Peut-on parler de complot contre la coopération asiatique au Cameroun ? Lecture psychologique à partir d’une approche multi cas
L’on s’en doutait bien. L’entrée en puissance de la Chine dans le près-carré français ne pouvait se faire sans entrave. Dans le présent article, l’auteur analyse les turbulences qu’occasionne la coopération chinoise su Cameroun. Face à la recrudescence des clichés négatifs savamment distillés dans l’opinion publique, il évoque la thèse du complot contre l’empire du milieu.
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Peut-on parler de complot contre la coopération asiatique au Cameroun ?
Lecture psychologique à partir d’une approche multi cas
Introduction
L’Asie est l’un des continents du globe terrestre. Elle concentre près d’une cinquantaine de pays souverains aux compétences riches, variées et surtout exportables, si tant est vrai qu’elle n’évolue guère en vase clos (en autarcie). Ainsi donc, à l’instar des autres continents, l’Asie entretient avec le reste du monde des échanges variés. La république du Cameroun, depuis le 1er janvier 1960, date de son accession à la souveraineté nationale et internationale, enrichit cette filière et s’enrichit progressivement des bienfaits de la coopération avec ce continent. Même en l’absence des relations diplomatiques consolidées par la présence respective de missions diplomatiques claires (présence d’ambassades et/ou de consulats), des liens de coopération s’établissent et se formalisent. Ceci est d’ailleurs inévitable et reste davantage à souhaiter pour plusieurs raisons. Le Cameroun vit encore, à son niveau : la réalité de sous-développement avérée ; l’incapacité financière et technologique réelle ; une main d’œuvre lacunaire sur certaines filières ; une programmation tatillonne ; un mysmanagement endémique ; l’incurie de certains camerounais à qui le pays a pourtant conféré une responsabilité ; etc. Mais, sur le terrain, la présence asiatique se fait voir à travers des secteurs variés : sanitaire (médicaments, construction sanitaire), infrastructures (habitat, barrages), produits manufacturés (véhicules, habillement, décoration), éducation (bourses d’étude et de formation, équipements), commerce (gros et détail). Seulement, alors qu’on croyait la mayonnaise suffisamment huilée, les échanges en bonne voie, certains couacs commencent à joncher la route de la coopération asiatique au Cameroun. De la taille d’un éléphant, certains échecs inhérents à cette coopération suscitent interrogation, consternation, désolation, inquiétude et interpellent l’homme de science que je suis si tant est vrai que le psychologue qui sommeille en moi voudrait comprendre, expliquer, analyser et décrire les mobiles qui sous-tendent ce comportement. Sans avoir la prétention de balayer toute la coopération que le Cameroun entretient avec chacun des pays du continent asiatique, nous partons de quelques cas précis de ces dix dernières années pour essayer de déceler et de démontrer les logiques susceptibles d’aboutir au complot. L’objectif majeur que nous recherchons est de montrer que la stratégie n’est pas seulement convoquée pour mettre en place une coopération, mais également usuelle pour la déconstruire lorsque la concurrence semble être impitoyable pour certaines puissances.
- 1. Généralités sur l’Asie
L’Asie est un continent situé dans l’hémisphère Nord. Elle s’étend sur 44 millions de km2. C’est le plus vaste des continents. L’Asie s’étire respectivement de 9000 km de la Turquie au Japon et de l’Indonésie au niveau de l’équateur jusqu’en Sibérie au-delà du cercle polaire. Elle est bordée par l’Europe à l’ouest et les montagnes de l’Oural (en Russie) constituent la frontière naturelle entre les deux continents. Elle donne sur l’océan Pacifique à l’est, sur l’océan Indien au sud et l’océan Arctique au nord.
Elle se subdivise en 6 régions géographiques différentes et se constitue de 46 pays répartis comme suit.
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Aire géographique |
Nombre de pays |
Pays membres |
| Asie de l’Ouest |
3 |
Arménie ; Azerbaïdjan ; Géorgie |
| Asie Centrale |
5 |
Kazakhstan ; Kirghistan ; Ouzbékistan ; Tadjikistan ; Turkménistan. |
| Le Proche-Orient |
14 |
Arabie-saoudite ; Bahrein ; Emirats arabes unis (EAU) ; Irak ; Iran ; Israeël ; Jordanie ; Koweït ; Liban ; Oman ; Qatar ; Syrie ; Turquie ; Yémen. |
| Asie du Sud |
8 |
Afghanistan ; Bangladesh ; Bhoutan ; Inde ; les Maldives (Iles) ; Népal ; Pakistan ; Sri Lanka. |
| Asie du Sud-Est |
11 |
Birmanie (Myanmar) ; Brunei ; Cambodge ; Indonésie ; Laos ; Malaisie ; Philippines ; Singapour ; Thaïlande ; Timor-Leste ; Viêt Nam. |
| Asie de l’Est |
5 |
Chine ; Corée du Nord ; Corée du Sud ; Japon ; Mongolie. |
Au niveau du paysage, celui de l’Asie est profondément marqué par une grande diversité. Cette diversité est davantage le fait des conditions naturelles très différentes mais aussi par l’inégale présence humaine dans ces milieux. Pour une meilleure illustration de cette diversité morphologique et climatique, lisons le tableau ci-après.
| Eléments du paysage dominant | Caractéristiques climatiques | Densité de population | |
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Asie des moussons |
rizières |
Chaud et très humide |
Forte |
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Asie des montagnes |
Désert de sable et de cailloux |
Chaud et aride |
Faible |
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Asie continentale |
Hauts plateaux caillouteux et montagnes |
Froid et sec |
Faible |
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Forêt de résineux (taïga) |
Très froid et sec |
faible |
La population asiatique est à l’image du paysage c’est-à-dire diversifiée et surtout inégalement répartie. Signalons tout de même que l’Asie représente 60% de la population mondiale soit près de 4 milliards d’habitants sur les 7 que compte le monde. Toutefois, après une croissance forte dans les années 50-70, l’évolution semble de plus en plus modérée suite à l’adoption des politiques de contrôle des naissances en vigueur dans plusieurs pays. Les plus grands foyers de population asiatiques sont au nombre de 2 et se situent en Asie orientale.
| Asie de l’est | Chine & Japon | 1500 millions d’habitants |
| Asie méridionale | Inde & Pakistan | 1500 millions d’habitants |
| Asie du Sud-est | Indonésie & Malaisie | 600 millions d’habitants |
Néanmoins, il y a aussi en Asie, de vastes déserts humains avec de très faibles densités de population. C’est le cas de l’Arabie-saoudite, la Sibérie et l’Himalaya. Cette disparité humaine, en dépit de sa densité, prend sa source autant à partir des contraintes ou atouts naturels que climatiques sans pour autant tout expliquer. On peut également retenir que l’Asie est aussi le continent des plus grandes catastrophes naturelles (tsunami, tremblements de terre à répétition, inondations, nucléaire, etc.) Seulement, au lieu d’en faire des fuyards par essence, des pleurnichards attitrés, des peureux indolents ou des fatalistes, les asiatiques ont fait de la résilience leur respiration, leur pitance journalière. L’habitat et la construction infrastructurelle dans l’ensemble, semblent davantage ironiser un peu les actions naturelles en l’encontre de ces peuples dynamiques pour qui les mots comme « peur, découragement, on va faire comment ? à la camerounaise» n’ont aucune existence sémantique.
Au plan culturel et religieux, c’est en Asie que sont nées les plus anciennes civilisations (Mésopotamie et Chine) mais aussi les religions les plus anciennes à savoir le judaïsme, le christianisme et le bouddhisme. Aussi, l’ancienneté du peuplement et des migrations justifie la diversité des peuples, des langues et des religions dans ce coin du monde et parfois même à l’intérieur d’un seul Etat. C’est le cas de la Chine, le pays le plus vaste, le plus peuplé et le plus imposant de cette zone. Dans le même ordre d’idées, nous pouvons retenir que l’ancienneté de peuplement explique l’importance de l’aménagement du continent asiatique d’où l’importance de la population actuelle.
A titre d’illustration, on remarque fort à propos que les fortes densités de population de l’Asie orienale (>200 habitant/km2 au niveau des plaines fluviales) s’expliquent par l’invention de la riziculture irriguée possible en région plane et sous climat chaud et humide qui a permis de nourrir des populations importantes.
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Riziculture inondée |
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| Nourriture abondante car : |
- Plante nutritive
- Plusieurs récoltes/an
Main d’œuvre importante d’où :
-Aménagement des rizières
-Maîtrise de l’eau
-Travaux rizicoles Densité élevée
A l’opposée, les régions frappées par une aridité très forte se trouvent faiblement peuplées. Elles sont le domaine de l’élevage nomade à l’exception des endroits où la présence ponctuelle de l’eau a permis d’irriguer de petites surfaces donnant naissance à des oasis.
Au plan du développement, c’est encore la logique inégalitaire qui prévaut. En effet, l’Asie orientale où se trouve le Japon, 2ème puissance économique mondiale et la Corée du Sud, est la plus développée. Par contre, l’Asie centrale et du sud est beaucoup plus pauvre. Toutefois, les pays riverains du Pacifique connaissent depuis quelques décennies, une forte croissance économique qui s’expliquent par leurs atouts divers. Le tableau ci-après présente le revenu par habitant du continent asiatique.
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>15000$ |
Entre 5000- 15000 |
Entre 2500-5000 |
<2500 |
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Moyen-Orient |
Israël-Liban |
Turquie-Arabie-saoudite |
Syrie-Irak |
Yémen |
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Asie centrale |
Inde-Chine |
Pakistan |
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Asie orientale |
Corée du Sud-Japon |
Corée du Nord |
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Asie du sud |
Thaïlande-Malaisie |
Indonésie |
Laos |
La plus grande particularité et surtout le phénomène mondial le plus actuel car universellement visible de l’Asie en général, est sans nul doute la Chine. C’est le pays de tous les superlatifs à plus d’un titre. En quelques cliches, la Chine c’est :
ü La population la plus forte du monde : 1, 3 milliards d’habitants ;
ü Croissance économique : + 10%/an ;
ü Rang mondial au plan économique : 4ème puissance économique mondiale en 2007 ;
ü Niveau d’exportation : 3ème Exportateur mondial ;
ü Des chantiers gigantesques : le barrage des 3 gorges sur le Yangzijiang est la réalisation la plus importante de la dernière décennie au niveau mondial.
1.1. Lorsque l’Asie impose le respect
Pendant des années, l’on a donné raison à cette idée de Senghor comme quoi, « la pensée est hellène et l’émotion, nègre ». On a occulté que les plus anciennes civilisations étaient pourtant ailleurs et non là où l’on croyait. L’Asie, de par son rayonnement actuel, démontre le contraire à la face du monde. Et, le paradoxe est que, les donneurs de leçons d’hier, majoritairement occidentaux, sont les premiers à manger goulument à la sauce asiatique. C’est dire que l’Asie, sans forcer le talent, impose le respect. Les exemples pour l’illustrer ont pignon sur rue. Benniger, ancien ministre du gouvernement chilien pose une lecture comparée entre l’Amérique Latine et les Pays asiatiques, en affirmant respectivement que : « (…) les pays asiatiques bénéficient sans aucun doute de meilleures performances en matière de qualité de vie, de distribution du revenu, de résultats sociaux, d’emploi et d’inflation. » Plus important encore, « l’Asie a mis l’accent sur l’éducation en donnant la priorité à l’enseignement primaire et secondaire. Les exemples asiatiques montrent que la croissance avec équité est possible et que l’on peut construire rapidement une base productive viable. »
La plus grande marque de fabrique des asiatiques est le rôle et la place de l’Etat. Et c’est exactement ce qu’ils tentent de faire extérioriser dans leur coopération car, l’irruption de l’Asie sur la scène mondiale donne une nouvelle dimension au débat sur le développement économique en faisant sauter plusieurs verrous… En effet, à en croire Judet (1996), « les pays asiatiques ont pu mener ces politiques car ils disposaient d’un Etat « fort » au sens où l’entendait Myrdal, c’est-à-dire, un Etat faisant appliquer ses décisions alors qu’un Etat « mou » ne peut résister aux pressions des lobbies. » En tant qu’ « Etat développeur » et fort, l’Etat en Asie a certes protégé et protège les entreprises mais il ne cesse de lui imposer le respect des critères de performance et de faire leurs preuves à l’exportation.
Aussi, l’Etat asiatique est un Etat « pro », à la fois Producteur, Protecteur, Programmateur, Prospecteur. Ici, la liberté du marché n’est pas un but en soi mais plutôt un des instruments utilisés pour atteindre des objectifs subordonnés à l’impératif de croissance industrielle et de puissance (Judet, op.cit). D’ailleurs, au lendemain de la faillite des pays socialistes et de leur modèle d’économie planifiée administrée, l’Etat asiatique développeur s’affirme comme un instrument efficace pour mobiliser et rattraper. Cela est de plus en plus reconnu par la Banque mondiale qui a soumis l’Afrique et les autres pays du sud au retrait du « Trop Etat» pour le « moins Etat » car, les expériences asiatiques semblent avoir ouvert une brèche dans la rigidité des affirmations néolibérales. Et Judet est clair là-dessus, « on sait dorénavant que le succès ou le miracle de l’Asie de l’Est et du Sud-est, loin d’être le résultat du libre jeu des forces du marché, relève de politiques sélectives et ciblées mises en œuvre par des gouvernements pragmatiques dont les interventions tendent à promouvoir la concurrence et finalement à « gouverner le marché » En somme, au-delà des « zones muettes » qui sont visibles dans cette région, l’émergence des pays asiatiques offre une base pour le renouveau dans la promotion de ce développement.
C’est normal qu’avec de tels atouts, l’ouverture vers les autres n’est qu’une question de pragmatisme, de réalisme et d’exportation du savoir, savoir-faire et savoir-être asiatique auprès de ceux qui en font la demande. L’Afrique étant le continent le plus demandeur, cette mastodonte qu’est l’Asie s’est trouvée sollicitée même si l’on peut déplorer une arrivée timide car presque sous contrôle occidental, controversée et surtout fracassante à la longue bien que critiquable par les mauvaises langues qui se recrutent dans le giron des anciennes puissances colonisatrices occidentales. C’est dans ce contexte que nous pouvons situer la coopération asiatique avec le Cameroun où le cap des 40 ans est atteint avec certains pays issus de cette zone du monde.
- 2. De la coopération asiatique avec le Cameroun
Par définition, la coopération est entre autres : (1) l’action de coopérer c’est-à-dire agir conjointement avec quelqu’un ; (2) politique d’aide économique, technique et financière à certains pays en développement ; (3) méthode d’action par laquelle des personnes ayant des intérêts communs constituent une entreprise où les droits de chacun à la gestion sont égaux et où l’excédent de gestion ou d’exploitation est réparti entre les seuls associés, au prorata de leur activité. Plus exactement, au niveau diplomatique, la coopération est la plate-forme d’échange que deux pays mettent sur pieds en fonction de leurs besoins respectifs au regard des capacités de partage des complémentarités établies. Adossée sur plusieurs domaines économique, culturel, sportif, religieux, éducatif, technologique, sanitaire, agriculture, alimentaire, vestimentaire, musical, nous ne pouvons donc pas restreindre cette coopération dans le cadre de cette réflexion au risque d’édulcorer un aspect pourtant jugé important. D’ailleurs, au regard des intérêts qui se veulent sans cesse croissants et diversifiés, il n’est pas exclu de voir certains autres aspects de cette coopération voir le jour au plus grand bonheur des pays et gouvernements qui en présenteront des besoins spécifiques à ce sujet là.
Le Cameroun, depuis son accession à l’indépendance dès le 1er janvier 1960, a établi avec les pays du monde, une coopération riche, diverse et surtout diversifiée. Celle-ci s’enrichit au jour le jour et est loin de connaître de répit, si tant est vrai que les velléités d’autonomisation poussent les peuples à se recourir à des autonomies constitutives donnant lieu à de nouveaux pays. La dernière actualité africaine et mondiale vient de vivre l’arrivée du Soudan du Sud comme un nouvel Etat souverain et accueilli aux Nations Unies.
De manière générale, le Cameroun entretient actuellement la coopération avec pays à travers le monde. Chacun des pays avec lequel le Cameroun entretient des relations de coopération, se distingue soit par une particularité, soit par une complémentarité certaine. Le plus important est que cette coopération se trouve être une aubaine indécrottable pour le développement, le progrès harmonieux du Cameroun. Et à un moment où la notion d’émergence devient de plus en plus l’égérie du discours politique national, la coopération avec toute puissance susceptible de faire bouger les lignes est à rechercher, à consolider là où elle existe déjà et à reconfigurer pour un meilleur redéploiement. Il va s’en dire que les canards boiteux dans un tel contexte sont à remplacer surtout si la mauvaise foi et surtout le déni de la réalité des exigences concurrentielles sont minorées à outrance.
2.1. Coopération diplomatique
Selon les responsables du MINREX consultés le 4 juillet 2012, le Cameroun entretient des relations diplomatiques avec près de 75 pays. Cette coopération diplomatique se vit à travers la présence effective des ambassades et/ou des consulats.
| Pays | Ambassade ou Consulat | Capitale/Ville |
| Arabie-saoudite | Ambassade Consulat , Riyad |
DjeddahChineAmbassadePékinCorée du SudAmbassadeSéoulIndeAmbassadeNew DelhiIsraëlAmbassadeJérusalemJaponAmbassadeTokyoPakistanConsulatKarachiTurquieConsulatAnkaraViêt NamAmbassadeHanoï
Source : Compilation personnelle (Mboe, Juillet 2012) à partir des blogs de Jacques Roger Booh Booh et de feu Léopold Ferdinand Oyono (tous anciens MINREX)
- 3. Des réalisations de la coopération asiatique au Cameroun
Pour un pays ou un Etat « Re » comme celui du Cameroun c’est-à-dire, Rêveur, Réactionnaire, Récréatif, Récidiviste, Récalcitrant, Reniant, Retardataire, il a intérêt à aller à l’école de l’Asie où l’Etat construit effectivement le développement, en toute résilience au lieu de passer le temps à se plaindre des difficultés ou des contingences contextuelles. C’est dans la difficulté (situation) que l’on met en exergue son ingéniosité (affirmation de soi, réalisation de soi, implication de soi), a-t-on coutume de dire en psychologie. Malheureusement, l’inertie, la corruption, le vol, les détournements, les fautes de gestion, le tâtonnement, l’entrisme, la prévalence des facteurs créant la proximité (sectes, réseaux) semblent avoir tellement pignon sur rue au Cameroun, que le développement encore moins l’émergence, ne peuvent guère s’accommoder avec l’indolence, la fatalité, le tribalisme, le volubilisme sauvage, l’entourloupe, l’incurie. Sans faire trop de commentaires, nous présentons sous forme de tableau synthétique, les réalisations de certains pays asiatiques au Cameroun. Il va s’en dire que ce travail essaye de ne citer que les faits les plus saillants en partant des réalisations des pays par ordre d’importance visible sur le terrain.
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Pays |
Réalisations palpables au Cameroun |
| Arabie-saoudite |
Financement de la construction du complexe islamique de Tsinga ; financement du tronçon Foumban-Tibati ; financement de la construction du barrage hydroélectrique de Song-Loulou et du chemin de fer transcamerounais Eséka-Maloume ; extention de l’université de Ngaoundéré.ChineConstruction du Palais de congrès ; barrage de Lagdo, Palais de sports de warda ; HGOP de Yaoundé et à Douala ; Barrages hydroélectriques de Lom Pangar, Mem’vele, Mekin ; financement et construction du complexe industrialoportuaire de Kribi ; Aménagement du Mfoundi ; Construction des stades de Limbé, Bafoussam et d’Olembe-Yaoundé (via le PNDIS) ; Création du Centre Conficius à l’IRIC ; Enseignement de la langue chinoise à l’ENS de Maroua ; voirie urbaine de Douala ; Bourses d’étude ; Batiments (Réhabilitation de l’immeuble de la mort) ; coopération médicale à Mbalmayo et Guider ;Corée du SudFormation professionnelle ; Construction du bloc des urgences de l’Hôpital centrale de Yaoundé ; Bourses d’étude ;
Construction navale (CNIC) ; Exploitation minière à l’Est Cameroun
IndeUsine de montage des tracteurs d’Ebolowa ; Grande distribution ; Commerce import-export ; financement des projets agricoles (riz, maïs,)IsraëlConstruction du Camp SIC de Mendong ; Formation militaire et assistance (Garde présidentielle et BIR)
Japon
- Au niveau de la coopération bilatérale (par l’état), l’Ambassade du Japon a financé (dons non remboursables) :
- Projet de construction des écoles primaires (phases 1 – phases 5)
- Projet hydraulique rurale (phases 1 – phases 4) avec la construction des forages
- Aménagement du stade Ahmadou Ahidjo
- Village du Millénaire (projet pour tous les objectifs des OMD)
- Electrification rurale
- Au niveau du financement des microprojets, ONG, OI, association, GIC
Jusqu’en décembre 2011, le Japon a financé (dons non remboursables) 100 microprojets en faveur des populations à la base pour l’aménagement, la construction et/ou équipement des écoles primaires, centres de formation professionnelle, formations sanitaires, forages, petits ponts, sur l’ensemble du territoire camerounais.
PakistanCommerce à travers les grandes surfaces et dans l’import-export
TurquieCommerce et restauration
Source : Enquête personnelle auprès des Camerounais et Minrex (Mboe, Juillet 2012)
A moins que l’on veuille rester les yeux fermés, l’Asie apporte au Cameroun, via la coopération, des réalisations d’une importance capitale, qui ne peuvent passer inaperçues même aux yeux d’un aveugle. En effet, les réalisations asiatiques au Cameroun participent effectivement de l’embellissement des nos villes, au rayonnement du pays dans la sous région Afrique Centrale, à susciter le culte de l’effort auprès de la masse, etc.
Come on peut le constater, les têtes de proue de cette coopération fonctionnelle asiatique au Cameroun sont en grande partie l’Arabie Saoudite, Israël, le Japon et la Chine. Cette dernière est d’ailleurs considérée par le Cameroun comme le « partenaire stratégique » avec tout ce que cela comporte comme avantage et prérogative.
- 4. Des situations proches du complot
Le complot est défini littéralement comme un « dessein concerté secrètement entre plusieurs personnes et dirigé contre un individu, une institution, particulièrement contre un gouvernement, un régime. » (Larousse, 2010). Il est l’œuvre des personnes, physiques ou morales, qui jadis, jouissaient d’une « majorité psychologique » c’est-à-dire une prédisposition à influencer et à imposer les choses aux autres, sont devenus subitement psychologiquement mineurs car, devenus domptables par certains d’hier qui ont fini par prendre la mesure des choses et de changer dans le sens du progrès. Dans une telle situation, l’attitude de condescendance ayant longtemps été la chasse gardée des « anciens forts » ou « has been » vire drastiquement au chauvinisme, à la délation, au dénigrement, à l’intoxication, à la diabolisation du nouveau fort, etc. La situation camerounaise à l’heure actuelle nous interpelle à plus d’un titre. Mais, nous nous appuyons sur notre posture de psychologue, donc spécialiste du comportement, pour tenter une analyse de ce qui se trame sous nos yeux depuis quelques années. En effet, sans avoir à porter des lunettes, il s’avère que les asiatiques vivent une étrange campagne de dénigrement au niveau du Cameroun en particulier et en Afrique en général. En regardant dans le fond, les auteurs et acteurs de cette sale besogne sont autant tapis dans le pays que dans les anciennes puissances coloniales ou tutélaires qui se sont le plus investies à polir leur image de maître au point d’oublier qu’il ne faut jamais dormir sur ses anciens lauriers ou encore que « celui qui veut aller loin mén age sa monture ». Avant de passer à l’approche multi cas sur laquelle nous nous appuyons, nous tenons à faire un certain rappel important afin de mieux orienter la lecture de notre contribution.
Les nationalistes camerounais ont tout le temps clamé que le Cameroun n’a jamais été l’ancienne colonie de qui que ce soit. Ils fondent leur argument sur le fait que le pays a plutôt été placé sous la tutelle de la société des Nations, ancêtre de l’ONU et que cette société a confié le Cameroun à la double tutelle française et britannique. Sauf si on vient à me prouver le contraire, le traitement qui a été administré au Cameroun par la France n’est en rien différent de ce que les autres pays du pré carré français en Afrique n’ont de cesse de subir depuis la nuit des temps. Donc, le jeu de mots français, sur fond de sémantique ou de séméiologie, ne peut continuer à prospérer devant certains faits saillants : le franc CFA, la langue française, la domiciliation des réserves financières au trésor français et que sais-je encore sont les points d’intersection entre le Cameroun (placé sous tutelle) et les autres pays francophones d’Afrique Subsaharienne pourtant reconnus officiellement comme anciennes colonies françaises d’outre mer.
Au niveau économique, il est clair comme l’eau de roche que la France est vantée par la horde des francophiles comme « le premier partenaire économique du Cameroun depuis plusieurs années ». Le tissu industriel du pays est sous la coupole des entreprises françaises à tel point que les syndicalistes camerounais, hostiles à cette logique, ont dit il y a quelques années à cette allure, l’un des entrepreneurs français les plus en vue sur le plan économique s’étant approprié l’espace portuaire camerounais à Douala, allait bientôt occuper le fauteuil présidentiel au palais de l’unité. Le bilan des privatisations des entreprises publiques et parapubliques camerounaises a fait basculer le monopole public vers un monopole privé exclusivement français pour ne pas dire en grande majorité francophile (cimenterie, transport ferroviaire, transport terrestre de la grande marchandise, exploitation pétrolière, bois, produits agricoles, produits manufacturiers, BTP…) Certains secteurs sont exclusivement en situation de monopole exclusif avec la France en toile de fond. Même le semblant de nationalisation timidement présenté comme un trophée de guerre est sous l’encadrement de la France. En clair donc, s’il y a un pays qui vit mal, douloureusement, avec inquiétude, avec traumatisme et frustrations les incursions fracassantes des pays asiatiques au Cameroun en particulier et dans les autres anciennes colonies en général, c’est bel et bien la France. Elle est certainement suivie dans cette situation traumatisante par la fratrie européenne (Allemagne, Grande Bretagne) et aussi le grand concurrent américain (les USA). De là à passer à des stratégies contraire, mû par la froideur des propos du Général De Gaulle « les Etats n’ont pas d’amis, les Etats ont des intérêts » ou du pragmatisme de William James stipulant que : « une idée n’est bonne, une théorie n’est vraie que si elle s’accompagne d’applications pratiques », il y a certainement là, un pas qui peut etre rapidement franchi. Nous allons prendre quelques cas au plan interne et à l’international pour démontrer la logique de complot.
Cas 1. L’échec de la cimenterie de Limbé avec pour promoteur AFCO Cement (Corée du Sud)
Avec Cimencam, filiale du Groupe Lafarge (France), le Cameroun a toujours connu les déboires d’une couverture harmonieuse du marché national en ciment, malgré les deux usines de Douala et Figuil. La pénurie du ciment a parfois atteint certains pics dans le pays au point de faire acquérir le sac à près de 10 000fcfa par endroit. Le comble a été atteint lorsque la Guinée Equatoriale est entrée en chantier il y a moins de 5 ans. Pour aider le Cameroun à passer à l’action, un diplomate sud coréen (pourtant camerounais d’origine), S.E. Mohamadou Dabo, consul de Corée à Douala et un homme d’affaire camerounais et des sud coréens professionnels dans le domaine, s’engagent à construire une deuxième cimenterie au Cameroun, par voie de conséquence, à mettre terme au monopole de Cimencam. AFCO Cement est engagé pour la construction d’une cimenterie à Nguemé, localité située à 8 km du centre ville de Limbé, sur la route d’Idenau via Sonara. Le projet dont la convention d’établissement a été conclue le 28 février 2008 entre l’entreprise sud-coréenne Afko Cement Corporation et le gouvernement camerounais porte sur un portefeuille d’environ 72 millions de dollars (soitenviron 36 milliards de Fcfa). Le projet, un complexe industriel, est le fruit d’un consortium mettant aux prises, la Corée du Sud- Singapour-Cameroun en vue de produire un peu plus d’un million de tonnes par an, en appui de ce que Cimencam fait déjà. Plus de 4 ans après, rien n’est à filtrer sur le terrain. Pire, le matériel déchargé depuis tout ce temps à Nguemé prend un coup (un broyeur déjà détérioré, près de 825 millions de Fcfa déjà engagés pour des études de reprise du projet à construire en mode BOT (build, operate, transfer). Même les assurances données par l’ex PM Inoni, du temps où il trônait à l’immeuble étoile (actuellement au gnouf) n’ont rien apporté comme résultats concrets.
Entre temps, qu’a-t-on vu sur le terrain à Nguemé, les accusations comme quoi, une cimenterie aux pieds de l’eau était nocive pour l’espèce faunique aquatique. Pire, les techniciens coréens ont essuyé à maintes reprises des braquages, des menaces, des enlèvements et une détérioration du matériel.
Dangote a failli voir son projet voler en fumée sous le fallacieux prétexte que l’espace choisi pour construire sa cimenterie est le lieu de fête du Ngondo. Pourtant, les Sawa disposent du lit du fleuve Wouri à leur guise pour aller choisir un endroit et célébrer leur culture en toute quiétude. Que gagne le Cameroun entier derrière la célébration du Ngondo ?
Le texte intégral de cet article est disponible au lien suivant: Complot contre la coopération asiatique au Cameroun- 20 Mai 2012
Auteur:
Gustave Georges MBOE, Psychologue, Enseignant-Chercheur (ATER) Université de Yaoundé I Cameroun Email: mboegeorges@yahoo.frScholarships for African Researchers interested in infectious disease (Japan) Bourses pour Étudiants et Chercheurs du Cameroun ( Suisse)
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Merci M. MBOE…Une Analyse critique et profonde du problème…un regard précis et détaillé qui permet d’être encore plus enrichi sur des informations et des domaines qu’on maîtrisait plus ou moins. Cependant, le mythe du complot n’est il pas aussi entretenu par les africains eux-même qui se désolidarisent et se méfient de plus en plus de la sorte de « pacotille-manque de qualité » que constituent parfois les réalisations, produits et autres…asiatiques, précisément chinois notamment au Cameroun? je m’appuies sur l’expression bien réputée: « c’est du chinois » par exemple…
Thème assez original et d’actualité. L’avis du psychologue compte et l’analyse est bien amorcé. le soucis de contextualisation est remarquable. mais j’ai envie de demander où sont passés les théories psychologiques ou alors les grilles de lecture psychologique ? Bien à toi.