Africa & Science – Afrika & Wissenschaft – Afrique & Science

Nr. 00233- Dec. 12th, 2018 – Weekly Newspaper devoted to Science & Technology in Africa ** Pour la promotion de l'esprit scientifique en Afrique

L’Afrique répond «présente» au rendez-vous du virtuel. Mais, quel impact sur les échanges d’informations?

Internet est devenu au fil des ans un outil indispensable pour la communication, l´information, l´éducation et la formation, la recherche, les échanges commerciaux, etc. Le nombre de ses utilisateurs va crescendo et nombreux sont ceux qui voient en lui une solution pour les maux qui gangrènent notre monde. Certains vont jusqu´à voir en lui une panacée, la solution miracle qui aiderait à résoudre les problèmes de la pauvreté, de l´analphabétisme, et du Sida pour ne citer que ceux-ci. Pourtant, malgré les possibilités de communication en temps réel qu’offre le réseau Internet, de nombreuses questions méritent de retenir notre attention. Par exemple: pourrait-il aussi lever les barrières sur la circulation inégale des informations et des services en ligne entre les différentes régions du monde? Le présent article retrace l´évolution de l´accès au Net en Afrique et rend compte de son impact sur les mutations sociales. Un regard sur les utilisateurs des pays européens nous aidera à mieux saisir les inégalités qui perdurent dans le monde du virtuel à l´ère même de la mondialisation.

Même si le flux des informations entre l´Occident et l´Afrique reste marqué par des inégalités (voir WITTMANN, P. 5), il faut cependant mettre en exergue d´importantes mutations actuellement en cours sur le continent, des mutations favorisées par les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC). Les pays africains répondent de plus en plus «présents» au rendez-vous mondial des échanges d´informations et contribuent ainsi à poser les jalons d´un monde de mieux en mieux interconnecté. L´expansion des cybercafés dans les villes africaines permet à une nouvelle génération de jeunes d´exprimer leurs visions du monde dans lequel ils vivent. Outre les synergies conjuguées pour les projets de développement durable, les mutations politiques récemment orchestrées (en partie grâce au Net) par la jeunesse des Etats du Maghreb ne sont qu´une des illustrations du potentiel révolutionnaire du réseau Internet.

 

Pour ce qui est des médias africains, Internet a permis aux différents organes de presse de diversifier leurs programmes tout en ciblant les communautés africaines de la diaspora. Les chercheurs, les opérateurs économiques, la société civile des pays européens s´intéressant à l´Afrique trouvent au Net le moyen rapide d’accès à l’information sur ce continent. C’est aussi le principal moyen de contact et d’échange avec les partenaires africains. Dans cette perspective, le Net donne aux Africain(es) la possibilité de redorer plus ou moins l´image de l´Afrique longtemps ternie par les guerres, les maladies, la misère etc. Grâce au réseau Internet, ces derniers deviennent ipso facto des «stakeholders» qui organisent le monde du virtuel et esquissent les visions d´un monde futur au-delà des barrières sociales et raciales. Cependant, face à la puissance économique des médias et des agences de presse des pays occidentaux, le traitement équilibré de l´information sur l´Afrique reste un immense défi.

Dans le domaine de la recherche, l´université virtuelle «African Virtual University» a été mise sur pied dans le but de faciliter la recherche en Afrique Subsaharienne et l´accès des techniciens, chercheurs, opérateurs économiques et ingénieurs aux ressources éducatives en ligne. Cette université virtuelle qui constitue un lieu de collecte et de distribution des rapports de conférences, des résultats de recherches, offre par satellite des cours et des formations aux utilisateurs. Elle regroupe ainsi plusieurs instituts de recherche, des universités et étudiants de tous les coins du continent. Dans le domaine de la communication, l´Institut des Medias de la région sud-africaine «Media Institute of Southern Africa» basé en Namibie collabore avec les chaînes de télévision et met à leur disposition, grâce au service Internet «MISAnet», des tonnes d´informations par semaine.

Même si de nombreux experts pronostiquent qu´Internet constituera à l´avenir un instrument incontournable pour l´information et la communication, force est de constater qu’une importante partie des populations en Afrique s´informe encore par la radio et la télévision. En plus, il existe une différence considérable entre le taux d´accessibilité au Net en ville et au village. Le même constat peut d’ailleurs être fait sur le creux entre les populations de classes sociales différentes, l’accessibilité au réseau Internet étant aussi une fonction du pouvoir d’achat. Regorgeant environ 14,2 % de la population mondiale, l´Afrique comptait en 2007 à peu près 34 millions d´utilisateurs du Net, soit seulement 3,5 % des utilisateurs mondiaux. Le tableau suivant offre un aperçu du taux d’accessibilité au Net dans quelques pays:

Tableau 1: Accès des populations africaines au Net (en %)

Moins de 1 % Entre 7 et 10 % Plus de 10 % 

 

Rwanda (0,7 %) Algérie: 7,3 % Tunisie: 12,5 % 

 

Burkina-Faso, Madagaskar et Mali (0,6 %) Sénégal, Togo, Nigeria, Maurétanie Maroc: 20 % 

 

République Démocratique du Congo, Niger (0,3 %) Égypte: 8,3 % Île Maurice: 23,2 %
Benin: 9,1 %  

 

Sudan: 9,6 %  

 

République d’Afrique du Sud: 10,3 %

Source: «Internet World Stats», Septembre 2007, cité par: Hugeux, Vincent, Monde/Enquête, Mails, Web, blogs. L´Afrique tisse sa Toile, 13.12.2007, P. 55.

Pour mieux mesurer le poids de l´Internet sur les transformations en Afrique ainsi que le rôle du continent dans l´arène médiatique internationale, il s´avère important de considérer le taux de surfeurs dans quelques pays africains, ceci dans une perspective comparative.

Tableau 2: Nombre d’utilisateurs du Net en Afrique (pour 100 personnes)

Pays Africains 2001 2005 2007 2009 

 

Angola 0,1 1,1 2,8 3,3 

 

Botswana 3,4 3,3 5,3 6,2 

 

Ghana 0,2 1,8 3,8 5,4 

 

Cameroun 0,3 1,4 2,9 3,8 

 

Zimbabwé 0,8 8,0 10,9 11,4 

 

Afrique du Sud 6,4 7,6 8,2 9,0 

 

Nigéria 0,1 3,5 6,8 28,4 

 

Pays Européens 2001 2005 2007 2009 

 

Autriche 39,2 58,0 69,4 73,5 

 

Belgique 31,1 59,4 68,7 75,2 

 

Danemark 42,9 82,8 84,8 85,9 

 

France 26,4 43,0 65,9 71,3 

 

Géorgie 1,0 6,1 8,3 30,5 

 

Allemagne 31,6 68,7 75,2 79,5 

 

Norvège 29,2 82,2 87,1 91,8 

 

Source: World Bank.

Entre 2001 et 2009, le nombre d´utilisateurs d´Internet dans les quatre coins du monde a plus que triplé. Si en 2001, 8 % des habitants de la planète utilisaient le Net, en 2009, ce chiffre s´élevait à 27,1 %. Pour ce qui est de l´Afrique, seul 0,1 % d’Angolais utilisait en 2001 le Net. En 2008, ce taux d’utilisateurs a connu une augmentation (2,8%) et était d’environ 3,3 % en 2009. C´est le Nigéria qui se démarque nettement: le taux d’utilisateurs y est passé de 0,1 % en 2001 à 28,4 % en 2009. Une croissance exponentielle qui cependant ne cache pas les disparités régionales au niveau de l’accessibilité au réseau.

Solidarité:

Les chiffres ci-dessus évoqués peuvent être sujets à caution. La solidarité et le sens du partage dans les sociétés africaines demeurent des indicateurs importants qu’il faudrait prendre en compte dans toute entreprise d’estimation du nombre d´utilisateurs du Net. Car, comme beaucoup de lecteurs qui s´échangent l’exemplaire d´un même journal, plusieurs personnes utilisent un même ordinateur et à la limite une même boîte aux lettres électroniques, particulièrement en milieu rural où le niveau d´alphabétisation est inférieur à celui de la ville. Mais, malgré ce fait, il demeure que le taux d’accessibilité au réseau Internet est aujourd’hui extrêmement bas en Afrique. Ceci pourra changer dans les années à venir.

À l’inverse, les pays européens disposent d’un nombre d´utilisateurs très élevé, certains dépassants le seuil de 90 utilisateurs pour cent habitants. C´est le cas par exemple de la Norvège. Du fait de cette asymétrie entre l´Afrique et l´Europe au niveau de l’accessibilité, il s’en suit une inégalité au niveau de la participation aux échanges et de l’accès aux informations et services en ligne. Pour l’Africain du Mali par exemple, ce sont aussi bien ses possibilités d’enrichir le contenu des informations disponibles que ses chances d’accès aux encyclopédies en ligne qui se trouvent ainsi compromises, le rendant vulnérable aux influences socioculturelles, économiques et politiques des États de l’hémisphère Nord.

Par Florence TSAGUÉ ASSOPGOUM

Université de Siegen (Allemagne)

Sources:

- World Bank, 2011

- Wittmann Frank, Die Folgen der Globalisierung für das senegalesische Mediensystem, disponible à:

http://pages.unibas.ch/afrika/papers/fw.Global.pdf, 03 Sept. 2011

Comments are currently closed.