{"id":4634,"date":"2012-08-21T00:57:16","date_gmt":"2012-08-21T00:57:16","guid":{"rendered":"http:\/\/africa-and-science.com\/?p=4634"},"modified":"2013-01-16T13:00:48","modified_gmt":"2013-01-16T13:00:48","slug":"cameroun-du-non-respect-du-principe-de-la-competence-en-milieu-universitaire-a-la-mort-certaine-du-projet-etat-du-cameroun","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/africa-and-science.com\/?p=4634","title":{"rendered":"Cameroun: Du non respect du principe de la comp\u00e9tence en milieu universitaire \u00e0 la mort certaine du projet \u00ab \u00c9tat du Cameroun \u00bb"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><a href=\"https:\/\/africa-and-science.com\/wp-content\/uploads\/2012\/08\/Photo-Mgr-Tonye-Bakot.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-4635\" title=\"Photo- Mgr Tonye Bakot\" src=\"https:\/\/africa-and-science.com\/wp-content\/uploads\/2012\/08\/Photo-Mgr-Tonye-Bakot-150x150.png\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" \/><\/a>Cet article est une r\u00e9action \u00e0 la lettre de Son Excellence Mgr. Victor Tonye Bakot, Archev\u00eaque de Yaound\u00e9 et Grand Chancelier de l\u2019Universit\u00e9 Catholique d\u2019Afrique Centrale.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a un mois de cela (le 19 juillet 2012), les m\u00e9dias camerounais publiaient une lettre de Mgr. Victor Tonye Bakot en date du 11 juin 2012, lettre confidentielle adress\u00e9e au doyen de la facult\u00e9 des sciences sociales et de gestion de l\u2019Universit\u00e9 Catholique d\u2019Afrique Centrale, institution de formation universitaire dont il est le Grand Chancelier. Nous avons aussi pris la peine d\u2019analyser ladite lettre, et vous livrons ci-apr\u00e8s notre point de vue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Intervenant dans un climat politique particuli\u00e8rement agit\u00e9, la lettre de Son Excellence Mgr. Tonye Bakot est, de notre point de vue, un coup tr\u00e8s dur port\u00e9 au projet \u00ab \u00c9tat du Cameroun \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0En effet, dans le contexte moderne, l\u2019universit\u00e9 se con\u00e7oit comme ce lieu public du rendez-vous du donner et du recevoir du savoir. C\u2019est cette place publique sur laquelle ceux qui savent viennent d\u00e9poser leurs savoirs, pour que ceux qui ne savent pas encore viennent s\u2019en procurer, gratuitement id\u00e9alement. Dans sa compr\u00e9hension fondamentale donc, l\u2019universit\u00e9 est cette place publique par excellence o\u00f9 se retrouvent deux cat\u00e9gories d\u2019acteurs: ceux qui savent et qui viennent d\u00e9poser leurs savoirs, et ceux qui ne savent pas encore et qui sont \u00e0 la qu\u00eate du savoir. Voila pourquoi, il est devenu aujourd\u2019hui presque redondant dans toute soci\u00e9t\u00e9 humaine de pr\u00e9ciser que \u00ab l\u2019universit\u00e9 est ouverte \u00e0 tous \u00bb. C\u2019est en effet une tautologie. Car dans le contexte moderne, l\u2019universit\u00e9 de part sa vocation ne peut que \u00ab \u00eatre ouverte \u00e0 tous \u00bb. Voil\u00e0 pourquoi de prime abord, la lettre de son Excellence Mgr. Victor Tonye Bakot choque. Car, elle porte directement atteinte au statut m\u00eame de l\u2019universit\u00e9 en tant que place publique par excellence. Voil\u00e0 \u00e9galement pourquoi l\u2019introduction (ou l\u2019augmentation) des droits universitaires provoque g\u00e9n\u00e9ralement des renversements de gouvernements dans presque toutes les d\u00e9mocraties occidentales. En Allemagne, \u00e0 l\u2019initiative du gouvernement majoritaire de la droite, le parlement de l\u2019\u00c9tat f\u00e9d\u00e9r\u00e9 de la Hesse avait introduit des droits universitaires par une loi du 5 octobre 2006, malgr\u00e9 la vive protestation des \u00e9tudiants et acteurs de la soci\u00e9t\u00e9 civile. Les interminables gr\u00e8ves qui suivirent l\u2019adoption de cette loi co\u00fbt\u00e8rent le mandat \u00e9lectoral du gouvernement de la droite. Le parti majoritaire perdit logiquement les \u00e9lections l\u00e9gislatives de 2008. Car, m\u00eame si Monsieur Roland Koch demeura le chef d\u2019un gouvernement minoritaire, la droite paya ch\u00e8rement sa bien mauvaise id\u00e9e d\u2019avoir introduit des frais d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019universit\u00e9. Elle paya ainsi ch\u00e8rement sa tentative de limiter la possibilit\u00e9 pour \u00abMonsieur et Madame tout le monde\u00bb d\u2019acc\u00e9der aux connaissances partag\u00e9es sur la place publique qu\u2019est l\u2019universit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour dire la gravit\u00e9 de toute tentative d\u2019atteinte au statut de cette place publique particuli\u00e8re qu\u2019est l\u2019universit\u00e9, c\u2019est en catastrophe que le parlement r\u00e9gional de Hesse adopta le 18 juin 2008 une loi cimentant (mieux ! b\u00e9tonnant) le statuquo ante, annulant du m\u00eame coup les frais qui furent introduits peu de temps au paravent. Le parlement de l\u2019\u00c9tat f\u00e9d\u00e9r\u00e9 de la Hesse remettait ainsi les pendules \u00e0 l\u2019heure par l\u2019adoption d\u2019une loi au titre fort significatif\u00a0: \u00ab Loi assurant l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des chances dans les universit\u00e9s de la Hesse \u00bb<a title=\"\" href=\"file:\/\/\/C:\/Users\/Moses\/Downloads\/Papier%20pour%20Publication%20LJ%2014%20Aout%202012.doc#_ftn1\">[1]<\/a>. En clair, c\u2019est une bien mauvaise id\u00e9e de limiter (ou de chercher \u00e0 limiter) par quelque moyen que ce soit le droit d\u2019acc\u00e8s universel \u00e0 l\u2019universit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a02008 est peut-\u00eatre trop loin? Soit! Nous sommes en 2012. Que se passe-il au Canada? Il se passe actuellement dans la province du Qu\u00e9bec l\u2019une des plus grandes r\u00e9volutions sociales des 30 derni\u00e8res ann\u00e9es. Les \u00e9tudiants r\u00e9unis en associations sont en train de tordre le coup au gouvernement lib\u00e9ral. Selon toute vraisemblance, les jours du gouvernement sont compt\u00e9s. Ceux de certains recteurs d\u2019universit\u00e9 aussi. Durant les mois d\u2019Avril, Mai et Juin 2012, des milliers de citoyens marchaient dans les rues des grandes cit\u00e9s urbaines avec des casseroles et autres ustensiles de cuisine. Ils les battaient durant toutes les nuits, g\u00e9n\u00e9ralement entre 8 heures du soir et 2 heures du matin, produisant un bruit assourdissant. Ils \u00e9taient question pour ces milliers de protestataires de produire le plus de bruits possible afin de se faire (enfin!) entendre par un gouvernement qui, apparemment, est constitu\u00e9 de personnes sourdes ou dures d\u2019oreilles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0Le bouleversement social actuellement en cours dans la province francophone du Qu\u00e9bec est parti de l\u2019augmentation des droits universitaires d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e par le gouvernement provincial. Les associations \u00e9tudiantes et autres organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile ont vu dans cette d\u00e9cision du gouvernement une volont\u00e9 de limiter de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019Universit\u00e9. Or, de nos jours, l\u2019on ne saurait emp\u00eacher l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la connaissance \u00e0 une cat\u00e9gorie importante de la population sans en m\u00eame temps saper les bases de la participation citoyenne \u00e0 la vie de la communaut\u00e9. Les organisations de d\u00e9fense des droits de l\u2019homme, les associations d\u2019\u00e9tudiants et les syndicats ont fait entendre leur voix, justement parce que toucher au statut de l\u2019universit\u00e9, toucher au statut du savoir \u00e0 l\u2019universit\u00e9 tout comme biaiser le processus d\u2019acc\u00e8s au dit savoir, ou encore influencer n\u00e9gativement le processus de diffusion dudit savoir, c\u2019est attenter directement au bon fonctionnement de la soci\u00e9t\u00e9 moderne. C\u2019est porter un coup dur au fondement d\u00e9mocratique de notre soci\u00e9t\u00e9. Soyons plus claire. Le probl\u00e8me est le suivant: pour pouvoir exercer valablement son droit de vote, le citoyen doit \u00eatre en mesure de pouvoir distinguer entre un programme politique et un autre. Or, pour pouvoir discerner entre plusieurs projets de soci\u00e9t\u00e9 dans un champ politique concurrentiel, le citoyen-\u00e9lecteur a besoin d\u2019un minimum de savoirs, d\u2019un minimum de connaissances, toute chose disponible \u00e0 l\u2019universit\u00e9. Lui fermer les portes de l\u2019universit\u00e9 pour quelque raison que ce soit, ou alors torpiller le processus de diffusion du savoir \u00e0 l\u2019universit\u00e9, c\u2019est emp\u00eacher le citoyen-\u00e9lecteur d\u2019acc\u00e9der au minimum de connaissances dont il a besoin pour exercer valablement son droit de vote. Voil\u00e0 pourquoi la lettre de Son Excellence Mgr. Tonye Bakot est dangereuse pour le projet \u00ab \u00c9tat du Cameroun \u00bb. Cette lettre l\u2019est encore plus, si nous consid\u00e9rons le fait que les cadres des formations politiques actives sur le territoire national devraient en principe jouir au minimum de connaissances de niveau universitaire, ceci au regard de la grande complexification de la soci\u00e9t\u00e9 humaine du 21 \u00e8me si\u00e8cle. Par exemple\u00a0: comment peut-on valablement \u00e9valuer en tant que citoyen Camerounais l\u2019impact des projets de la Banque Mondiale au Cameroun si l\u2019on n\u2019a pas un minimum de formation universitaire? Comment peut-on appr\u00e9cier l\u2019impact de la politique environnementale du l\u2019Union Africaine au Cameroun si minimalement on ne jouit pas d\u2019une formation de niveau universitaire?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par ailleurs, \u00e0 la lecture de ladite lettre, il transparait un criard d\u00e9ficit d\u2019\u00e9ducation \u00e0 la citoyennet\u00e9 au niveau du leadership de l\u2019institution, si ce n\u2019est de la mauvaise foi. D\u2019aucuns pencheront pour la mauvaise foi. En effet, il ressort clairement de la lettre que Son Excellence Mgr. Tonye Bakot est \u00e0 la qu\u00eate d\u2019un certain \u00e9quilibre, mais un \u00e9quilibre qu\u2019il ne per\u00e7oit que sous le prisme de l\u2019ethnie. Pourtant d\u2019autres crit\u00e8res de comparaison sont tout aussi envisageables. Ces \u00e9tudiants ou enseignants peuvent \u00eatre des lib\u00e9raux. Ils peuvent \u00eatre des socialistes ou des environnementalistes. Ils peuvent avoir une perception tr\u00e8s particuli\u00e8re de la la\u00efcit\u00e9. Certains d\u2019entre eux peuvent \u00eatre du genre f\u00e9minin ou alors des personnes ayant un handicap physique ou autre. Ces \u00e9tudiants peuvent \u00eatre issus des couches sociales d\u00e9favoris\u00e9es. Ce peut-\u00eatre des enfants issus de famille nanties, etc. \u00c0 notre avis donc, le fait pour le Grand Chancelier de porter un si grand int\u00e9r\u00eat sur la repr\u00e9sentativit\u00e9 ethnique des \u00e9tudiants et des membres du corps professoral rend tout simplement compte de la nature de la culture politique pr\u00e9valant au niveau du leadership de l\u2019institution, une culture politique de type paroissial, ce qui nous oblige \u00e0 pr\u00e9ciser ce qui suit\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un \u00c9tat est une association d\u2019individus-citoyens \u00e9gaux en droits et devoirs. N\u2019adh\u00e8rent \u00e0 l\u2019association \u00ab \u00c9tat \u00bb que des individus incolores, inodores et sans saveur (ethnique ou religieuse). Voil\u00e0 le principe! Nous le d\u00e9taillons d\u2019ailleurs largement dans notre livre paru r\u00e9cemment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par cons\u00e9quent, dans le cadre de la r\u00e9alisation du projet \u00ab \u00c9tat du Cameroun \u00bb, il est indispensable que toute autorit\u00e9 publique, en l\u2019occurrence celle en charge de la gestion des universit\u00e9s et autres institutions de formation, consid\u00e8re les citoyens camerounais comme \u00e9tant tous \u00e9gaux en droits et devoirs. De m\u00eame, il est indispensable que tout citoyen camerounais qui re\u00e7oit des faveurs en vertu de son origine ethnique ou de sa religion sache qu\u2019il a port\u00e9 un coup tr\u00e8s dur au projet \u00ab \u00c9tat du Cameroun \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ceci dit, il peut arriver que l\u2019autorit\u00e9 publique ou toute autorit\u00e9 en charge de la gestion d\u2019un int\u00e9r\u00eat public ait \u00e0 op\u00e9rer un choix entre deux ou plusieurs candidats pr\u00e9sentant les m\u00eames aptitudes. Le nombre de places disponibles dans une universit\u00e9 ou une \u00e9cole de formation n\u2019est pas illimit\u00e9. Le gestionnaire peut donc \u00eatre parfois contraint \u00e0 choisir. Ceci semble \u00eatre la situation qu\u2019\u00e9voque Son Excellence Mgr. Tonye Bakot dans sa lettre. Toutefois, il nous parait important de noter que les probl\u00e8mes de cette nature ne se posent pas qu\u2019au Cameroun seulement. Partout au monde, la limite des moyens disponibles oblige tr\u00e8s souvent les pouvoirs publics et les gestionnaires de l\u2019int\u00e9r\u00eat public \u00e0 op\u00e9rer des choix, parfois malgr\u00e9 eux. Il n\u2019est pas toujours ais\u00e9 de refuser un bien public ou de fermer les portes d\u2019une \u00e9cole aux \u00e9tudiants pr\u00e9sentant de bonnes aptitudes intellectuelles. En France par exemple, afin de permettre aux \u00e9tudiants issus des lyc\u00e9es et coll\u00e8ges des r\u00e9gions d\u00e9favoris\u00e9es (Zones d\u2019\u00c9ducation Prioritaire) d\u2019acc\u00e9der \u00e0 la prestigieuse \u00e9cole qu\u2019est l\u2019Institut d\u2019\u00c9tudes Politiques de Paris, son ancien directeur Mr. Richard Descoings (d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 3 avril dernier) avait trouv\u00e9 une formule\u00a0: la discrimination positive en faveur du maillon faible de la soci\u00e9t\u00e9. Toutefois, cette initiative fut attaqu\u00e9e en justice et avec succ\u00e8s par une organisation universitaire de droite, l\u2019Union nationale inter-universitaire (UNI). Le 6 novembre 2003, l\u2019Institut fut condamn\u00e9 et enjoint par la justice de r\u00e9silier l&rsquo;ensemble des conventions sur les ZEP. Mais, malgr\u00e9 la victoire de l&rsquo;UNI sur le plan juridique, l\u2019initiative prise par Mr. Descoings en 2001 fut ent\u00e9rin\u00e9e par le vote post\u00e9rieur d&rsquo;une nouvelle d\u00e9lib\u00e9ration par le conseil de direction de l&rsquo;IEP.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aux \u00c9tats-Unis d\u2019Am\u00e9rique, c\u2019est le National Labour Relation Act de 1935 qui institue la politique de discrimination connue sous l\u2019appellation \u00ab affirmative action \u00bb. Au d\u00e9part, elle s\u2019appliquait essentiellement aux relations de travail. Elle s\u2019est par la suite \u00e9tendue \u00e0 d\u2019autres secteurs. De nos jours, la discrimination positive fait partie des pratiques reconnues de r\u00e9tablissement de la justice sociale, m\u00eame si sa mise en \u0153uvre est tr\u00e8s souvent l\u2019objet de controverses et de bagarres judiciaires.\u00a0 En 1978 par exemple, la Cour supr\u00eame des Etats-Unis statuant sur la demande d\u2019un \u00e9tudiant Blanc recal\u00e9 par 2 fois \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Chicago \u00ab avait condamn\u00e9 la pratique des quotas, en expliquant que la promotion des minorit\u00e9s ne devait pas se faire au d\u00e9triment des Blancs. Mais elle avait en m\u00eame temps admis que la race pouvait \u00eatre prise en compte comme un facteur d\u00e9terminant dans l&rsquo;admission d&rsquo;un candidat \u00bb. Le 23 juin 2003, la haute cour statuait encore sur un recours introduit par trois \u00e9tudiants Blancs dont les candidatures en premi\u00e8re ann\u00e9e \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Etat de Michigan avaient \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9es. Ce cas est d\u2019ailleurs largement comment\u00e9 dans notre livre. Dans le dispositif de son arr\u00eat du 23 juin 2003, la haute cour de justice pr\u00e9cise que le principe reste et demeure celui de l\u2019\u00e9galit\u00e9 juridique des citoyens, m\u00eame s\u2019il est normal de prendre en compte la race ou l\u2019ethnie des candidats lors des recrutements<a title=\"\" href=\"file:\/\/\/C:\/Users\/Moses\/Downloads\/Papier%20pour%20Publication%20LJ%2014%20Aout%202012.doc#_ftn2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les Universit\u00e9s canadiennes elles aussi proc\u00e8dent, et ce de fa\u00e7on officielle, \u00e0 des pratiques de discrimination positive en faveur de certaines cat\u00e9gories de la population canadienne. Sur le recrutement du personnel enseignant \u00e0 proprement parler, les universit\u00e9s canadiennes se conforment \u00e0 la loi de 1995 sur l\u2019\u00c9quit\u00e9 en Mati\u00e8re d\u2019Emploi dont l\u2019objet est explicitement indiqu\u00e9 dans son article 2 :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab La pr\u00e9sente loi a pour objet de r\u00e9aliser l\u2019\u00e9galit\u00e9 en milieu de travail de fa\u00e7on que nul ne se voie refuser d\u2019avantages ou de chances en mati\u00e8re d\u2019emploi <span style=\"text-decoration: underline;\">pour des motifs \u00e9trangers \u00e0 sa comp\u00e9tence<\/span> et, \u00e0 cette fin, de corriger les d\u00e9savantages subis, dans le domaine de l\u2019emploi, par les femmes, les autochtones, les personnes handicap\u00e9es et les personnes qui font partie des minorit\u00e9s visibles, conform\u00e9ment au principe selon lequel l\u2019\u00e9quit\u00e9 en mati\u00e8re d\u2019emploi requiert, outre un traitement identique des personnes, des mesures sp\u00e9ciales et des am\u00e9nagements adapt\u00e9s aux diff\u00e9rences.\u00bb<a title=\"\" href=\"file:\/\/\/C:\/Users\/Moses\/Downloads\/Papier%20pour%20Publication%20LJ%2014%20Aout%202012.doc#_ftn3\">[3]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par ailleurs, la m\u00eame loi indique de fa\u00e7on explicite dans son article 5 les obligations de l\u2019employeur, c\u2019est-\u00e0-dire la liste pr\u00e9cise des actes que devrait poser l\u2019employeur dans le cadre de l\u2019application de ladite loi\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab L\u2019employeur est tenu de r\u00e9aliser l\u2019\u00e9quit\u00e9 en mati\u00e8re d\u2019emploi par les actions suivantes :\u2026\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par cons\u00e9quent, et comme la loi les y oblige, sur les annonces de recrutement du personnel des universit\u00e9s canadiennes et centres de recherches, l\u2019on lit r\u00e9guli\u00e8rement ce qui suit, pour ne citer que quelques exemples\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab L&rsquo;Institut Canadien de Recherches Avanc\u00e9es (ICRA) tient fortement \u00e0 favoriser la diversit\u00e9 au sein de sa communaut\u00e9 et \u00e9tudie avec un int\u00e9r\u00eat particulier les demandes pr\u00e9sent\u00e9es par les minorit\u00e9s visibles, les femmes, les Autochtones, les personnes handicap\u00e9es, les membres de groupes sexuels minoritaires et d&rsquo;autres qui peuvent contribuer d&rsquo;autant plus \u00e0 la diversification des id\u00e9es \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00ab Valorisant la diversit\u00e9, l&rsquo;Universit\u00e9 Laval invite toutes les personnes qualifi\u00e9es \u00e0 pr\u00e9senter leur candidature, en particulier les femmes, les membres de minorit\u00e9s visibles et ethniques, les autochtones et les personnes handicap\u00e9es. La priorit\u00e9 sera toutefois accord\u00e9e aux personnes ayant le statut de citoyen canadien ou de r\u00e9sident permanent\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ou encore\u00a0: \u00ab L\u2019Universit\u00e9 Saint Boniface souscrit au principe de l\u2019\u00e9quit\u00e9 en mati\u00e8re d\u2019emploi et encourage la candidature de toute personne qualifi\u00e9e, femme ou homme, y compris les Autochtones, les personnes handicap\u00e9es et les membres des minorit\u00e9s visibles \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En clair, que ce soit en France, aux \u00c9tats Unis d\u2019Am\u00e9rique ou au Canada, la discrimination positive (ou n\u00e9gative) ne saurait se faire en dehors d\u2019un cadre juridique institu\u00e9 par le l\u00e9gislateur. C\u2019est d\u2019ailleurs ce message que le juge fran\u00e7ais envoie au directeur de l\u2019Institut d\u2019\u00c9tudes Politiques de Paris en 2003 dans le cadre de la bataille judiciaire qui l\u2019oppose \u00e0 l\u2019UNI. M\u00eame si la victoire est en fin de compte du c\u00f4t\u00e9 du directeur de l\u2019Institut, il lui aura fallu au pr\u00e9alable trouver un fondement juridique \u00e0 son initiative somme toute louable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour ce qui du Canada et comme expos\u00e9 plus haut, c\u2019est en vertu d\u2019une loi, volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale des citoyens, que les employeurs tant publics que priv\u00e9s peuvent accepter (ou rejeter) une candidature sur la base d\u2019un crit\u00e8re autre que la comp\u00e9tence du postulant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, \u00e0 notre connaissance, aucun texte de droit au Cameroun n\u2019institue la discrimination positive (ou n\u00e9gative) dans les institutions d\u2019enseignement sup\u00e9rieur. De ce fait, la lettre de Son Excellence Mgr. Tonye Bakot est malheureusement d\u00e9pourvue de tout fondement juridique. Il ne revient pas au Grand Chancelier de l\u2019UCAC de prendre unilat\u00e9ralement l\u2019initiative de corriger les distorsions et les d\u00e9s\u00e9quilibres que le fonctionnement \u2018normal\u2019 de notre soci\u00e9t\u00e9 aurait cr\u00e9\u00e9s, d\u00e9j\u00e0 m\u00eame que rien n\u2019atteste v\u00e9ritablement qu\u2019il y ait distorsions au point de n\u00e9cessiter une intervention de l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat. Il revient bel et bien \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat de prendre des mesures correctives, si elle venait \u00e0 constater d\u2019\u00e9ventuels d\u00e9s\u00e9quilibres. Et quand bien m\u00eame l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat s\u2019engagerait dans cette voie, elle le ferait sans porter atteinte aux sacro-saints principes de la primaut\u00e9 de la comp\u00e9tence et de l\u2019accessibilit\u00e9 de tous \u00e0 l\u2019universit\u00e9. Peut-\u00eatre que son Excellence Mgr. Tonye Bakot \u00e9tait vraiment bien intentionn\u00e9 dans sa qu\u00eate de l\u2019\u00e9quilibre. Mais en absence de tout fondement juridique, il enl\u00e8ve toute pertinence \u00e0 son geste, et inscrit sa\u00a0 lettre dans le registre des atteintes quotidiennement port\u00e9es au projet \u00ab \u00c9tat du Cameroun \u00bb. Dans un \u00c9tat (au sens moderne du terme), toute discrimination op\u00e9r\u00e9e en dehors d\u2019un cadre juridique d\u00e9fini par le l\u00e9gislateur est inopportun et nous l\u2019expliquons largement dans notre livre.<\/p>\n<div><\/div>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"file:\/\/\/C:\/Users\/Moses\/Downloads\/Papier%20pour%20Publication%20LJ%2014%20Aout%202012.doc#_ftnref1\">[1]<\/a> Traduction personnelle \u00e0 partir de la d\u00e9signation originale de ladite loi: \u00ab Gesetz zur Sicherstellung von Chancengleichheit an hessischen Hochschulen\u00bb. Elle fut adopt\u00e9e le 18 Juin 2008 et entra en vigueur le 1er Juillet 2008.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"file:\/\/\/C:\/Users\/Moses\/Downloads\/Papier%20pour%20Publication%20LJ%2014%20Aout%202012.doc#_ftnref2\">[2]<\/a> Pour plus de d\u00e9tails\u00a0: L\u00e9onard, Jamfa\u00a0: L\u2019\u00c9tat Expliqu\u00e9 aux Africains, Africa &amp; Science, Francfort, Montr\u00e9al, Mai 2012, 135p.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"file:\/\/\/C:\/Users\/Moses\/Downloads\/Papier%20pour%20Publication%20LJ%2014%20Aout%202012.doc#_ftnref3\">[3]<\/a> Loi sur l\u2019\u00e9quit\u00e9 en mati\u00e8re d\u2019emploi, LC 1995 Ch 44, Article 2.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><span style=\"color: #ff0000;\">Sur l\u2019auteur:<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u00e9onard Jamfa est Docteur en Science Politique, Pr\u00e9sident de l\u2019organisation \u00abAfrican Development Initiative\u00bb bas\u00e9e \u00e0 Francfort en Allemagne. Il est par ailleurs auteur de plusieurs livres parmi lesquels \u00abL\u2019\u00c9tat Expliqu\u00e9 aux Africains\u00bb, paru en mai 2012 aux \u00e9ditions Africa &amp; Science (<a href=\"http:\/\/www.africa-and-science.com\/\">www.africa-and-science.com<\/a>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour joindre l\u2019auteur: Leonard.jamfa@a-d-i.info<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cet article est une r\u00e9action \u00e0 la lettre de Son Excellence Mgr. Victor Tonye Bakot, Archev\u00eaque de Yaound\u00e9 et Grand Chancelier de l\u2019Universit\u00e9 Catholique d\u2019Afrique Centrale. Il y a un mois de cela (le 19 juillet 2012), les m\u00e9dias camerounais publiaient une lettre de Mgr. Victor Tonye Bakot en date du 11 juin 2012, lettre [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[20],"tags":[],"class_list":["post-4634","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-point-de-vue-opinion"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/africa-and-science.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4634"}],"collection":[{"href":"https:\/\/africa-and-science.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/africa-and-science.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/africa-and-science.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/africa-and-science.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4634"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/africa-and-science.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4634\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5292,"href":"https:\/\/africa-and-science.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4634\/revisions\/5292"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/africa-and-science.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4634"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/africa-and-science.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4634"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/africa-and-science.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4634"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}