{"id":7017,"date":"2014-09-23T00:58:11","date_gmt":"2014-09-23T00:58:11","guid":{"rendered":"http:\/\/africa-and-science.com\/?p=7017"},"modified":"2014-09-24T05:32:38","modified_gmt":"2014-09-24T05:32:38","slug":"lengagement-social-et-civique-des-africains-de-la-diaspora-en-debat","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/africa-and-science.com\/?p=7017","title":{"rendered":"D\u00e9bat sur l&rsquo;engagement social et civique des Africains de la Diaspora"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Trois faits anecdotiques construiront le socle de la pr\u00e9sente r\u00e9flexion sur l&rsquo;engagement social et civique des africains de la diaspora. Le premier fait remonte \u00e0 la r\u00e9cente comm\u00e9moration du centenaire de l\u2019assassinat de Rudolf Manga Bell. Lors d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement organis\u00e9 \u00e0 cette occasion en ao\u00fbt dernier \u00e0 Berlin, il y avait \u00e0 peine une poign\u00e9e de main de personnes d&rsquo;origine africaine dans la salle, alors que les europ\u00e9ens dominaient l&rsquo;assistance. Doit-on s&rsquo;en prendre aux Africains pour leur absence?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le second fait anecdotique, une fois de plus dans la ville de Berlin, concerne la participation n\u00e9gligeable des Africains lors d&rsquo;une manifestation de protestation suite au d\u00e9c\u00e8s d&rsquo;un citoyen originaire d\u2019Afrique dans des conditions obscures. Les Africains doivent-ils avoir une mauvaise conscience parce que les Europ\u00e9ens y \u00e9taient plus engag\u00e9s?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0La troisi\u00e8me anecdote fait \u00e9tat de la faible participation des organisations africaines de la diaspora dans le cadre d&rsquo;un sondage en ligne en vue de l&rsquo;\u00e9laboration de la \u201ePlate-forme de D\u00e9veloppement Afrique-Europe\u201c. Seulement 17,6 % des personnes invit\u00e9es \u00e0 participer \u00e0 l\u2019enqu\u00eate ont r\u00e9pondu. Y a-t-il lieu de\u00a0 bl\u00e2mer les Africains\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, les Africains eux-m\u00eames ont le r\u00e9flexe de r\u00e9pondre \u00e0 ces trois questions par l&rsquo;affirmative. Autrement dit, l&rsquo;engagement social et civique des Africains laisserait \u00e0 d\u00e9sirer. Ceux qui pensent ainsi poursuivent en disant que \u00ab\u00a0lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de la f\u00eate ou du barbecue g\u00e9ant les Africains sont au rendez-vous\u00a0\u00bb. Cette lecture de la r\u00e9alit\u00e9 est compr\u00e9hensible surtout lorsqu&rsquo;elle vient des personnes engag\u00e9es. Au demeurant, elle est h\u00e2tive. La pr\u00e9sente r\u00e9flexion propose une approche nuanc\u00e9e qui permettrait peut-\u00eatre de voir les choses autrement. Et par cons\u00e9quent d&rsquo;\u00e9viter ce que l&rsquo;on peut appeler \u00ab\u00a0l&rsquo;africanisation\u00a0\u00bb des probl\u00e8mes ou des faits qui rel\u00e8vent tout simplement de l&rsquo;humain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Concernant la premi\u00e8re anecdote, la comm\u00e9moration de l&rsquo;assassinat de Manga Bell est sans doute importante et une participation massive des Africains ou \u00e0 tout le moins des Camerounais aurait \u00e9t\u00e9 louable. Cela \u00e9tant, la faible participation des Africains ne saurait \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme signe de d\u00e9sint\u00e9r\u00eat. Il s&rsquo;agit dans un premier temps d&rsquo;un probl\u00e8me de priorit\u00e9. La situation \u00e9conomique dans laquelle se trouvent les Africains ne permet pas toujours \u00e0 ceux qui sont int\u00e9ress\u00e9s de s&rsquo;engager socialement. L&rsquo;engagement social demande une certaine suffisance ce qui n&rsquo;est pas le cas de la majorit\u00e9 de la diaspora. Si l&rsquo;on pr\u00eate l&rsquo;attention \u00e0 la structure sociale des Europ\u00e9ens dans la salle lors de la comm\u00e9moration, on constate au moins deux choses. Ils sont bien \u00e2g\u00e9s et ont une situation sociale confortable. Au regard du fait que la diaspora africaine est jeune et sa situation sociale est moins confortable. Il n&rsquo;est dont pas surprenant que la pr\u00e9sence des Africains \u00e0 un tel \u00e9v\u00e9nement soit \u00e0 peine notable m\u00eame en consid\u00e9rant d&rsquo;autres facteurs sociaux comme le niveau d&rsquo;\u00e9ducation, le sexe ou le milieu social. Dans un contexte semblable o\u00f9 il s\u2019agirait des Europ\u00e9ens ou autres groupes, on aurait probablement le m\u00eame r\u00e9sultat. Il n&rsquo;y a donc pas forcement une sp\u00e9cificit\u00e9 africaine. Oui, les Africains de la diaspora semblent \u00eatre plus pr\u00e9sents aux f\u00eates et barbecues g\u00e9ants qu&rsquo;aux rencontres sociales ou civiques. Mais n&rsquo;est-ce pas la m\u00eame chose chez les autres? Il y a toujours plus de monde aux lieux de loisir, de divertissement qu&rsquo;ailleurs. En plus, il faut se rappeler que l&rsquo;industrie du loisir en Europe ne fonctionne pas gr\u00e2ce aux Africains.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les Africains devraient-ils \u00eatre mal \u00e0 l&rsquo;aise en constatant \u00e0 l&rsquo;exemple de la seconde anecdote la faible mobilisation africaine lors d&rsquo;une manifestation de protestation suite au d\u00e9c\u00e8s d&rsquo;un Africain dans les conditions douteuses? Une Europ\u00e9enne pr\u00e9sente \u00e0 cette manifestation peut-elle critiquer le comportement passif des Africains\u00a0? Une fois encore, comme dans le paragraphe pr\u00e9c\u00e8dent, la participation massive des Africains aurait \u00e9t\u00e9 souhaitable, car c&rsquo;est pour une bonne cause. N\u00e9anmoins, il n&rsquo;est pas absolument n\u00e9cessaire en tant qu&rsquo;Africain de se sentir mal \u00e0 l&rsquo;aise et la remarque critique de l&rsquo;Europ\u00e9enne est elle m\u00eame probl\u00e9matique. Et pour cause\u00a0: une manifestation de cette nature doit avoir pour objectif de critiquer un acte que l&rsquo;on consid\u00e8re injuste ou racial. Il s&rsquo;agit de militer pour une cause humaine, de s&rsquo;engager parce qu&rsquo;un \u00eatre humain a connu une injustice et non parce qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un \u00ab\u00a0Noir\u00a0\u00bb. Cette manifestation a justement lieu pour que la couleur de la peau ne joue plus un r\u00f4le dans la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0Par ailleurs, si d\u00e9j\u00e0 il faut op\u00e9rer avec les appartenances raciales, c&rsquo;est justement le groupe auquel appartient l&rsquo;auteur pr\u00e9sum\u00e9 du crime qui doit le plus se mobiliser et non le groupe de la victime. Si l&rsquo;on consid\u00e8re que le groupe auquel appartient la victime porte une certaine responsabilit\u00e9 civique, cela signifie en revanche que le groupe duquel est issu l&rsquo;auteur pr\u00e9sum\u00e9 porte aussi une certaine responsabilit\u00e9 du crime. C&rsquo;est donc d&rsquo;abord \u00e0 ce groupe que revient le devoir de mobilisation surtout s&rsquo;il veut faire valoir une certaine autorit\u00e9 morale ou d\u00e9mocratique. Le racisme est une r\u00e9alit\u00e9 et ce serait bien si les Africains le combattaient d&rsquo;avantage. Mais si un groupe doit se sentir mal \u00e0 l&rsquo;aise dans cette probl\u00e9matique, ce ne devrait certainement pas \u00eatre la communaut\u00e9 africaine mais les communaut\u00e9s auxquelles appartiennent les racistes. Sans vouloir sombrer dans la victimisation, le fait est clair, les Africains sont des victimes. Il faut rappeler que la faible mobilisation lors des manifestations n\u2019est pas un signe de manque d\u2019int\u00e9r\u00eat. La participation aux veill\u00e9es et les divers soutiens aux familles \u00e9prouv\u00e9es notamment en ce qui concerne le rapatriement des d\u00e9pouilles mortelles sont des preuves, s&rsquo;il en fallait, que les Africains peuvent se mobiliser. Ici encore, on peut parler d&rsquo;un probl\u00e8me de priorit\u00e9 ou de culture politique. Les Africains semblent pr\u00e9f\u00e9rer investir leurs ressources dans l&rsquo;organisation du deuil que dans la mobilisation civique. S&rsquo;il y a une sp\u00e9cificit\u00e9 africaine c&rsquo;est que celle-ci renvoie \u00e0 la culture politique. M\u00eame sur ce plan, il y a des exceptions, les Africains de la diaspora ne sont pas toujours en reste. On peut par exemple citer le cas Oury Jalloh, cet Africain sierra-l\u00e9onais br\u00fbl\u00e9 vif dans une cellule \u00e0 Dessau en Allemagne. Ce sont les Africains qui avaient prix le devant de la sc\u00e8ne des manifestations.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0En somme, le fait que tr\u00e8s peu d&rsquo;Africains prennent part \u00e0 une manifestation de protestation pour que justice soit rendue suite \u00e0 un acte raciste, ne devrait pas automatiquement susciter le g\u00e8ne chez les Africains. D&rsquo;abord parce que ce type de manifestation ne devrait pas \u00eatre pour la cause d&rsquo;une race mais pour la cause humaine tout simplement. Ensuite, parce qu&rsquo;il faut \u00e9viter de tomber dans ce pi\u00e8ge qui consiste \u00e0 plus pointer du doigt la victime que le coupable du fait que la victime ou le groupe auquel ce dernier appartient ne se d\u00e9fendrait pas suffisamment. Enfin, m\u00eame si pour les raisons de culture politique, l&rsquo;engagement civique parait faible, la mobilisation pour l&rsquo;organisation du deuil est remarquable et \u00e0 consid\u00e9rer dans le jugement. Ici aussi, il faut tenir compte des facteurs socio-\u00e9conomiques (\u00e2ge, revenu, niveau d&rsquo;\u00e9ducation, etc\u2026) de la diaspora africaine. Des gens qui doivent se battre au quotidien pour joindre les deux bouts dans le pays d&rsquo;accueil et qui ont de surcro\u00eet des responsabilit\u00e9s dans le pays d&rsquo;origine, il ne faut pas attendre que la pr\u00e9occupation prioritaire soit de s&rsquo;engager civiquement ou socialement. Que l&rsquo;on ait tendance \u00e0 utiliser le petit temps libre pour se relaxer semble compr\u00e9hensible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Consid\u00e9rant pour finir la troisi\u00e8me anecdote, la faible participation des Africains de la diaspora au sondage sur la construction de la \u00ab\u00a0plate-forme de d\u00e9veloppement Afrique-Europe\u00a0\u00bb peut para\u00eetre alarmante \u00e0 premi\u00e8re vue. Mais en fait, elle ne l&rsquo;est pas du tout. \u00c9videment, une forte participation serait une bonne nouvelle. Seulement, avec les 17,6 %, les organisations africaines de la diaspora ne font pas d&#8217;embl\u00e9e une mauvaise figure d&rsquo;autant plus que la participation habituelle \u00e0 ce genre de sondage se situe entre 10 et 15 %. Ceux qui ne consid\u00e8rent que le chiffre de 17,6 % critiquent durement les Africains. Avec cette comparaison, la participation des Africains appara\u00eet sous un autre angle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0La pr\u00e9sente r\u00e9flexion ne nie pas l&rsquo;existence des sp\u00e9cificit\u00e9s africaines li\u00e9es par exemple \u00e0 l&rsquo;histoire, aux traditions ou aux cultures. Cependant, avant de faire recours \u00e0 ces sp\u00e9cificit\u00e9s pour expliquer le comportement des Africains, il faut d&rsquo;abord se rassurer qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas avant tout d&rsquo;un comportement humain normal. La plupart du temps, malheureusement, nous \u00ab\u00a0africanisons\u00a0\u00bb l&rsquo;universel. L&rsquo;\u00a0\u00ab\u00a0africanisation\u00a0\u00bb c&rsquo;est-\u00e0-dire, pour faire simple, le fait de consid\u00e9rer les comportements humains, que l&rsquo;on retrouve partout, de typiquement africains une fois que les Africains en sont les auteurs. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne n&rsquo;est pourtant observable que lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit des comportements peu appr\u00e9ciables ou d\u00e9viants. L&rsquo;\u00a0\u00ab\u00a0africanisation\u00a0\u00bb des comportements est donc essentiellement n\u00e9gative. Ce qu&rsquo;il faut faire c&rsquo;est d&rsquo;encourager les gens \u00e0 s&rsquo;engager dans la soci\u00e9t\u00e9 sans pour autant les bl\u00e2mer ou vouloir leur infliger une mauvaise conscience. Et pour encourager, les mots \u00e0 eux seuls ne suffisent pas. Il faut trouver des stimulants pour les attirer. Cela demande de l&rsquo;imagination, de l&rsquo;innovation et de la patience. Les autres ne font pas autrement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"color: #ff0000;\">Auteur:<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Tangang Meli Loumgam, aout 2014<\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Doctorant en Science Politique<\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Universit\u00e9 de W\u00fctzburg<\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\"><strong>Allemagne<\/strong><\/span><\/p>\n<p>*Une premiere version de cet article avait \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 sur le site <a href=\"http:\/\/www.camer.be\/\"><span style=\"color: #0180a3;\">www.camer.be<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Trois faits anecdotiques construiront le socle de la pr\u00e9sente r\u00e9flexion sur l&rsquo;engagement social et civique des africains de la diaspora. Le premier fait remonte \u00e0 la r\u00e9cente comm\u00e9moration du centenaire de l\u2019assassinat de Rudolf Manga Bell. 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