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Nr. 00272- Nov. 18th, 2025 – Weekly Newspaper devoted to Science & Technology in Africa ** Pour la promotion de l'esprit scientifique en Afrique

Conférence de Durban sur l’environnement et le rechaufferement climatique: un expert répond à nos questions

En marge de la conférence de Durban en Afrique du Sud, nous avons cru utile de nous diriger vers un expert, afin de saisir les enjeux d’un sommet comme celui-là. Monsieur Adrien Djomo est un chercheur de nationalité Camerounaise, spécialiste des questions environnementales. Il est par ailleurs titulaire d’un doctorat soutenu à l’Université de Goettingen (Allemagne) en 2010. Monsieur Adrien Djomo a bien voulu répondre à nos questions.

Africa & Science: Le climat se réchauffe, l’humanité s’inquiète. A tort ou à raison? Le péril climatique est-il vraiment réel?

Adrien Djomo: Je commencerai par vous remercier de m’avoir invité pour commenter l’actualité environnementale en ce moment où le monde entier est tourné vers Durban en Afrique du Sud pour suivre quelles résolutions les décideurs vont prendre pour sauver la planète de ce que les êtres humains ont fait d’elle. Vous posez la question de savoir si le péril climatique est réel. De nos jours il ya de nombreuses évidences tant au niveau scientifique et au niveau de l’observation des minimums, moyennes et maximums climatiques qui font dire que l’humanité ne s’inquiète pas à tort. Il ya une menace réelle, notamment au niveau de la couche d’ozone, responsable de filtrer les rayons ultra-violets qui pourraient exterminer notre planète s’ils nous arrivent en abondance. Au cours de cette décennie, les zones où on a observé les trous d’ozone ont atteint une superficie de 24 million de km2. La concentration du CO2 dans l’atmosphère a augmenté d’environ 30% par rapport à la période préindustrielle. Il en est de même pour la température qui a augmenté d’environ 0,6˚C. Nous devons agir aussi bien dans les Pays du Nord que dans les Pays du Sud pour freiner cette menace qui est en grande partie induite par les actions humaines notamment avec l’industrialisation et le transport accrue dans les pays du Nord qui continuent de dépendre des énergies non renouvelables et de la déforestation dans les pays du sud qui constituent près de 20% des émissions actuelles des gaz à effet de serre.

Africa & Science: Le protocole de Kyoto est un premier pas vers l’harmonisation du comportement humain face à l’environnement à l’échelle mondiale. Que prévoit concrètement ce traité? Est-ce une réponse adéquate au problème?

Adrien Djomo: Comme vous le dites, le protocole de Kyoto qui a été adopté en 1997 et qui est entré en vigueur en 2005 prévoit une réduction globale des gaz à effet de serre de 5,2% par rapport à 1990. Ainsi, l’accord de Marrakech signé en novembre 2001 définit pour chaque pays de l’annexe I les niveaux de réduction à atteindre. Les pays de l’annexe I sont constitués de 39 pays les plus industrialisés considérés comme historiquement responsable de cette hausse anormale des gaz à effet de serre depuis la période industrielle. Ce protocole prévoit pour atteindre ce niveau de réduction les mécanismes de flexibilité qui sont les mécanismes de développement propre (MDP), l’implémentation conjointe et les marchés de carbone volontaires. De ces mécanismes, celui qui concernait le plus les pays africains était le MDP car ce mécanisme permet aux pays du Nord pour atteindre leur niveau d’émission d’investir dans des projets de réduction de carbone dans les pays sous développés et d’utiliser les crédits de carbone obtenus. Toutefois, la non prise en compte de la déforestation et de la dégradation forestière, ainsi que le nombre très faible des projets issus des MDP ont fait qu’on ait adopté à la COP 13 en 2007 à Bali en Indonésie un consensus sur les compensations réduction. Cette idée a depuis lors évolué et on parle aujourd’hui de plus en plus du concept de REDD qui veut dire Réduction des Emissions issues de la Déforestation et de la Dégradation Forestière.

Ainsi, comme vous le voyez, le protocole de Kyoto est en ce moment le protocole le plus contraignant et celui en même temps qui amènerait les pays du sud de se sentir plus concernés et de s’impliquer comme des acteurs importants des changements climatiques en préservant les puits naturels de carbone que sont les forêts.

Africa & Science: Comment interprétez-vous le fait que les États-Unis n’aient pas jusqu’ici ratifié le protocole de Kyoto?

Adrien Djomo: Les Etats-Unis n’ont pas ratifié ce protocole probablement parce-que l’industrie américaine est fortement dépendante des énergies non renouvelables. Le fait que les Etats-Unis s’activent dans de nombreux conflits très chers au contribuable américain à travers le monde ne leur donne pas la possibilité de se concentrer en priorité sur l’économie interne et les questions écologiques. Le lobby pétrolier américain très puissant n’envisage pas des contraintes de réduction des gaz à effets de serre (GES) bien qu’il y ait un lobby écologique favorable pour une telle réduction contraignante. C’est ici l’occasion de rappeler que le protocole de Kyoto était l’une des priorités de campagne du Président actuel Barack Obama. A-t-il pu en 4 années amené les américains, vers cet accord tant attendu par le monde entier ? À vous et à nous tous d’en juger…

Africa & Science: Êtes-vous satisfait de la position du Canada aujourd’hui?

Adrien Djomo: En 1998, le Canada a signé le Protocole de Kyoto, avec pour objectif de réduire les émissions de GES de 6 % par rapport à 1990 en 2012. En 2008, les émissions nationales étaient de 734 millions de tonnes, soit environ 31,5 % au-dessus du niveau de Kyoto. Cette situation a montré que le Canada avait besoin de grands engagements à tous les niveaux y compris au niveau du gouvernement, des municipalités, des entreprises et des particuliers pour inverser la mauvaise tendance. Dans ce contexte, les gouvernements municipaux ont émergé comme des acteurs clés dans le domaine de l’atténuation du changement climatique. La Fédération canadienne des municipalités offre des programmes et des services pour appuyer les municipalités dans leurs efforts de réduction des GES par le biais du Fonds municipal vert (FMV) et les Partenaires pour la protection du climat (PPC). En 2010, le programme PPC a mesuré les efforts fournis à travers le Canada pour réduire les GES. L’initiative a investi pendant trois ans 400 millions CAD qui ont abouti à une réduction de 1,5 millions de tonnes représentant un coût de 267 CAD par tonne en moyenne, ce qui est très élevé.

Le message que nous donnons, c’est que le Canada doit impérativement adopter une stratégie qui permet à tous les acteurs de réduire leur train de vie dans la consommation des énergies non renouvelables, et aussi développer des partenariats avec des pays d’Afrique, d’Amérique latine et certains pays d’Asie pour développer davantage les projets REDD+ dont les prix sont les plus compétitifs en matière de crédit de carbone.

Africa & Science: Le monde entier a actuellement les yeux rivés vers Durban en Afrique du Sud. Que recherche-t-on justement à Durban?

Adrien Djomo: Comme je vous le disais plus haut, le monde attend que le protocole de Kyoto soit celui qui contraint tout le monde. En plus, la feuille de route de Bali qui avait échoué à Copenhague au Danemark (en 2009) devrait être remise sur la table de discussion avec toutes les évolutions qu’il ya eu ces dernières années pour que le REDD+ prenne effet à partir de 2012. L’attente est beaucoup plus grande car nous sommes à la fin de la période 2008-2012 où les engagements avaient été pris dans le cadre du protocole de Kyoto. La planète attend que de nouveaux engagements concrets et réalistes soient pris à tous les niveaux pour espérer un futur avec une réduction sur les menaces qui pèsent sur nous.

Africa & Science: Nourrissez-vous des espoirs d’un accord équitable pour les États Africains?

Adrien Djomo: Personnellement je ne m’attends pas à un accord favorable au continent Africain, mais plutôt à un accord qui montre que les décideurs de ce monde prennent la question climatique comme l’une des priorités de notre existence, pour le futur et l’avenir de nos enfants. Nous devons inverser la tendance actuelle avec des prises de décision fortes. Evidemment l’Afrique a un très grand rôle à jouer dans ce contexte. Je dois rappeler que l’Afrique centrale est après l’Amazonie la plus grande étendue de forêt tropicale. Le Sahara est aussi le plus vaste étendu de désert subtropicale au monde et un plus grand réchauffement de la planète entrainerait des conséquences néfastes très grande dans cette région où il ya aussi des zones où l’indice de pauvreté est parmi les plus faibles au monde.

Africa & Science: Dans votre thèse de doctorat, vous défendez l’idée selon laquelle l’Afrique peut jouer un rôle majeur dans la protection de l’humanité par la protection de son écosystème. Vous soutenez en même temps que l’Afrique, tout en protégeant son environnement, pourrait tirer d’importants profits au plan financier. Pouvez-vous vous étendre davantage sur cette idée novatrice?

Adrien Djomo: Effectivement, l’Afrique a un trésor écologique qui pourrait la hisser parmi les continents les plus puissants de la planète si ces ressources étaient bien gérées. Je pourrai m’étendre sur des propositions qui pourraient aider les pays africains à utiliser ce trésor comme levier de développement, mais il faut que les décideurs soient prêts à m’écouter et à s’appuyer sur ces propositions.

Africa & Science: Avec-vous l’impression que les gouvernements africains vous écoutent ou prennent en considération les résultats de vos recherches?

Adrien Djomo: J’ai développé les toutes premières équations allométriques qui devraient permettre d’estimer avec plus d’exactitude les carbones issues des forêts tropicales africaines. Je suis entrain de préparer une publication scientifique qui sera disponible l’an prochain et qui contribuera à aider les pays africains à gérer les forêts de façon écologiques et de tirer profit des avantages financiers qui pourraient découler des nouveaux accords sur l’environnement. Toutefois, l’impression que nous avons c’est qu’avec la gouvernance actuelle dans de nombreux pays africains, les dirigeants ne s’appuient pas sur nos résultats de recherche. Nous espérons qu’avec l’adoption de nouveaux accords sur le climat, les dirigeants africains s’intéresseront davantage à nos travaux pour tirer le meilleur profit non seulement pour le développement du continent mais aussi pour sauver la planète des menaces actuelles.

Africa & Science: Au nom de notre équipe, nous vous exprimons notre gratitude pour votre expertise et votre disponibilité.

Interview réalisée le 09 décembre 2011 par Moses Chiadjeu

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