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Nr. 00272- Nov. 18th, 2025 – Weekly Newspaper devoted to Science & Technology in Africa ** Pour la promotion de l'esprit scientifique en Afrique

Lettre ouverte à Son Excellence Paul Biya, Président de la République du Cameroun

Excellence Monsieur le Président,
Le 12 octobre 2025 restera une date marquante dans l’histoire politique du Cameroun. Ce jour-là, la jeunesse camerounaise, les femmes, les anciens, les travailleurs et l’ensemble des forces vives de la nation se sont levés dans une mobilisation sans précédent pour dire non à l’immobilisme, et oui au changement.
Ils ont massivement soutenu le candidat Issa Tchiroma Bakary, figure rassembleuse, notamment pour avoir incarné, à travers l’Union pour le Changement, l’espoir d’un renouveau politique pacifique au Cameroun.
Mais une fois encore, malgré des tendances claires et une liesse populaire qui annonçait la victoire, la Cour constitutionnelle a proclamé des résultats en contradiction flagrante avec la réalité perçue dans les urnes. Et cette fois, le peuple ne s’est pas tu.
Le sang versé : jusqu’où faut-il aller pour garder le pouvoir ?
La rue a parlé. Des milliers de Camerounais sont descendus dans les villes, de Garoua à Bafoussam, de Douala à Yaoundé, pour contester pacifiquement ce qu’ils considèrent comme un hold-up électoral. Mais face à cette volonté citoyenne, des forces armées ont répondu par la violence : tirs à balles réelles, morts, blessés, arrestations arbitraires.
Excellence, peut-on réellement justifier qu’un homme, après 43 ans de pouvoir, accepte encore que le sang de ses compatriotes soit versé pour défendre un mandat de plus ? Est-ce cela, être un « mendiant de la paix », comme vous l’avez si souvent proclamé ?
Le Cameroun est à l’arrêt
Aujourd’hui, le pays est plongé dans une léthargie inquiétante. Des villes mortes, des boutiques fermées volontairement, des citoyens contraints d’ouvrir de force par les autorités, une jeunesse désabusée, une économie en souffrance.
Est-ce cela le Cameroun que vous voulez léguer ?
92 ans. Huitième mandat. Pour quoi faire encore ?
Excellence, à 92 ans, que pouvez-vous réellement apporter aujourd’hui aux Camerounais que vous n’ayez pu réaliser en 43 ans de règne ? Le moment n’est-ce pas venu de répondre à cette question, non pas par le silence, mais par un acte de sagesse :
celui de céder pacifiquement la place à une nouvelle génération.
Issa Tchiroma n’est pas un étranger pour vous. Il a été votre ministre, votre porte-parole, votre compagnon politique pendant plus de deux décennies. Aujourd’hui, il est devenu le symbole d’une union nationale entre le Nord et le Sud, entre jeunes et anciens, entre peuples qui n’ont jamais autant cru en une même direction.
Le vrai héritage, c’est de savoir partir
Quitter le pouvoir maintenant, c’est laisser un héritage plus grand que n’importe quel projet en chantier. C’est prouver que vous êtes resté jusqu’à la fin un homme d’État et non un homme de système. C’est montrer que la paix n’est pas un slogan, mais un sacrifice personnel pour l’avenir collectif.
Si vous partez maintenant, vous partirez en paix, et l’histoire vous jugera autrement.
Excellence, je vous ai préparé ce poème – l’heure est venue
L’heure est venue, Président
Non de régner, mais de partir doucement
Le peuple a parlé, le sang a coulé
Il ne vous reste plus qu’à écouter.
Laissez la terre à ceux qui la sèment
La paix à ceux qui la réclament sans haine
Et quittez la scène, dignement,
Avant que l’Histoire ne ferme vos lendemains.
Le Cameroun est grand,
Il survivra sans vous, mais vous,
Pouvez rester grand en le laissant libre.
Seule la lutte libère.
Mais seule la paix légitime les grands.

Respectueusement,

Adrien DJOMO
Universitaire
Citoyen engagé

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