abri des regards, de la morale et de la religion.

Et la POLICE CAMPUS, jusque-là simple police du campus de devenir SUPER POLICE CAMPUS. La voilà investie du respect d’une certaine éthique, version fashion. L’ordre vestimentaire doit régner ! Et les très débonnaires agents de la sécurité se transforment en véritables Cerbères. Sauf qu’ici, il ne garde pas le royaume d’Ades, mais l’entrée des Champs Elysées. Le peuple des élus se retrouve à l’intérieur. C’est le peuple des bien mis, des bien coiffés, des bien chaussées. Comme cet étudiant. Nous l’appellerons M. Hitch.

M. Hitch, c’est Will Smith au sommet de sont art. Pas un cheveu au-dessus de l’autre. Sa seule fantaisie, sa barbichette impeccable. Un pantalon chic bleu nuit et dernier cri. Une chemise blanche ‘’afritude’’ avec des Kirikou dansant le long du col. Une montre discrète au poignet. Il pénètre dans l’enceinte de l’université d’un air pressé, impatient. Les agents de sécurité le suivent un moment du regard, l’air appréciateur. C’est vrai que M. Hitch aurait dû aider la dame ayant trébuché tout juste devant lui, mais les agents ne sont pas là pour le lui apprendre. Leur préoccupation, c’est sa mise. Et sur ce point, il a passée l’examen, haut la main. Pas comme cette étudiante dépitée qui se tient hors de l’enceinte.

Le nom qui vous vient à l’esprit lorsque vous l’apercevez, c’est ‘’Lady Gaga’’. Mais dans une version afro-star ou Miss Malaïka. Des cheveux, ce qu’il en reste du moins, transformés en une crête multicolore dressée au-dessus d’un crane rasé sur le côté. La Gaga, c’est une quincaillerie ambulante si vous essayez de compter tous ces métaux qui couvrent ses oreilles, son nez, ses doigts, ses poignets, une de ses chevilles. La Lady est moulée dans un collant, et à regarder de plus près, dans un bas, qui ne laisse plus aucune chance à l’imagination, au grand dam des esprits rêveurs. Kos ! Kos ! kos ! C’est le bruit que produit l’avancée des aiguilles vertigineuses des talons de notre diva. Avancée stoppée nette par le ‘’Madame, sortez s’ il vous plait. Votre habillement est indécent’’ jeté à haute voix par un des Cerbères assis sur une chaise branlante qui lui sert de tour de contrôle. Et la Gaga de se retrouver, sans heurt, à l’extérieur, dépitée et furieuse de l’arriération de ces ringards qui n’ont aucun niveau scolaire !!!

Et va bientôt la rejoindre sur le trottoir du déshonneur un Master…Gaga qui réussit d’ailleurs à associer aux attributs de la star de la pop, une pincée de Terminator et beaucoup de Conan le Barbare. Pour comprendre pourquoi ce nom, Master…Gaga, il n’y a qu’à observer la Lady à ses côtés. De Terminator, on reconnait le biceps saillant d’un veston sans manche dont on ne saurait distinguer l’envers de l’endroit. Et ce bracelet…bizarre. Du Sumérien, on reconnait, rien qu’à la vue de la couleur indéterminable du pantalon qui lui arrive aux mollets, et à son teint peu ragoutant, un goût très prononcé pour les bains éloignés dans le temps.

Les Gaga ainsi refoulés sont très souvent rejoints par d’autres étudiants qu’on pourrait appeler : les Je-porte-des-sandales-que-même-leur-fabricant-ne-reconnaitrait-pas, les Je-ne-peux-me-courber-à-cause-de-l’-absence-de-longueur-de-ma-jupe, les Je-vous-présente-la-couleur-de-mon-slip et autres J’-ai-le-droit-de-porter-ce-qui-me-plait.

Mais en croire le nombre très réduit de ‘’refoulés’’ observable ces dernières semaines, tout porte à penser que l’armée des J’-ai-le-droit-de-porter-ce-qui-me-plait s’est perdue dans l’anonymat des bien mis, des bien coiffés, des bien chaussées.

M. Hitch et les Gaga ne sont que des caricatures, fixées à des extrêmes. On pourrait croire que M. Hitch est un richard, mais les Gaga ne font pas dans la dentelle. D’ailleurs, là n’est pas la question. Tous nous devons nous remettre en question. M. Hitch, rappelez-vous, n’a pas daigné assister la dame au sol. Les ‘’refoulés’’, ne sont certainement convaincus de rien. Ils se conforment sous la contrainte.  L’estime de soi, le respect de l’autre, l’amour du travail bien fait semblent nous être, plus que toutes les mesures contraignantes, l’esprit à cultiver chez une jeunesse en mal de repères.

 

Correspondance:
MAO
Yaoundé, Cameroun

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