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Nr. 00272- Nov. 18th, 2025 – Weekly Newspaper devoted to Science & Technology in Africa ** Pour la promotion de l'esprit scientifique en Afrique

Plaidoyer pour un terme générique désignant la haine et les préjugés à l’égard des Noirs : «Afrophobie»

Wilhem Anthon Amo -Book coverLa haine contre les Juifs s’appelle l’antisémitisme, celle contre les Chinois est la sinophobie, Les haines contre l’Islam et l’arabe sont respectivement l’islamophobie et l’arabophobie, l’antipathie pour les femmes est la phobie des femmes (sexisme ou gynéphobie), les ressentiments contre les homosexuels est l’homophobie. Mais quel terme désigne la haine à l’égard des Noirs[1], les préjugés ou les discriminations que connaissent les Noirs? Dans le langage quotidien, il n’y en existe aucun. Les hostilités, les préjugés et les discriminations à l’encontre des Africains sont contenus dans le terme collectif racisme. Ce qui est étonnant. Cet état de choses ne correspond pas aux faits. Les mots ont un pouvoir incommensurable. Nous plaidons ici pour un changement, pour la création s’il le faut d’un terme singulier qui est synonyme de ces haines, dénigrements et discriminations dont le peuple noir est le seul à en avoir souffert pendant plusieurs siècles et en souffre encore aujourd’hui. La couleur de la peau reste un problème pour certains et il l’est davantage lorsqu’elle est noire. Par exemple, le président fédéral allemand dans son message de Noël en parle lorsqu’il dit: « Nous sommes préoccupés par la violence dans les métros ou dans les rues où les gens sont attaqués parce qu’ils ont les cheveux noirs et la peau foncée » (Joachim Gauck 2012 : 2)[2]. Même s’il ne fait directement allusion aux Noirs, tout porte à croire qu’il est question des Noirs parce que facilement identifiables peuvent être une cible facile. Les milliers de réactions hostiles à cause de ce passage montrent qu’il y a problème.

Histoire

Un petit retraçage de l’histoire du racisme contre les Noirs et une esquisse de sa typologie  actuelle constituent le socle de cet article. Le point de départ de cet article n’est pas l’idée qu’il y aurait un complot contre les Noirs ou qu’il existerait une haine des Noirs généralisée ou politiquement orchestrée[3]. La haine des Noirs résulte d’un mélange des idéologies jadis propagées pour légitimer les traites de Noirs ainsi que la colonisation et des rapports de force[4] dans le monde moderne. Le point de départ est donc que chaque individu dans son action à l’égard d’un tiers est influencé de manière considérable par les idées reçues et préjugés véhiculés sur le groupe auquel appartient cette tierce personne. Par exemple, celui qui a été socialisé dans un milieu où on considère le Noir comme pauvre et paresseux, traitera très probablement le Noir comme tel. En d’autres termes, c’est avant tout l’action de l’individu dans son milieu de vie quotidien qui est au centre de cette réflexion. Il est d’autant plus important de mener ce genre de réflexion qu’au moment où le monde est à la croisée des chemins, où les rapports de force changent, où Barack Obama est (re)élu président des États Unis d’Amérique, on observe encore des réflexes racistes resurgir.



[1]     Dans cette contribution, le terme « noir » est utilisé au masculin juste pour des raisons de lisibilité et simplification, mais il devrait être compris comme étant neutre.

[2]     Traduction de l’auteur

[3]     Il faut se garder de voir la haine à l’égard des Noirs partout. Il y a également des zones grises où il est difficile de dire s’il s’agit du racisme ou pas et là dominent généralement les sentiments certes subjectifs, mais qu’il ne faudrait pas mépriser. Ceux qui crient abusivement au racisme n’aident pas la bonne cause et sapent de surcroît les efforts pour combattre ce mal. D’où l’impératif de faire des jugements bien différenciés avant de s’indigner.

[4]     Le rapport de force comme approche pour expliquer la haine ou les discriminations à l’égard des groupes défavorisés est limitée. Cette approche est mieux indiquée pour appréhender les discriminations sur le plan macro, donc entre les sociétés. Elle l’est moins quand il s’agit d’expliquer les discriminations interindividuelles. Elle ne peut pas expliquer pourquoi en dépit des rapports de force inégaux entre deux entités, les discriminations ne sont pas généralisées. Elle ne peut pas non plus expliquer pourquoi certains acteurs de la discrimination changent de comportement envers les défavorisés alors que le rapport de force reste inchangé. Autrement dit, pourquoi certains changent positivement leurs avis par exemple sur les Noirs alors que le rapport de force demeure défavorable à ces derniers. Même la solution que l’approche basée sur le rapport de force préconise à savoir le développement ou le lobby, est insatisfaisante parce que justement le fait d’équilibrer ou d’inverser le rapport de force entraîne aussi d’autres animosités. Les Juifs par exemple malgré leur lobby fort font toujours l’objet de haine. L’éducation, les échanges interculturels, une meilleure gestion du passé sont quelques éléments qui peuvent aussi faire diminuer la haine et les discriminations.

Le texte complet est disponible à:  Article – Afrophobie- Par Tangang Meli D- 19 Fevrier 2013

Illustration: La photo d’illustration de cet article est la page couverture du livre du Philosophe Jacob-Emmanuel MABE, une oeuvre consacrée à Wilhelm Anton AMO (1700-1753), un immigré Ghanéen qui enseigna la philosophie dans plusieurs universités allemandes au XVIII siècle.

 

Auteur: 

TANGANG  MELI LOUMGAM 
Doctorant
Département de Science Politique
Université de Würzburg
Allemagne

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