Crise aigüe dans la zone Euro, Rumeur persistante sur une possible re-dévaluation du Franc Cfa en Janvier 2012 : Où va l’Afrique?
La zone CFA regroupant les anciennes colonies françaises d’Afrique est reliée à la zone Euro de façon mécanique par la France. Le coût de cette liaison est bien connu : les fonds du compte d’opération, c’est-à-dire les dépôts en devises que doivent effectuer les États de la zone Cfa auprès du trésor public français (soit 50%). Le Franc Cfa, monnaie utilisée pas les États de la zone Cfa, est relié à l’Euro par une parité fixe négociée par la France (1 Euro = 655,95 Fcfa).
Or, voila que depuis quelques semaines circulent sur internet des informations faisant état d’une possible re-dévaluation du Franc CFA, la monnaie aujourd’hui utilisée par les anciennes colonies françaises d’Afrique en janvier 2012. Une dévaluation de cette monnaie avait déjà été décidée en janvier 1994. Ses conséquences furent catastrophiques pour les ménages africains.
Seulement, au moment où la rumeur d’intensifie, la zone Euro traverse une crise sans précédant : d’où les questions suivantes : La re-dévaluation du Franc CFA, si elle intervient en janvier prochain, viserait-t-elle à relancer l’économie française aujourd’hui manifestement en déroute? Ou alors, répondrait-elle à une priorité de politique économique des États de la zone Cfa? En attendant que rumeur devienne vérité, nous livrons cette semaine à nos lecteurs les analyses menées dans le cadre d’un travail de doctorat en science politique par un étudiant africain il y a seulement quelques années.
En guise de rappel mémoire :
Le Franc Cfa est créé le 25 décembre 1945 au taux de 1 Fcfa=50 centimes de FF. Remarque : Dès sa création, le Fcfa est surévaluée par rapport au FF, et cette surévaluation répond plutôt à la politique protectionniste du grand Capital français en action dans la périphérie. Jacques Giri nous apprend également que les fonctionnaires coloniaux ont aussi tiré très grand avantage de cette surévaluation, dès lors qu’elle leur permettait de recevoir des salaires élevés. Pour plus de détail sur le sujet, lire Giri, Jacques, «Rompre avec un demi-siècle d’anti-développement», Politique Africaine, N° 49, Karthala, Paris, mars 1993, p. 93.
Un peu d’histoire économique :
De la colonisation, les sociétés africaines ont hérité, entre autres, de trois structures qui de par leur importance influencent considérablement la marche de l’État postcolonial : les territoires, la culture politique et le système économique (le mode de production et d’échange). Comme le disait Karl Marx, le mode de production de la vie matérielle conditionne le processus de vie sociale, politique et intellectuel en général1. L’impact de la territorialité coloniale est aujourd’hui suffisamment connu des Africains et que la conférence de Berlin de 1884-85 demeure dans la perception populaire le lieu de la dissection de notre continent. De même, les effets néfastes de la culture politique héritée de la période coloniale sont constamment décriées par la presse africaine dan sont ensemble, surtout au regard des dérives que génèrent la politisation constante de l’ethnicité par certains acteurs politiques africains, notamment ceux occupant les positions de pouvoir.
Par contre, une chose demeure nébuleuse dans l’esprit des Africains dans l’ensemble et même de ceux appartenant à la couche sociale éduquée : c’est l’impact du système économique hérité de la période coloniale sur les crises actuelles que traverse le continent africain. Dans ce flou artistique, le discours des institutions internationales et des États de l’hémisphère nord n’aident absolument pas à la compréhension du problème. En effet, selon Paris, Washington et Bruxelles pour ne citer que ceux-ci, le sous développement de l’Afrique s’explique essentiellement par la mauvaise gouvernance, la corruption, et les lenteurs dans le processus de démocratisation.
Or, un tel discours ne permet pas de saisir l’impact réel des monnaies héritées de la période coloniale sur la marche des sociétés africaines d’aujourd’hui. Pourtant, à l’analyse des faits, les sociétés africaines se trouveraient dans une logique d’étranglement économique.
Selon une vue d’ensemble, la monnaie officielle de bon nombre des États africains est un legs de la colonisation. Même si certains d’entre eux ont créé des signes monétaires nouveaux, parfois en guise d’affirmation de leur indépendance, il ressort des travaux d’une thèse de doctorat que la politique monétaire du pouvoir colonial qui avait pour objectif fondamental la facilitation du processus d’exploitation optimale des ressources des territoires occupés dans le cadre d’un marché protégé, a un effet plutôt perturbateur sur le fonctionnement de l’Etat post colonial. Que ce soit les Etats qui ont choisi de se doter d’une nouvelle monnaie (Angola, Congo-Kinshasa, Liberia par exemple), ou ceux qui ont gardé la monnaie léguée par la puissance coloniale (les Etats de la zone CFA, le Rwanda), tous sont confrontés à l’épineux problème de l’inadéquation entre la valeur de la monnaie et le niveau de développement du marché national. Les monnaies sont trop fortes !
À ce problème s’ajoute un autre, plus pernicieux pour le décollage économique desdits Etats. En effet, la multiplicité des signes monétaires (la «balkanisation monétaire», serions-nous tenté de dire) limite considérablement le commerce interafricain. Seulement dans la région des Grands Lacs (outre le dollar US) circulent quatre signes monétaires au moins: le Franc rwandais, le Franc burundais, le Franc congolais, le shilling ougandais, etc. Cette pluralité de monnaies est de toute évidence un obstacle au développement du commerce régional, dans la mesure où elle asphyxie les économies nationales déjà elles-mêmes confrontées à la taille extrêmement étroite de leur marché34.
C’est exactement le même problème que pose le dollar libérien en Afrique de l’Ouest. En effet, cette monnaie enferme les opérateurs économiques libériens dans les limites du territoire national, et élève le coût des échanges régionaux. Cette situation les condamne à n’échanger qu’avec les pays de la zone dollar, les USA en l’occurrence. En clair, par la monnaie, le pouvoir colonial a posé les bases de la dépendance (et de la déstabilisation) économique des entités périphériques. Ce qui est un obstacle fondamental au Nation-building process.
NB. Cette étude couvre la période allant de l’époque coloniale au début des années 2000
1 Marx, Karl, préface de Contribution à la critique de l’économie politique.
34 Bien que le Congo-Kinshasa par exemple soit grand comme 6 fois l’Allemagne en superficie, il n’est peuplé que de 50 millions d’habitants. Le Rwanda ne compte qu’environ 8 millions d’habitants.
Le cas des États ayant conservé la monnaie coloniale: Les États de la zone CFA Germany: Doctoral Student Position in Agricultural and Food Economics
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