{"id":1299,"date":"2011-11-22T00:57:21","date_gmt":"2011-11-22T00:57:21","guid":{"rendered":"http:\/\/africa-and-science.com\/?p=1299"},"modified":"2011-12-07T05:12:16","modified_gmt":"2011-12-07T05:12:16","slug":"de-la-famine-en-afrique-et-si-les-conditions-climatiques-n%e2%80%99expliquaient-pas-tout","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/africa-and-science.com\/?p=1299","title":{"rendered":"De la famine en Afrique: et si les conditions climatiques n\u2019expliquaient pas tout?"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><a href=\"https:\/\/africa-and-science.com\/wp-content\/uploads\/2011\/11\/Photo-famine-en-afrique-versus-obesite-aux-usa.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-1300 alignleft\" title=\"Photo famine en afrique versus obesite aux usa\" src=\"https:\/\/africa-and-science.com\/wp-content\/uploads\/2011\/11\/Photo-famine-en-afrique-versus-obesite-aux-usa.png\" alt=\"\" width=\"146\" height=\"151\" \/><\/a>Il ne se passe d\u2019ann\u00e9e sans que la communaut\u00e9 internationale ne soit appel\u00e9e \u00e0 faire acte de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 envers l\u2019Afrique, notamment par l\u2019approvisionnement des populations en aliments. La raison g\u00e9n\u00e9ralement \u00e9voqu\u00e9e par les gouvernements des \u00c9tats assist\u00e9s est la condition climatique peu g\u00e9n\u00e9reuse. Des fois, est aussi avanc\u00e9 comme cause l\u2019assaut des insectes dont les effets d\u00e9vastateurs pour les cultures vivri\u00e8res sont bien connus (le cas des criquets migrateurs par exemple). \u00c0 l\u2019heure qu\u2019il est, la Somalie, le Kenya, le Niger, etc. sont expos\u00e9s \u00e0 une crise sans pr\u00e9c\u00e9dant, une situation qui alimente moult d\u00e9bats dans les m\u00e9tropoles occidentales. Mais voil\u00e0 qu\u2019au cours d\u2019une conf\u00e9rence tenue \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Montr\u00e9al la semaine derni\u00e8re, l\u2019incoh\u00e9rence dans la gouvernance \u00c9tats sinistr\u00e9s a \u00e9t\u00e9 mise en avance comme la cause principale du probl\u00e8me.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est de leur mission de contribuer au perfectionnement de la gouvernance mondiale par la promotion des id\u00e9aux des nations unies dans la r\u00e9gion de Montr\u00e9al. C\u2019est dans le cadre de cette mission que l\u2019Association canadienne pour les Nations Unies\u2013Grand Montr\u00e9al a organis\u00e9 sur le campus de l\u2019Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Montr\u00e9al (UQAM) une conf\u00e9rence-d\u00e9bat sur les famines en Afrique le 16 novembre 2011. \u00c9taient invit\u00e9s en qualit\u00e9 d\u2019experts Mme. Florence Rolle, agent principal de liaison de l\u2019Organisation des Nations Unies pour l\u2019Agriculture et l\u2019Alimentation (FAO) \u00e0 Washington-DC, et M. Rapha\u00ebl Yimga Tatchi, expert en d\u00e9veloppement rural\u00a0 et en s\u00e9curit\u00e9 alimentaire, un homme de terrain ayant travaill\u00e9 \u00a0au Niger (Afrique de l\u2019Ouest). Les deux experts avaient pour mission d\u2019apporter des \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse \u00e0 une question centrale\u00a0: \u00abEst-il possible de vaincre les famines dans le monde?\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour aborder efficacement la question, les organisateurs de la rencontre ont l\u2019ing\u00e9nieuse d\u2019axer les interventions autour de deux points\u00a0: la g\u00e9opolitique de la faim dans le monde et particuli\u00e8rement en Afrique, et l\u2019analyse d\u2019un cas pr\u00e9cis de crise humanitaire, en l\u2019occurrence celui du Niger. Mme. Florence Rolle est charg\u00e9e du premier point. Elle pr\u00e9sente l\u2019\u00e9tat de la famine dans le monde \u00e0 l\u2019heure qu\u2019il est. Elle fait ressortir les zones \u00e0 haut risque n\u00e9cessitant intervention urgente. C\u2019est notamment le cas de la bande sah\u00e9lienne d\u2019Afrique. L\u2019\u00c9thiopie, le Kenya, la Somalie et bien d\u2019autres \u00c9tats africains seraient expos\u00e9s \u00e0 une v\u00e9ritable crise humanitaire, si des mesures appropri\u00e9es ne sont prises dans un d\u00e9lai raisonnable. Mme. Florence Rolle ne parle pas que de cas alarmant. Elle pr\u00e9sente aussi des exp\u00e9riences r\u00e9ussies, notamment le cas du Br\u00e9sil sous la pr\u00e9sidence de Lula ou du Ghana sous le gouvernement Kofour, deux \u00c9tats postcoloniaux qui, par des politiques publiques appropri\u00e9es, ont pu mettre leurs citoyens \u00e0 l\u2019abri.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l\u2019ensemble, la FAO est demeur\u00e9e et demeure un acteur de tout premier plan dans la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire au plan mondial. Le champ de ses interventions est \u00e9norm\u00e9ment vaste, et Mme. Rolle en pr\u00e9sente son \u00e9tendu. Elle fait \u00e9galement ressortir les grands principes guidant l\u2019action de la FAO aupr\u00e8s des \u00c9tats o\u00f9 elle intervient. Ce qui retient surtout l\u2019attention de l\u2019auditoire, c\u2019est la panoplie des moyens d\u00e9ploy\u00e9s, l\u2019importance des fonds allou\u00e9s par la FAO et les autres institutions internationales sur le terrain en Afrique. Mais, des allocations en ressources humaines, mat\u00e9rielles et financi\u00e8res qui, en fin de compte, ne repr\u00e9sentent qu\u2019\u00abune goute d\u2019eau dans la mer\u00bb selon l\u2019expression de Madame Florence Rolle. Une preuve que la v\u00e9ritable instance de lutte contre la famine est le cadre national de des \u00c9tats. Et c\u2019est \u00e0 ce niveau que l\u2019expertise de M.Raphael Yimga Tatchi trouve toute son importance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, il a \u00e9t\u00e9 un t\u00e9moin privil\u00e9gi\u00e9 de la crise de la faim qu\u2019a connu le Niger en 2005. Il a \u00e9galement v\u00e9cu comme bon nombre de citoyens de cet \u00c9tat la tr\u00e8s d\u00e9licate transition politique ouverte au lendemain du coup d\u2019\u00c9tat militaire du 18 F\u00e9vrier 2010. Travaillant pour le compte de la coop\u00e9ration allemande puis n\u00e9erlandaise de d\u00e9veloppement \u00a0pendant 8 ans au total, M. Yimga Tatchi a pu prendre la mesure de la situation, observ\u00e9 l\u2019attitude des divers intervenants dans la gestion de la crise, et a \u00e9galement eu l\u2019occasion d\u2019observer la gestion de l\u2019apr\u00e8s crises par les pouvoirs publics locaux. Son expos\u00e9 est un r\u00e9sum\u00e9 des incoh\u00e9rences, des lacunes, des manquements dans les mesures gouvernementales de pr\u00e9ventions des situations d\u2019urgence alimentaire. Selon le constat de l\u2019expert, loin de mettre en place de v\u00e9ritables m\u00e9canismes de pr\u00e9vention de la crise, les gouvernements successifs ont jusqu\u2019ici opt\u00e9 plut\u00f4t pour le perfectionnement de moyens de mobilisation des ressources externes, notamment l\u2019aide des organisations humanitaires. Une situation que l\u2019expert d\u00e9plore, ce d\u2019autant que le Niger dispose des moyens de s\u2019affranchir de l\u2019assistanat. En effet, le fleuve Niger traverse le pays sur plus de 500 km et repr\u00e9sente une v\u00e9ritable ressource hydrologique. En plus de ceci, le Niger dispose d\u2019une importante nappe phr\u00e9atique dont l\u2019exploitation permettrait de r\u00e9volutionner l\u2019agriculture locale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 la pr\u00e9sence des ressources int\u00e9rieures ci-dessus \u00e9voqu\u00e9es, M. Yimga Tatchi (tout comme Mme. Florence Rolle d\u2019ailleurs) ne sous-estiment pas l\u2019importance des interventions ext\u00e9rieures. Toutefois il insiste sur la port\u00e9e assez limit\u00e9e de celle-ci\u00a0: l\u2019aide ext\u00e9rieure n\u2019organise par le r\u00e9seau local de formation ou de recyclage du personnel du minist\u00e8re de l\u2019agriculture. De m\u00eame, elle n\u2019organise pas le r\u00e9seau local de distribution des vivres. Certes, gr\u00e2ce\u00a0\u00e0 la solidarit\u00e9 internationale, le Niger tout comme tout autre \u00c9tat en d\u00e9veloppement peut recevoir du mat\u00e9riel agricole ou des semences am\u00e9lior\u00e9es. Mais il reviendra au dit \u00c9tat d\u2019organiser la distribution desdites semences. Les interventions des institutions internationales \u00e9tant g\u00e9n\u00e9ralement ponctuelles, tr\u00e8s limit\u00e9es dans le temps, il revient donc \u00e0 chaque gouvernement de mettre sur pied des politiques durables de lutte contre la faim, notamment par l\u2019int\u00e9gration de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire comme priorit\u00e9 de politique publique. Sur ce, M. Raphael Yimga Tatchi note un changement radical de discours depuis la prestation de serment du nouveau Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Issoufou Mahamadou le 08 Avril 2011. D\u00e8s son entr\u00e9e en fonction, le chef de l\u2019\u00c9tat nig\u00e9rien a inaugur\u00e9 son mandat de 5 ans par sa nouvelle politique dans le secteur dit \u00a0des 3 N\u00a0: \u00abLes Nig\u00e9riens nourrissent les Nig\u00e9riens\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En attendant de mesurer l\u2019impact de la nouvelle vision politique sur la situation alimentaire du Niger, l\u2019on peut d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 constater le lancement effectif de chantiers d\u2019envergure, notamment la construction du barrage hydroagricole dit Programme Kandadji de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration des \u00e9cosyst\u00e8mes et de mise en valeur de la vall\u00e9e du Nigerdont le montant total des investissements d\u00e9passerait 742 Millions d\u2019Euro soient plus de 450 milliards de FCFA. Ce barrage contribuerait substantiellement non seulement \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration de l\u2019autonomie \u00e9nerg\u00e9tique du Niger mais aussi et surtout au renforcement de ses capacit\u00e9s de production alimentaire dans la perspective d\u2019une s\u00e9curit\u00e9 alimentaire et nutritionnelle durables des populations nig\u00e9riennes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au terme des deux interventions, la phase d\u2019\u00e9change avec les participants se transforme carr\u00e9ment en un proc\u00e8s contre l\u2019ONU et ses institutions sp\u00e9cialis\u00e9es, et ceci \u00e0 raison. D\u2019ailleurs, Mme. \u00a0Rolle est suffisamment honn\u00eate quand elle admet l\u2019impact d\u00e9vastateur qu\u2019ont eu les programmes d\u2019ajustement structurel sur la capacit\u00e9 des gouvernements des \u00c9tats en d\u00e9veloppement \u00e0 assurer leur s\u00e9curit\u00e9 alimentaire. En effet, en imposant auxdits gouvernements de r\u00e9duire leurs d\u00e9penses publiques dans le secteur de l\u2019agriculture, les mesures dict\u00e9es par la banque mondiale et les institutions de Bretton Woods s\u2019illustrent comme une des causes fondamentales de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 des \u00c9tats en d\u00e9veloppement face \u00e0 la crise alimentaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019ONU et la FAO sont \u00e9galement critiqu\u00e9es pour leur caution aux politiques \u00e9conomiques n\u00e9olib\u00e9rales impos\u00e9es aux \u00c9tats en d\u00e9veloppement. En lib\u00e9ralisant les march\u00e9s, en soumettant les \u00c9tats faibles aux dictats des normes commerciales internationales, il devient presque impossible aux \u00c9tats tels le Niger ou le Tchad de nourrir leurs populations \u00e0 partir des seuls revenus de leurs exportations. La crise alimentaire de l\u2019ann\u00e9e 2008 en est une parfaite illustration. Et comme l\u2019a si bien reconnu la Conf\u00e9renci\u00e8re, des succ\u00e8s ont \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9s dans les \u00c9tats qui ont \u2019\u2019viol\u00e9\u2019\u2019 les normes du commerce international, notamment en subventionnant l\u2019agriculture (le cas Br\u00e9sil) ou en imposant des plafonds au niveau des prix des denr\u00e9es alimentaires (le cas de la Chine). Les secousses ont donc ravag\u00e9 les \u00c9tats qui ne disposaient pas de marge de man\u0153uvre, justement \u00e0 cause des politiques n\u00e9olib\u00e9rales impos\u00e9es par les institutions de Bretton Woods. Rien donc de surprenant que pendant 30 minutes de questions-r\u00e9ponses, toutes les questions de l\u2019auditoire aient \u00e9t\u00e9 adress\u00e9es \u00e0 la repr\u00e9sentante Mme. de la FAO. En effet, les participants \u00e0 la conf\u00e9rence du mercredi 16 Novembre 2011 se rendaient plus \u00e0 un \u00e9ni\u00e8me proc\u00e8s des Nations Unies plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 une rencontre d\u2019information sur les famines dans le monde. M\u00eame si une \u00e9tudiante africaine adresse la derni\u00e8re question de la soir\u00e9e \u00e0 Monsieur Yimga Tatchi, c\u2019est par pure g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 (comme elle le pr\u00e9cise elle-m\u00eame au moment de prendre la parole), question de ne pas laisser un paneliste quitter le podium sans dire le moindre mot. Et en guise de retour du message au messager, Monsieur Yimga Tatchi n\u2019a pas manqu\u00e9 de remercier le public pour ne l\u2019avoir pas embarrass\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors, que retenir des diverses interventions? Peut-on vaincre les famines dans le monde? Oui, \u00e0 condition que les \u00c9tats agissent de fa\u00e7on, concert\u00e9e, coordonn\u00e9e au plan international; et que les gouvernements fassent de la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire une priorit\u00e9 de politique publique au plan national.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Montr\u00e9al, le 16 Novembre 2011<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\">Correspondance: Elie Jean<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\">Source de la photo:\u00a0Le Grand Soir, Bulletin militant d&rsquo;information alternative, 4 Ao\u00fbt 2011, disponible au lien suivant: <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><a href=\"http:\/\/www.legrandsoir.info\/la-famine-en-afrique-de-l-est-vue-par-les-medias-a-grand-public.html#reactions\">http:\/\/www.legrandsoir.info\/la-famine-en-afrique-de-l-est-vue-par-les-medias-a-grand-public.html#reactions<\/a><br \/>\n<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il ne se passe d\u2019ann\u00e9e sans que la communaut\u00e9 internationale ne soit appel\u00e9e \u00e0 faire acte de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 envers l\u2019Afrique, notamment par l\u2019approvisionnement des populations en aliments. 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