{"id":7172,"date":"2015-02-03T06:25:46","date_gmt":"2015-02-03T06:25:46","guid":{"rendered":"http:\/\/africa-and-science.com\/?p=7172"},"modified":"2015-02-05T03:05:24","modified_gmt":"2015-02-05T03:05:24","slug":"lafrique-moteur-de-la-croissance-mondiale-il-y-a-de-quoi-douter","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/africa-and-science.com\/?p=7172","title":{"rendered":"L&rsquo;Afrique, moteur de la croissance mondiale: Mais \u00e0 quand le dev\u00e9loppement?"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Le journal fran\u00e7ais <em>Le point<\/em> a publi\u00e9 le 10 novembre 2014 un article intitul\u00e9 \u00abL&rsquo;Afrique noire, moteur de la croissance mondiale \u00bb. Cet article encore disponible sur son site internet est accompagn\u00e9 d&rsquo;une vid\u00e9o pr\u00e9sentant le point de vue de trois sp\u00e9cialistes des questions \u00e9conomiques africaines: Bertrand Badr\u00e9, directeur financier de la Banque Mondiale, Lionel Zinsou, pr\u00e9sident de PAI Partners et Paul Derreumaux, pr\u00e9sident d&rsquo;honneur du groupe Bank of Africa. Cette publication a \u00e9t\u00e9 soumise \u00e0 notre attention vendredi 23 janvier 2015 par un membre du forum de notre organisation <span style=\"color: #0000ff;\">African Development Initiative<\/span>, ceci dans le cadre du d\u00e9bat actuellement en cours sur l\u2019avenir de l\u2019Afrique. Toutefois, elle n\u2019aurait suscit\u00e9 de notre part aucune r\u00e9action, si elle ne contenait l\u2019extrait suivant :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab<span style=\"color: #ff0000;\">L&rsquo;Afrique s&rsquo;engage dans la voie d&rsquo;un d\u00e9veloppement structurel qui s&rsquo;appuie sur une population jeune, une urbanisation exponentielle et un afflux de capitaux<\/span> \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette affirmation est d\u2019ailleurs partag\u00e9e par les trois experts. Selon eux, l&rsquo;avenir du monde se jouera r\u00e9solument du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;Afrique qui, en plus de sa population jeune, se met progressivement au rythme des nouvelles technologies. En claire, l\u2019auteur de l\u2019article tout comme les experts qui interviennent dans la vid\u00e9o laissent croire \u00e0 l\u2019opinion publique internationale que l\u2019Afrique de demain sera une Afrique radieuse, une Afrique flamboyante, une Afrique b\u00e9n\u00e9ficiaire des avantages de sa croissance \u00e9conomique estim\u00e9e \u00e0 5.5% par an en moyenne depuis une d\u00e9cennie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malheureusement, l\u2019article du journal <em>Le Point<\/em> est loin de la r\u00e9alit\u00e9. \u00c0 plus d\u2019un titre, une telle publication est proche d\u2019une production id\u00e9ologique. En effet, l\u2019auteur de l\u2019article pr\u00e9tend que l\u2019Afrique s\u2019engage dans la voie d\u2019un \u00abd\u00e9veloppement structurel\u00bb qui s\u2019appuie sur une population jeune, une urbanisation exponentielle et un afflux de capitaux. Certes, l&rsquo;auteur apporte une nuance sur ce potentiel et conditionne les gains futurs de la croissance \u00e0 la bonne gouvernance, entre autres facteurs. Toutefois, il demeure que les positions d\u00e9fendues ne refl\u00e8tent pas la r\u00e9alit\u00e9 des choses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Commen\u00e7ons par le premier atout indiqu\u00e9 dans l&rsquo;article, \u00e0 savoir la population jeune. Quels d\u00e9fis pose-t-elle aux pouvoirs publics africains en termes de formation et de disciplinarisation? Quel avenir pour un continent comme le n\u00f4tre lorsque Boko Haram et autres entreprises du genre puisent l\u2019essentiel de leurs ressources humaines dans une jeunesse d\u00e9s\u0153uvr\u00e9e et bon march\u00e9? Et la fraction la plus scolaris\u00e9e de cette population jeune\u00a0: o\u00f9 trouve-t-elle refuge de pr\u00e9f\u00e9rence? Dans les grandes m\u00e9tropoles occidentales!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, la fuite des cerveaux est le grand malheur du contient africain. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne est en cours depuis des d\u00e9cennies, malgr\u00e9 la croissance \u00e9conomique qui pendant de nombreuses ann\u00e9es a quand m\u00eame \u00e9t\u00e9 au rendez-vous. Il ne serait pas erron\u00e9 d\u2019affirmer que la croissance \u00e9conomique des ann\u00e9es ant\u00e9rieures a jusqu\u2019ici surtout profit\u00e9 aux grandes multinationales \u00e9trang\u00e8res qui ont fait fortune sur le continent d\u2019une part, et a permis aux entreprises des \u00c9tats de l\u2019OCDE de recruter \u00e0 prix modique l\u2019essentiel de l\u2019\u00e9lite intellectuelle africaine par le biais des politiques sc\u00e9l\u00e9rates d&rsquo;immigration.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour ce qui est l\u2019urbanisation exponentielle actuellement en cours, elle est plut\u00f4t porteuse des germes d\u2019instabilit\u00e9s politiques. Si le gouvernement fran\u00e7ais a de la peine \u00e0 pacifier les banlieues parisiennes, ce ne sont par les gouvernements de Yaound\u00e9 ou de Nairobi qui rel\u00e8veraient avec plus d\u2019efficacit\u00e9 le d\u00e9fi de la socialisation des jeunes des bidonvilles camerounaises ou k\u00e9nyanes pour ne citer que ces deux exemples-ci. Les r\u00e9cents attentats terroristes en France ont d\u00e9montr\u00e9 \u00e0 quel point le gouvernement d\u2019un \u00c9tat aussi puissant (la France) peut \u00eatre inapte \u00e0 contr\u00f4ler le d\u00e9veloppement du djihadisme dans ses cit\u00e9s urbaines. Au regard de cette r\u00e9alit\u00e9, comment peut-on raisonnablement penser que les gouvernements africains r\u00e9ussiront l\u00e0 o\u00f9 les gouvernements fran\u00e7ais, espagnol, belges, etc. ont \u00e9chou\u00e9? L\u2019\u00e9tat des finances publiques africaines n\u2019autorise aucun optimisme sur ce point. La d\u00e9liquescence de l\u2019\u00c9tat en Afrique se poursuivra aussi longtemps que les gouvernements ne disposeront d\u2019aucune marge de man\u0153uvre au plan \u00e9conomique. Il est aujourd\u2019hui clairement \u00e9tabli que les politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 impos\u00e9es par les institutions de Bretton Woods et autres bailleurs de fonds ont pr\u00e9cipit\u00e9 l\u2019effondrement du tissus social en Afrique. N\u00e9gativement influenc\u00e9 par les programmes d\u2019ajustement structurel de la Banque Mondiale, l\u2019\u00c9tat social s\u2019est consid\u00e9rablement r\u00e9tr\u00e9ci en laissant des pans entiers de la population \u00e0 la merci des seigneurs de la guerre. Les banlieues des cit\u00e9s urbaines d&rsquo;Afrique sont devenues pour certaines des lieux du grand trafic et de la haute criminalit\u00e9. Sur ce, il serait illusoire de croire que l\u2019urbanisation rapide du continent peut \u00eatre un atout lorsque les gouvernements, soumis au diktat des bailleurs de fonds, sont consid\u00e9rablement limit\u00e9s dans leurs capacit\u00e9s de mise sur pied de grands projets socio-\u00e9conomiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour ce qui du troisi\u00e8me atout identifi\u00e9 par le journal <em>Le Point<\/em>, \u00e0 savoir l\u2019attrait de capitaux \u00e9trangers, cet argument est faible. Car, le v\u00e9ritable probl\u00e8me du continent africain \u00e0 l\u2019heure qu\u2019il est n\u2019est pas l\u2019absence ou l\u2019insuffisance de capitaux. En Afrique, par endroit, Il y a plut\u00f4t une sur-liquidit\u00e9 des banques. C\u2019est notamment le cas du Cameroun.\u00a0 Aussi semblerait-il qu\u2019il y ait trop d\u2019argent en dormance dans les banques africaines. Mais de l\u2019argent qui pour mille raisons, ne rentre pas dans le circuit \u00e9conomique local. De ce fait, pr\u00e9senter l\u2019attrait des capitaux \u00e9trangers comme un atout pour le futur parait trop peu convainquant. Soit dit en passant que l\u2019Afrique a de tout temps attir\u00e9 les capitaux \u00e9trangers. Bien avant la vague des ind\u00e9pendances africaines au d\u00e9but des \u00a0ann\u00e9es 1960, la Banque Mondiale et les puissances coloniales avaient d\u00e9j\u00e0 lourdement inject\u00e9 des fonds en Afrique. Les \u00c9tats africains acc\u00e8dent \u00e0 l\u2019ind\u00e9pendance \u00e9tant d\u00e9j\u00e0 endett\u00e9s, une dette qu\u2019ils n\u2019ont pas n\u00e9goci\u00e9. \u00c0 la lecture des 10 premiers rapports annuels de la Banque Mondiale, l\u2019on comprend clairement le statut de l\u2019Afrique au c\u0153ur du syst\u00e8me monde\u00a0: simple champ d\u2019approvisionnement en mati\u00e8res premi\u00e8res. Et c\u2019est justement ce statut qui doit changer pour que l\u2019Afrique et les Africains aspirent enfin au bonheur dont ils ont droit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur ce point justement, il est tr\u00e8s surprenant de lire dans l&rsquo;article du journal<em> Le Point<\/em> que \u00ab <span style=\"color: #ff0000;\">l&rsquo;Afrique est \u00e9galement devenue un acteur commercial \u00e0 part enti\u00e8re et non plus seulement un r\u00e9servoir de mati\u00e8res premi\u00e8res pour le reste du monde<\/span> \u00bb. Ce qui serait int\u00e9ressant pour l&rsquo;auteur d&rsquo;apporter aux lecteurs comme compl\u00e9ment d&rsquo;information, c&rsquo;est le pourcentage des produits manufactur\u00e9s dans les exportations africaines. Une recherche sur ce sujet d\u00e9montrerait qu&rsquo;il y a continuit\u00e9 de la logique coloniale. L&rsquo;Afrique est essentiellement une pourvoyeuse de mati\u00e8res premi\u00e8res.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, l\u2019Afrique ne devrait pas \u00eatre qu\u2019un simple r\u00e9servoir de ressources naturelles. Elle ne devrait pas \u00eatre seulement une terre destin\u00e9e \u00e0 la culture du caoutchouc, du caf\u00e9 ou des noix de palme. Car, elle est aussi l\u2019espace de vie des humains d\u00e9sireux de faire carri\u00e8re dans le domaine des sciences. C\u2019est aussi le lieu de vie des humains d\u00e9sireux de rayonner dans le domaine des arts. C\u2019est ce statut que les institutions internationales devraient enfin prendre en compte. Car, le d\u00e9veloppement en tant que changement radical d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9, va largement au del\u00e0 des donn\u00e9es macro\u00e9conomiques et de la notion de croissance. C\u2019est un processus politique qui exige dans un premier temps un r\u00e9el contr\u00f4le des politiques \u00e9conomiques nationales par un pouvoir politique souverain et l\u00e9gitime. Or, \u00e0 l\u2019\u00e9tat actuel des choses, pour la plupart, les \u00c9tats africains sont sous-tutelle. Ils ne sont ni ma\u00eetres de leur politique mon\u00e9taire, ni ma\u00eetre de leur politique agricole, etc. Au juste, quel d\u00e9veloppement peut-on envisager lorsque des \u00c9tats dit souverain doivent d\u00e9poser 66% de leurs avoirs en devises aupr\u00e8s du tr\u00e9sor public d\u2019un autre \u00c9tat?<\/p>\n<address style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\">Africa &amp; Science<\/span><\/address>\n<address style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"> www.africa-and-science.com<\/span><\/address>\n<address style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\">info@africa-and-science.com<\/span><\/address>\n<address style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/address>\n<address style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;article du jounal Le Point est disponible \u00e0: http:\/\/afrique.lepoint.fr\/economie\/l-afrique-moteur-de-la-croissance-mondiale-10-11-2014-1880091_2258.php ,28 jan 2015<\/address>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le journal fran\u00e7ais Le point a publi\u00e9 le 10 novembre 2014 un article intitul\u00e9 \u00abL&rsquo;Afrique noire, moteur de la croissance mondiale \u00bb. 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