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Nr. 00272- Nov. 18th, 2025 – Weekly Newspaper devoted to Science & Technology in Africa ** Pour la promotion de l'esprit scientifique en Afrique

Débat sur l’Etat en Afrique : Mon point de vue

Je trouve le débat sur l’Etat en Afrique très intéressant. Si nous nous accordons que les modèles qui ont suivi les indépendances ont échoué et que l’Afrique qui est le berceau de l’humanité a été pendant très longtemps le maître de la science et même ‘colonisateur’ du monde, débattre du modèle africain doit nous amener à faire des analyses pluridisciplinaires pour en arriver à un tout qui s’appellerait une approche de solution pour l’Afrique de demain. Ainsi, je pense qu’il est bon pour toute personne qui veut élever le débat sur l’Afrique de bien cerner son contexte et les limites de son sujet pour faire en sorte que les richesses de son analyse ne soient balayées par ses faiblesses. Car dans toute approche, il y a (et il y aura toujours) des forces et des faiblesses. Ainsi, nous devons puiser dans les forces des différentes approches pour construire l’idéal vers lequel nous voulons projeter l’Afrique de demain. Ceci passe forcement par un questionnement de ce que nous étions, de ce que nous avons été, ce que nous fûmes, sommes et de ce que nous voulons être…

Ignorance

L’étude de l’Egypte ancienne nous apprend une partie positive de notre histoire, nos généalogies et donne un espoir à l’Africain : que la roue du monde pourrait repasser un jour là où elle a été à un moment donné de l’histoire. Là est tout l’intérêt que je trouve dans l’approche de Bonaventure Tchucham et bien d’autres chercheurs qui s’intéressent aux études de l’éminent Professeur Cheik Anta Diop. Ainsi, je dirais à Bonaventure Tchucham que la publication d’un livre de plus, s’il avait l’intention de le faire, nous édifierait. Je prendrais du plaisir à le lire. Je sais que pas mal de politologues, sociologues, anthropologue ou historiens africains se sont penchés sur cette question, mais j’avoue que nous restons à plus de 90% ignorants des forces que nous pouvons puiser dans le passé de l’Afrique, une Afrique qui a été dominante, une Afrique qui a été maître de la science et de la technologie, ceci bien avant l’Occident d’aujourd’hui. Je me rappelle encore d’une discussion tenue avec des Africains de la diaspora formés dans nos écoles d’Afrique qui apprenaient pour la première fois de moi que l’Afrique est le berceau de l’humanité ; que l’Afrique à un moment donné de l’histoire a elle aussi dominé le monde comme les Occidentaux le font aujourd’hui. Au delà de la recherche de la connaissance sur le passé de l’Afrique et de ses origines, il ya encore intérêt à mieux nous connaitre, à mieux connaitre chacun de nos pays et nos régions. Car, la compréhension des thèses de Cheikh Anta diop sur l’Egypte ancienne et la connaissance des sociétés féodales africaines ne nous permettront pas à elle seule de résoudre le problème du tourbillon dans lequel l’Afrique se trouve aujourd’hui. L’Afrique dans le contexte actuel peut-elle se passer des institutions de Breton-Woods ? Pouvons-nous facilement nous détourner de l’ONU ? L’Afrique peut-elle se passer du modèle Etat tel que le définit si bien Léonard Jamfa dans son livre « L’Etat expliqué aux Africains»?

Cacophonie tribale

Ce livre nous permet de bien comprendre comment nous sommes arrivés à ce conglomérat de 54 Etats en Afrique, ceci sans même avoir été consultés ; un héritage que nous devons aujourd’hui gérer et vivre avec. Il présente le modèle idéal, c’est-à-dire ce vers quoi devrait tendre les sociétés humaines, ce à quoi devrait ressembler un Etat et conclut très bien que nous en sommes très éloignés en Afrique, justement à cause du fait que ce modèle nous a été imposé. Les différents gouvernements et institutions qui nous ont géré n’ont pas pu conduire à bien les destinées des individus qui font partie de «l’association Etat» tel que défini dans ce livre, en raison du fait que notre passé colonial était très différent du modèle du colon et que le colon nous a maintenu dans cette cacophonie tribale pour bien nous diviser et nous contrôler.

Léonard Jamfa par contre ne questionne pas dans ce livre le modèle Etat. Il se limite plutôt à sa description, à sa présentation, ce qui n’amène pas le lecteur à s’interroger sur un model alternatif, un modèle qui trouverait ses fondements dans les profondeurs de l’Afrique précoloniale.

A ce niveau, je trouve l’interrogation de Patrice Nganang « comment allons-nous faire pour changer là-là notre Yaoundé d’aujourd’hui ? » intéressante. Penser comme Léonard Jamfa que la compréhension du modèle occidental suffira à nous doter des États forts me semble insuffisant, mais représente tout de même une bonne argumentation sur laquelle nous devons nous reposer. Dans tous les cas, une bonne connaissance des forces et des insuffisances des outils du colon ne pourra être qu’à notre avantage et ce livre a le mérite d’expliquer assez simplement ce que devrait être un Etat calqué sur le modèle occidental.

Toutefois, il ne suffirait pas d’expliquer aux citoyens Africains ce que devrait être un État pour que notre réalité change là-là !! Ainsi, Jean-Paul Pougala s’interroge si nous avons nécessairement besoin de la démocratie telle qu’expérimentée aujourd’hui dans nos Etats Africains? A cette question, j’ai du mal à répondre par oui ou non, mais je laisse le soin aux politologues pour nous éclairer avec des débats contradictoires. J’estime que les solutions aux problèmes du continent Africain sont plus que complexes à beaucoup d’égards, et que leur résolution nécessite des analyses pluridisciplinaires. J’irais même jusqu’à imaginer que pour mieux nous outiller dans cette quête de solutions, des compartimentations à l’intérieur d’une même discipline seraient bien indiquées.

Auteur:
Dr. Adrien DJOMO
www.adriendjomo.com

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One thought on “Débat sur l’Etat en Afrique : Mon point de vue”

  • admin dit :

    Merci pour ce point de vue si éloquent. J’ai moi aussi lu le livre de Monsieur Jamfa. Voici ce que constate le préfacier de cette oeuvre:
    « Ce petit livre part d’une idée ingénieuse et il poursuit un but normatif : l’idée résulte des tragédies humaines que vit l’Afrique subsaharienne et dont les causes, selon l’auteur, ne résident pas dans la force d’une ethnicité barbare, mais dans la non compréhension de ce qu’est l’État moderne. Le but des réflexions systématiques qui en résultent est de faire comprendre ce qu’est l’État. A cette fin un questionnaire qui s’adresse aux étudiant(e)s africain(e)s en Europe a été établi. Les réponses jugées idéales par l’auteur se trouvent à la fin du livre. » (Prof.Dr. Werner Ruf, Politologue (Emeritus), Université de Kassel, Allemagne).

    En clair, l’auteur cherche à atteindre un et un seul objectif: expliquer de la façon la plus simple possible aux Africains ce que c’est qu’un Etat. Ceci parce qu’à l’évidence, ce modèle est très peu compris des Africains. Peut-être qu’il aurait été utile d’engager une réflexion sur la place du modèle Etat dans l’Afrique d’aujourd’hui et de demain? Mais ceci aurait été un autre projet qui pour l’instant ne saurait être efficacement abordé dans la mesure où on ne peut porter un jugement valable que sur ce que l’on comprend. Or selon l’auteur, la compréhension que la large majorité des Africains ont de l’Etat moderne ne tient pas la route. Et mille faits donnent raison à l’auteur.