{"id":1218,"date":"2011-11-15T00:57:00","date_gmt":"2011-11-15T00:57:00","guid":{"rendered":"http:\/\/africa-and-science.com\/?p=1218"},"modified":"2011-12-07T05:12:04","modified_gmt":"2011-12-07T05:12:04","slug":"homosexualite-au-cameroun-l%e2%80%99afrique-au-piege-du-droit-moderne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/africa-and-science.com\/?p=1218","title":{"rendered":"Homosexualit\u00e9 au Cameroun: l\u2019Afrique au pi\u00e8ge du droit moderne?"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/africa-and-science.com\/wp-content\/uploads\/2011\/11\/Drapeau-du-Cameroun1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-1233\" title=\"Drapeau du Cameroun\" src=\"https:\/\/africa-and-science.com\/wp-content\/uploads\/2011\/11\/Drapeau-du-Cameroun1.jpg\" alt=\"\" width=\"271\" height=\"186\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\">Sur notre forum, la semaine qui vient de s&rsquo;\u00e9couler a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par le d\u00e9bat sur l&rsquo;homosexualit\u00e9 en Afrique. Les participants se sont une fois encore illustr\u00e9s par des positions intellectuelles riches. Toutefois, l&rsquo;on a not\u00e9 un net d\u00e9saccord sur le statut de l&rsquo;homosexualit\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 africaine d&rsquo;hier et d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Selon un des participants au d\u00e9bat, l&rsquo;homosexualit\u00e9 aurait de tout temps \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sente dans la soci\u00e9t\u00e9 africaine, et aurait m\u00eame le statut d&rsquo;institution par endroit. Un point de vue que rejettent avec v\u00e9h\u00e9mence d&rsquo;autres universitaires, qualifiant ce ph\u00e9nom\u00e8ne de simple d\u00e9viance. Mais quoi qu&rsquo;il en soit, le traitement juridique de l&rsquo;homosexualit\u00e9 au Cameroun pose un s\u00e9rieux probl\u00e8me de cohabitation entre deux conceptions de l&rsquo;ordre moral et politique, comme l&rsquo;illustre si bien le texte ci apr\u00e8s.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><span style=\"color: #ff0000;\">L&rsquo;\u00c9tat dans la chambre \u00e0 coucher?<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u00c9tat des temps modernes, superstructure des soci\u00e9t\u00e9s occidentales jud\u00e9o-chr\u00e9tiennes, fait aujourd\u2019hui son bonhomme de chemin en Afrique en tant que mod\u00e8le officiel d\u2019organisation politique des communaut\u00e9s humaines qui, il y a moins d\u2019un si\u00e8cle seulement, n\u2019\u00e9taient alors qu\u2019une mosa\u00efque d\u2019ethnies r\u00e9gies par le code des anc\u00eatres. Au moment o\u00f9 elle transf\u00e8re officiellement le pouvoir aux Africains vers la fin des ann\u00e9es 1950, la puissance coloniale ne l\u00e8gue pas que la constitution comme fondement de l\u2019ordre politique et moral, elle impose aussi les codes civil et p\u00e9nal, entre autres sources de droit. Tous ces textes \u00e9crits servent depuis lors de fondement juridique de la vie au sein de la communaut\u00e9 politique nouvelle (l\u2019\u00c9tat africain postcolonial). Mais au del\u00e0 de la fonction r\u00e9gulatrice de l\u2019ordre sociale, ces textes sont dans le regard de l\u2019observateur euro-centr\u00e9 la preuve palpable de l\u2019\u0153uvre \u00e9mancipatrice et civilisatrice de la colonisation. En effet, gr\u00e2ce \u00e0 la mission coloniale, l\u2019Africain, hier encore sujet au sein de son groupe ethnique, soumis aux codes magico-religieux des anc\u00eatres invisibles, est aujourd\u2019hui citoyen de la r\u00e9publique, soumis au droit constitutionnel, aux lois qu\u2019il s\u2019est volontairement donn\u00e9es, soit directement par r\u00e9f\u00e9rendum, soit par le canal de ses repr\u00e9sentants. De sujet \u00ab\u00a0sans droit\u00a0\u00bb qu\u2019il \u00e9tait, il est d\u00e9sormais citoyen, porteur des droits de l\u2019homme, des droits que devraient prot\u00e9ger la constitution et l\u2019ensemble des institutions de la r\u00e9publique. Tout ceci gr\u00e2ce au fardeau de l\u2019homme blanc!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Seulement, si la r\u00e9publique du Cameroun de part sa constitution affirme sa ferme volont\u00e9 de prot\u00e9ger le droit \u00e0 la vie priv\u00e9e de tous les citoyens, elle n\u2019entend pas lever son regard sur ce qui se passe dans la chambre \u00e0 coucher des adultes. En effet, le Cameroun, \u00c9tat \u00e0 vocation d\u00e9mocratique, veille constamment \u00e0 la \u00ab\u00a0bonne qualit\u00e9\u00a0\u00bb des relations sexuelles entre ses citoyens, et en \u00e9tablit des normes. Ainsi, ne seraient pas tol\u00e9r\u00e9es et ce sous peine de lourdes sanctions, les relations sexuelles entre les personnes de m\u00eame sexe (Article 347 bis du Code P\u00e9nal).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une telle position du droit camerounais ne laisserait aucun juriste indiff\u00e9rent. En effet, si lesdites relations sexuelles ont lieu entre deux adultes consentants dans un domicile priv\u00e9, comment le gouvernement du Cameroun \u00e9tablirait-il la preuve de la violation du droit, s\u2019il ne proc\u00e8de lui-m\u00eame \u00e0 la violation de son propre droit? Tout juriste amateur est inform\u00e9 du fait qu\u2019on ne saurait exiger justice sur la base de l\u2019injustice, et que pour pouvoir exiger la protection de son droit, il faut soit m\u00eame se trouver dans une situation prot\u00e9g\u00e9e par le droit. Laissons de c\u00f4t\u00e9 le d\u00e9bat sur la validit\u00e9 constitutionnelle de cette disposition du code p\u00e9nal. Fermons les yeux sur la conformit\u00e9 de cet article du code p\u00e9nal aux principes fondateurs d&rsquo;un \u00c9tat au sens moderne terme. Limitons nous tout simplement \u00e0 la charge de la preuve: Imaginons que l\u2019\u00c9tat du Cameroun, par le canal de Monsieur le procureur de la r\u00e9publique, ait des informations sur le comportement suspect de deux adultes en s\u00e9jour dans le domicile priv\u00e9 de l&rsquo;un d&rsquo;entre eux. Monsieur le Procureur de la r\u00e9publique ira-t-il donc casser la porte des paisibles vacanciers pour v\u00e9rifier la conformit\u00e9 de leurs pratiques sexuelles aux normes arr\u00eat\u00e9es par le l\u00e9gislateur camerounais?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un fait demeure pourtant ind\u00e9niable\u00a0: c&rsquo;est le rejet quasi syst\u00e9matique de l\u2019homosexualit\u00e9 par le corps social camerounais. Toute \u00e9tude qualitative le confirmerait sans faute. Un tel rejet de l\u2019homosexualit\u00e9 trouve son fondement dans la pr\u00e9gnance encore tr\u00e8s forte de nos traditions, dans le lourd poids de nos coutumes ancestrales. L\u2019origine du rejet est bien lointaine, et tout Camerounais(e) suspect\u00e9(e) d\u2019homosexualit\u00e9 est consid\u00e9r\u00e9(e) comme un corps \u00e9trange au sein de la communaut\u00e9. Ainsi appr\u00e9hend\u00e9, en criminalisant l\u2019homosexualit\u00e9, le gouvernement du Cameroun fait corps avec la soci\u00e9t\u00e9 camerounaise dans son ensemble. Pour une fois, il y a comme communaut\u00e9 de vue entre l\u2019\u00e9lite du pouvoir et la soci\u00e9t\u00e9, entre l\u2019\u00c9tat et le peuple. Seulement, l\u2019\u00c9tat du Cameroun est-il encore en droit de revendiquer sa modernit\u00e9 quand un principe quasi fondamental du droit de la personne humaine est ainsi bafou\u00e9? Devrait-on encore parler d\u2019aspiration d\u00e9mocratique de l\u2019\u00c9tat du Cameroun quand la puissance publique s\u2019arroge le droit de surveiller les chambres \u00e0 coucher?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Auteur: <strong><span style=\"color: #0000ff;\">Lecteur anonyme<\/span><\/strong><\/p>\n<p><span>Source de l&rsquo;image: themeanings.com <\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sur notre forum, la semaine qui vient de s&rsquo;\u00e9couler a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par le d\u00e9bat sur l&rsquo;homosexualit\u00e9 en Afrique. Les participants se sont une fois encore illustr\u00e9s par des positions intellectuelles riches. Toutefois, l&rsquo;on a not\u00e9 un net d\u00e9saccord sur le statut de l&rsquo;homosexualit\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 africaine d&rsquo;hier et d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. 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