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Nr. 00272- Nov. 18th, 2025 – Weekly Newspaper devoted to Science & Technology in Africa ** Pour la promotion de l'esprit scientifique en Afrique

De l’universalité de la culture? Le politologue Jean-Pierre FOGUI en parle dans un livre

Depuis des jours se débat sur notre forum la place de la Bible en Afrique coloniale et postcoloniale. Mais au centre des interventions est la culture africaine, les traditions héritées de nos ancêtres et aujourd’hui qualifiées de « fétiches » par l’Église. Cet état des choses suscite moult analyses. L’interrogation suivante d’une internaute résume parfaitement l’état de tension intellectuelle qui prévaut sur ledit forum:

« Ma préoccupation est la suivante: le Christianisme, tel que les Africains et les peuples opprimés en général l’ont reçu, et la manière dont-ils l’ont reçu, est-il à même de faire de ces peuples des peuples libres? Qu’est-ce qui explique l’ascension des peuples Chinois, Japonais dans le monde et qu’est-ce qui justifie l’état d’arriération des Africains? Y a-t-il ou pas une corrélation entre ce à quoi un peuple croit et ce qu’il devient?».

Questions fort intéressantes qui mettent directement le doigt sur le problème de l’universalité des cultures, la religion étant un élément fondamental du patrimoine culturel d’un peuple.

Le politologue Camerounais Jean-Pierre FOGUI, professeur des Universités, avait abordé le problème en 2009. Vu l’actualité du sujet, nous reproduisons ci-après une note de lecture écrite au lendemain de la publication de son œuvre.

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L´universalité de la culture. La preuve par les proverbes

(L’Harmattan, Paris, octobre 2009).

Par Florence TSAGUE ASSOPGOUM

Au moment où le débat sur le rapport entre valeurs africaines, le développement et la dimension universelle des cultures se pose dans le forum de African Development Iinitiative et fait couler beaucoup d’ancres, il s’avère important de tirer quelques leçons du livre de l’universitaire camerounais Jean-Pierre FOGUI : L’universalité de la culture : la preuve par les proverbes.

Partant du constat amer – celui du recul de nos langues nationales au profit du Français et/ou de l´Anglais –, FÔ NKONG-NI Dr Jean-Pierre FOGUI, après avoir tiré la sonnette d´alarme dans un autre ouvrage (Plaidoyer pour notre culture, éditions de la Renaissance, Yaoundé, 1995), balise une voie nouvelle de sauvegarde de notre patrimoine culturel avec cet ouvrage riche de proverbes et écrit en trois langues (Yemba, Français et Anglais). Avec une méthode herméneutique claire, il montre comment les proverbes, dictons et idiomes de l’Ouest-Cameroun – et plus spécifiquement de l’aire linguistique Yemba dans la MENOUA –, ont des équivalents dans d´autres aires culturelles et civilisationnelles de par le monde.

Le proverbe étant le véhicule de la sagesse, de la pensée et des visions du monde des peuples, ce premier grand livre des proverbes africains montre comment les « communautés humaines situées à des milliers de kilomètres les unes des autres ont curieusement forgé, au fil du temps, les mêmes proverbes pour décrypter le monde et ses mystères, en utilisant parfois les mêmes mots » (Note de l´éditeur). D´ailleurs, nous nous souvenons des thèses d´une « philosophie africaine » déclenchées par Placide TEMPELS, soutenant qu´une philosophie africaine se retrouverait dans les contes et proverbes. Loin de ce discours philosophique, FÔ NKONG-NI Jean-Pierre FOGUI (qui est par ailleurs auteur d’un recueil de poèmes intitulé Demain… et publié aux éditions SOPECAM à Yaoundé en 1991), met en exergue cette universalité qui réside dans notre culture.

La lecture de L´Universalité de la culture : la preuve par les proverbes montre que l’auteur a relevé victorieusement trois défis : établir un listing thématique des proverbes de chez nous ; les rendre accessibles aux locuteurs français et Anglais en les transcrivant directement en Yemba et ce, en utilisant une nouvelle méthode de transcription qu’il a inventée grâce à l’outil informatique ; enfin, trouver les équivalents de ces proverbes non seulement en Français et en Anglais, mais aussi dans les autres aires culturelles. Si l´épice est pour une sauce l´élément sublime, le proverbe l´est pour la langue et la culture. Le lecteur de ce livre, qu´il soit armé en Français, en Anglais ou en Yemba, n´a aucun handicap à déceler le sens des proverbes qui, comme la langue, permettent à nos cultures de  » voyager « , pour corroborer Amadou KOUROUMA pour qui « le proverbe est le cheval. Quand la parole se perd, c´est par les proverbes qu´on la retrouve ».

En guise d´exemples, citons ce proverbe du chapitre « Alarme » (cri d´alarme) dont le sens est très important en ce siècle de la mondialisation où les problèmes deviennent de plus en plus globaux : A’ teum-è ke-ndong, e mbo’ lèrè tô (Yemba) qui veut dire littéralement : si ça touche le bananier plantain, c´est que, fais-quoi-fais-quoi, ça va toucher aussi le tuteur (qui soutient le bananier). Moralité : quand tu es très proche de quelqu´un, ses malheurs rejaillissent automatiquement sur toi. Ce proverbe est à rapprocher de : « Si la maison de ton voisin brûle, prends garde à la tienne » (proverbe général), et de : «  When your neighbour´s house is on fire, beware of your own » (version anglaise). Ce qu’exprime en d´autres mots ce proverbe tchadien : « Au lieu de te moquer de la barbe de ton voisin qui prend feu, pense plutôt à mouiller la tienne » (FOGUI 2009, p. 25.) Plus loin dans le chapitre « Mesure » (sens de la mesure), le Yemba apporte son cinglant jugement sur l´avidité coupable de l´Allemagne durant la Deuxième Guerre mondiale : «  A pâ’ kâ loou-o’ « , a’ le‛ juihh-è’ ndeuk-è ndjama qui veut dire littéralement :  » le sac n´est pas encore rempli  » a tué l´Allemagne (c´est-à-dire que l´Allemagne a perdu la Deuxième Guerre mondiale en voulant conquérir le maximum de pays, au lieu de se contenter des premiers pays qu´elle avait conquis). Moralité : on perd tout en voulant tout gagner. C’est donc l’équivalent du proverbe général bien connu :  » trop c´est trop «  (FOGUI 2009, p. 229).

Si « l´arbre ne s´élève qu´en plongeant ses racines dans la terre nourricière » comme le dit Birago DIOP, alors, nous comprenons que ce chef-d´œuvre de Jean-Pierre FOGUI dédié au Peuple Bafou et à sa jeunesse, prouve par sa démarche scientifique que la terre africaine reste la racine et le repère où tout fils/toute fille de ce continent doit puiser ses forces pour armer sa pensée. Une racine riche qu´il convient d´entretenir pour ne pas se retrouver avec les mains vides au  » rendez-vous universel du donner et du recevoir « .

En ce siècle d´aliénation culturelle rapide révélée par le mépris et le complexe face à nos cultures et langues, ce livre, qui décomplexe les Africains et Africaines, paraît à un moment crucial où les frères et sœurs lèvent de plus en plus leurs voix et posent des actes concrets pour revaloriser notre richesse culturelle. Vu sous ce prisme, L´universalité de la culture : la preuve par les proverbes est une contribution majeure au  » patrimoine culturel commun à toute l´humanité « . Présenté sous forme de chapitres, classés eux-mêmes par ordre alphabétique (à la manière d’un Dictionnaire…), c’est un livre à lire, à partager avec les enfants et à conserver précieusement dans la Bibliothèque familiale. Il est disponible aux éditions l´Harmattan et dans toutes les grandes librairies.

L´universalité de la culture : la preuve par les proverbes, éditions L´harmattan, 2009, 339 Pages, 32 € (hors frais de port).

Pour plus de détails:

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=29747

 

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4 thoughts on “De l’universalité de la culture? Le politologue Jean-Pierre FOGUI en parle dans un livre”

  • kenfack jiaze guy dit :

    Ne dit on pas que « La culture c’est ce qui fait l’humain. » L’UNIVERSALITÉ DE LA CULTURE vient a point nommé pour nous édifier sur notre culture et faire de nous des hommes meilleurs comme nous le savons
    « L’homme de culture doit être un inventeur d’âmes. » donc le docteur JEAN-PIERRE FOGUI est un batiseur d’âme

  • Fogui juvince dit :

    L’universalité des cultures est un livre dont seul le titre suscite beaucoup d’analyses et d’intérrogations sans l’avoir même abordé litéralement et structuralement. Son premier role est d’abord selon moi, un véhicule de sagesse, puis la morale et aussi sa richesse lingustique. Alors, il ne reste plus qu’a encouragé l’auteur pour d’avantage investigations. Merci

  • Vadovy TSAPDONG FOGUI dit :

    Replonger dans sa culture, pour savourer et s’enrichir de l’un de ses piliers : la langue -qui par ailleurs fait partie de notre identité- telle est l’une des dynamiques indispensables dans laquelle nous plonge la lecture de L´universalité de la culture : la preuve par les proverbes.

  • Momo dit :

    Livre très intéressant que je lirai à tout prix.
    Valorisons nos cultures!!
    Momo