Cameroun – Élections présidentielles d’octobre 2025 : Peut-on s’attendre à un soulèvement populaire?
Les élections présidentielles du 12 octobre 2025 au Cameroun se sont tenues dans un climat de mobilisation populaire exceptionnelle. Selon les tendances relayées par des observateurs indépendants et sur les réseaux sociaux, la participation a été historiquement élevée, à travers tout le Cameroun. En l’absence du Pr. Maurice Kamto qui a été arbitrairement retiré de la course par ELECAM et la Cour constitutionnelle, une coalition regroupée sous la bannière de l’Union pour le Changement (UPC élargie) a investi M. Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre de la Communication. Sa candidature a attiré l’attention d’une frange importante de la jeunesse et de la société civile, lassée par les 43 années de pouvoir de l’actuel président Paul Biya, âgé de 92 ans.
Un vent de changement ? Les premières réactions
Dans la nuit du 13 octobre, alors que plusieurs bureaux de vote avaient publié localement les tendances et résultats partiels, M. Issa Tchiroma a pris la parole lors d’une déclaration publique. Il a remercié le peuple camerounais pour sa mobilisation et a salué « le début d’un nouveau chapitre pour la démocratie camerounaise ». Cette déclaration a été accueillie par des scènes de liesse populaire dans de nombreuses villes, à travers le Cameroun.
Peu après cette prise de parole, le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a tenu une conférence de presse dans laquelle il a rappelé que « seule la Cour constitutionnelle est habilitée à proclamer les résultats ». Il a qualifié la déclaration d’Issa Tchiroma de « prématurée et irresponsable », affirmant que toute tentative d’auto-proclamation serait réprimée.
Cette réaction rappelle de précédents douloureux :
- En 1992, John Fru Ndi, candidat du SDF, revendiquait la victoire face à Paul Biya, avant que la Cour suprême ne proclame ce dernier vainqueur.
- En 2018, Maurice Kamto avait également déclaré avoir remporté l’élection, déclenchant une vague de répression judiciaire et policière.
Ces rappels institutionnels suscitent un débat sur la transparence du processus électoral au Cameroun, et sur la place du citoyen dans la validation du scrutin.
Réseaux sociaux, rapidité de l’information… et légitimité populaire
À l’ère des réseaux sociaux et de la transmission instantanée des résultats, le décalage entre la réalité perçue sur le terrain et les délais officiels de proclamation (jusqu’à 15 jours) soulève de plus en plus d’interrogations. Dans plusieurs pays africains ou occidentaux, les grandes tendances sont généralement connues le soir même ou le lendemain du vote.
Le Cameroun peut-il continuer à fonctionner selon des pratiques électorales datées, alors même que la jeunesse camerounaise est de plus en plus connectée et politisée ? Cette génération, qu’on appelle souvent « génération Z », semble déterminée à rompre avec les méthodes opaques du passé.
Proclamation des résultats dans le contexte actuel
Le contexte actuel au Cameroun et en Afrique fait que la proclamation d’un résultat qui ne reflète pas la vérité des urnes est très risquée pour le Cameroun pour les raisons suivantes:
1-Le candidat Tchiroma réside à Garoua soit à environ 1338 km de Yaoundé, avec une population massive prête à le soutenir, ce qui non seulement ne va pas faciliter son arrestation, mais créer un grand risque de déstabilisation du pays si le pouvoir en place tentait de le faire!
2-La population des autres régions du Cameroun volera très rapidement à son secours s’il y a une injustice par le régime en place à son endroit en lien avec les élections présidentielles, car il a été investi par une union élargie comportant les ressortissants de toutes les régions du Cameroun.
3-Le contexte socio-politique dans de nombreux pays notamment à Madagascar, au Maroc ou même au Kenya montre que la génération Z est de plus en plus déterminée pour le changement. Les jeunes au Cameroun suivraient certainement ces exemples, ce qui mettrait facilement le pays en flamme si les résultats proclamés ne respectaient pas la volonté des urnes.
Une transition pacifique est-elle possible ?
Face à cette situation, plusieurs analystes s’interrogent : le président Paul Biya acceptera-t-il de tourner la page ?
Après plus de quatre décennies de pouvoir, des appels à la transition et au repos mérité se font entendre, y compris au sein de la diaspora. Des figures telles qu’Abdou Diouf, Abdoulaye Wade ou Jerry Rawlings ont su quitter le pouvoir et mener une vie paisible, contribuant à l’apaisement démocratique de leur pays.
L’élection présidentielle d’octobre 2025 offre au président Paul Biya une occasion rare et précieuse d’entrer dans l’histoire non par la longévité, mais par la sagesse d’un passage de relais dans la dignité. Après plus de 43 années à la tête de l’État, il pourrait choisir de se retirer pour se consacrer pleinement à sa vie familiale. Ses rares apparitions publiques et celles de sa fille sur les réseaux sociaux ont souvent laissé entrevoir un besoin d’attention, d’affection et de présence parentale. Ce moment pourrait donc marquer le retour d’un père et d’un époux auprès des siens, loin des tensions du pouvoir et du regard d’un peuple épuisé par plus de quatre décennies de règne sans alternance.
Une vigilance citoyenne reste nécessaire!
Quelles que soient les décisions attendues dans les prochains jours de la Cour constitutionnelle, la vigilance du peuple camerounais restera cruciale.
La défense du vote exprimé lors du scrutin du 12 octobre repose sur une mobilisation civique déterminée, car la confiance dans les institutions électorales demeure fragile. Toute perception de manipulation pourrait déclencher une crise post-électorale majeure sans précédent.
« On peut tromper le peuple quelques fois, mais on ne peut pas le tromper tout le temps. » — Bob Marley
Le peuple camerounais a démontré une maturité politique impressionnante et une soif réelle de changement. Il revient désormais aux institutions d’agir avec responsabilité, intégrité et respect de la volonté populaire, afin d’éviter que le doute ne dégénère en désordre.
Vaillant peuple camerounais!
Reste debout!
La victoire appartient à ceux qui veillent!
Seule la lutte consciente libérera le peuple longtemps désabusé!
Adrien Djomo
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