Pleures au pays de Léopold Sédar Senghor. Quand le rêve démocratique s’écroule ! (Sénégal)
Le premier tour de l’élection présidentielle 2012 a eu lieu dimanche dernier. Maître Abdoualaye Wade a été hué par une population surexcitée, surement prise de cours par un président sortant de 85 ans qui veut encore un autre mandat: de 7 ans! S’il vous plait, chers lectrices et lecteurs, vous ne rêvez pas. Il s’agit bien du pays du poète Léopold Sédar Senghor. Le Sénégal a longtemps été présenté par les observateurs de la scène politique africaine comme un modèle d’État post-colonial qui, par l’ingénieurie de sa classe politique, a réussi à institutionnaliser le pouvoir, à inscrire le modus operandi du personnel politique (et des détenteurs des portions d’autorité d’État) dans les institutions, des institutions dont le fondement de leur légitimé est le vote du peuple, la voix du citoyen. Or, la situation actuelle de cet État d’Afrique francophone prouve bien le contraire, et inscrit le Sénégal dans la catégorie normale des États issues de la colonisation occidentale. «Business as usual», serait-on tenté de dire. L’article qui suit est une analyse fort intéressante d’un citoyen conscient de la profondeur de la crise et des risques auxquels s’expose son pays.
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Et si l’histoire se répétait encore une fois
2000 et 2012, deux dates importantes de l´histoire politique du Sénégal. Si la première a mis fin aux quatre décennies de régime socialiste, la seconde sera aussi déterminante pour l’avenir politique sociale et même économique du pays. Depuis 1960, date à laquelle le Sénégal a accédé à sa souveraineté nationale jusqu´en Mars 2000, le pays n’a connu que le règne d’un seul parti politique, le parti socialiste. Un régime qui peut certes se vanter d’une ouverture au multipartisme, d’une liberté de presse et syndicale mais qui au plan économique, a fait connaitre au peuple sénégalais les mesures drastiques du plan d’ajustement structurel et de la dévaluation de la monnaie du Franc CFA et de tant d’autre mesures économiques ( plan Sakho/Loum) etc.
La sécheresse des années 1970 ainsi que l‘absence d’une politique agricole visionnaire et durable a produit des vagues d’exodes de paysans vers les grandes villes du pays. Dakar fût la principale destination. Non organisé et sans aucune mesure d’accompagnement, cet exode va créer un nouveau type de Sénégalais répondant sous le nom de « Baol baol »[1] [i] Même si aujourd´hui ils font d’une part la fierté du pays grâce à leurs réussites et réalisations économiques, personne ne peut cependant nier les conséquences néfastes de cet exode. Le taux d’analphabétisme est de 43.3% et touche particulièrement les femmes et les adultes, on compte 1 poste santé pour 28398 habitants et un médecin pour 180.398 habitants. Dakar a un taux de mortalité infantile de 84 pour 1000 contre 60 pour 1000 au niveau national. 52460 m3 d’eau usée sont déversés par jour alors que le taux de d’accordement au réseau évacuation est de 31%[2].
La forte demande de logement a entrainé une spéculation foncière et immobilière ce qui fait de Dakar la 34eme ville la plus chère du monde[3]. Dakar a perdu son image de grande métropole où règnent l’insalubrité, l’insécurité, l’occupation anarchique des espaces et surtout le manque de civisme. Huit Sénégalais sur dix estiment que l’insécurité a atteint un état jamais égalé dans ce pays. L’on se demande s’il y a la police dans ce pays. A défaut de garantir la sécurité des citoyens cette police est devenue un instrument du régime à des fins politiciennes. Combien de journalistes ont été en garde en vue pour avoir écrit des articles ? Combien de fois la police n’a-t-elle commis des bavures ; les deux récents cas sont : les cocktails lacrymogènes jetées dans la mosquée alors les fideles étaient en cérémonie d’incantation. Pour avoir critiqué l’Etat, le chef de Parti du Bloc des Centristes Gaindés, Me Jean Paul Diaz a été recueilli en pleine messe dans la Cathédrale de Dakar. Cette. Si chacun se réclame d’appartenir à ce pays et à cette ville, peu se soucie de son état. Les comportements traduisent l’indifférence pour ce joyau qu’est la presqu’île. Le trottoir reste un vague souvenir pour les moins jeunes et la promenade pour la troisième génération. Cette ville est devenue une ferraillerie. L’espace de jeu n’existant plus marqué, les enfants sont exposés aux voitures. L’anonymat s’installe et c’est le sauve qui peut (la présence des souks, des tables, des charriots sur les trottoirs de Dakar ainsi que le stationnement anarchique des véhicules).
L’on oublie que Dakar fait juste 0,3% de la superficie du Sénégal, ce qui ne l’empêche pas d’engorger plus d’un quart de la population du pays. Dakar fait 2.590.191 Habitants avec une superficie de 546km² et une densité de 4748hbt/km² alors que la région de Tambacounda, située au Sud-est du pays a une population de 51018 habitants 16825 km², une superficie de 42638 km² avec une densité de 15hbt/km² [4]. Il est plus facile de se déplacer à pieds que d’emprunter le transport commun. Une inflation de taxi et des cars rapides agonisants sèment le désordre partout. Il faut vivre les heures de pointes (8h et 18h) pour se demander avec quel code on se réfère. On conduit comme on se comporte. Les mendiants et les commerçants ambulants sont devenus désormais sur les cartes postales de la ville. Les ordures, oh les ordures. Pour les 95 de musulmans que nous sommes, une leçon du Prophète reste non apprise: « la pauvreté est une partie intégrante de l’islam ».
Le désespoir chez les jeunes générations a tué le fatalisme et l’on veut affronter le destin en bravant la mer. Seul le clientélisme vaut la peine car la réussite porte désormais un nom de famille. Il faut appartenir à telle famille ou répondre par tel nom pour avoir l’espoir de réussir. Enfin, la chance ne sourie qu’à ceux qui ont les bonnes relations. Selon Transparency International le Sénégal occupe la 112e place au classement de 182 pays. Mais le changement ne peut se faire sans la combinaison de plusieurs facteurs : les bonnes personnes, le bon moment et la bonne décision. L’étui s’est resserré et le Sopi[5] était devenu une évidence. Malgré la résistance maraboutique et les dépenses énormes de l’Etat, l’alternance a eu bel et bien lieu. Le peuple a voulu le changement et a mis toute sa détermination pour y accéder.
Le régime socialiste ne voyait il pas les prémices de ce changement ?
L’empire socialiste souffrait de conflits internes et subit une cassure. Le parti fut divisé en 3 grands partis dont l’AFP de Moustapha Niasse, l’Urd de DJibo Ka et enfin le parti mère avec Ousmane Tanor Dieng qui devait encore s’affirmer. La maturité politique du Talibé défait l’influence du « ndiggel » consigne de vote des marabouts, l’émancipation politique de la société civile renforce les formes de coalition pour le départ de Diouf. La contribution de la presse sera décisive à la transparence du vote de 2000. Ce fût la combinaison de tous ces facteurs qui va sonner le glas de 40 ans de règne du parti socialiste au Sénégal. C’est l’alternance et le SOPI n’était plus un slogan mais bien une réalité.
Deux décennies plus tard, le pays revient à la case de départ, c’est-à-dire post 2000. L’alternance est aujourd’hui qualifiée d’alternoce .Le pays connait la même logique politique qu’il y a 10 ans. C’est comme le même scénario repris dix ans plus tard avec quelques ajustements. Mais cette fois c’est devenu du hardcord (plus de violence, plus de fric et plus d’arrogance).
Au Sénégalais nouveau, né après 2000 on associe tout l’espoir d’un avenir meilleur et d’une prise de conscience de relever tous les défis économiques, politiques et sociaux. Le « Yes we can » a vu le jour dans ce petit pays d’Afrique de l’Ouest avant de traverser l’Atlantique pour contribuer à l’avènement du premier Président noir des Etats Unis d’Amérique. Le sourire du 20 mars 2000 des jeunes, moins jeunes et personnes âgés dans les rues de Dakar, Thiès, Saint-Louis jusqu’à Podor atteignait la Casamance. Une lumière d’espoir au fond des cœurs fait de 2002 l’année où les fils du Sénégal ont brillé dans la coupe du monde pour faire la fierté d’une nation, d’un continent et du tiers monde.
Une Décennie pour voir un rêve s’écrouler. Le rêve de tout un peuple et même d’un continent. La vie sous les eaux, dans la pénombre et l’insécurité. Ceux qui doutent le plus affrontent la mort en bravant la mer et en s’immolant par le feu. Le suicide n’est plus un tabou (5 cas dont 3 devant le palais de la République,). Un pays, deux mondes et plusieurs contrastes. La dignité humaine est touchée et survit à peine pendant que d’autres se cachent derrière les fenêtres teintées des voitures de luxe. Certaines rues de Dakar n’ont rien à envier aux grandes capitales mondiales. Dakar accède même aux capitales les plus chères du monde. Quel contraste ?
On en est à la ruée de la terre et le domaine national est à la merci des « junkyland » chronique de vente de terre. Le pays a affaire à une minorité d’illuminés, intouchable et incontrôlable. Le bas peuple cependant attend toujours d’être édifié sur la dette extérieure de son pays. Une dette qu’il paiera à la sueur de son front. À l’heure qu’il est, la dette extérieure du Sénégal est estimée à environ 3,6 milliards de dollars US[6] et le pays occupe le 155ème rang sur l’indice de développement humain du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD)[7].
[1] Le Baol est un ancien royaume du Sénégal précolonial. Ses habitants sont appelés Baol Baol et ils sont parmi les plus touchés par l’exode rurale. À Dakar, ils occupent principalement le secteur du commerce informel.
[2] Source : Gouvernement du Sénégal, Ministère de l’Économie et des Finance. http://www.finances.gouv.sn/UserFiles/Region%20de%20Dakar.pdf, 23.02.2012
[3] Classement mondial établit par Mercer Human Resource Consulting– 2008, disponible à : http://www.finances.gouv.sn/UserFiles/Region%20de%20Dakar.pdf, 23.02.2012
[4] source : Agence nationale de la statistique et de la démographie, Décembre 2011, disponible à : http://www.ansd.sn/publications/annuelles/SES_2010.pdf, 23.02.2012
[5] « Sopi » signifie changement en wolof, qui est la langue nationale au Sénégal.
[6] Source : Banque Mondiale, 2012, disponible à : http://donnees.banquemondiale.org/indicateur/DT.DOD.DECT.CD, 22.02.2012
[7] Source : UNDP, 2011, disponible à : http://hdrstats.undp.org/en/countries/profiles/SEN.html, 22.02.2012.
„Barcelone ou la mort“: Une analyse linguistique du contexte migratoire au Sénégal Environmental Protection, Renewable Energies: Summer course at the University of Kassel (Germany)
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