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Nr. 00272- Nov. 18th, 2025 – Weekly Newspaper devoted to Science & Technology in Africa ** Pour la promotion de l'esprit scientifique en Afrique

Cameroun: situation politique à la veille d’une élection présidentielle problématique

Dans un podcast diffusé le 10 septembre 2025, l’organisation International Crisis Group traite de l’actualité politique au Cameroun. L’élection présidentielle étant prévue le 12 octobre 2025, les communicants de cette organisation ont réuni autour d’un débat des universitaires à la compétence confirmée. Il était alors question de comprendre les enjeux de cette élection que bon nombre de Camerounais croient gagnée à l’avance par le président sortant et candidat, Paul Biya, qui exerce le pouvoir depuis 43 ans. Au cours de leurs interventions, Paul-Simon Handy, directeur général pour l’Afrique de l’Est et représentant auprès de l’Union africaine et de l’Institute for Security Studies (ISS), et Stéphane Akoa, politologue camerounais et chercheur à la Fondation Paul Ango Ela, analysent la situation politique au Cameroun et font quelques projections. L’ensemble de l’œuvre est correct. Les experts ont incontestablement raison. Seulement, leur posture épistémologique ne leur permet pas de couvrir la réalité dans sa totalité.

En effet, le Cameroun est un État postcolonial très particulier. Ce qui caractérise cet État, c’est la très faible institutionnalisation des pratiques politiques. Il y a une très forte personnalisation du pouvoir politique à tous les paliers de gouvernement: municipal, régional, national. Or l’État ne se consolide que par transfert progressif du pouvoir (et des allégeances politiques) des personnes vers les institutions. Or, un tel processus est quasi impensable dans le contexte actuel. Ce que les analystes ne disent pas, et ce n’est pas surprenant, c’est l’effet structurant du droit international, des institutions internationales et des pratiques diplomatiques sur le comportement de l’acteur politique camerounais. Oublions les accords sur l’institution du Francs CFA et ses effets structurants.  Prenons seulement quelques exemples très récents:

1. L’ONU qui signe un accord tenu secret avec Elections Cameroon (l’organe de surveillance des élections). Quand le principal leader de l’opposition dénonce publiquement cette affaire, l’ONU publie un petit bout de l’accord.

2. Le principal leader de l’Opposition, Maurice KAMTO qui réunit plus de 60 000 personnes sur la place de la République à Paris lors d’un meeting, mais ne parvient pas à rencontrer un seul officiel français. De toute évidence, la France ne veut pas de lui comme président du Cameroun. Selon certains analystes, c’est parce qu’il est un Bamiléké.

3. L’Ambassadeur de France au Cameroun qui vient annoncer aux Camerounais que le président Biya se porte bien et qu’il a bonne conscience des dossiers. L’annonce de l’ambassadeur de France intervient quand les forces de l’opposition exigent le retrait de la candidature du chef de l’État qui est aujourd’hui âgé de 92 ans. L’argument ici avancé est son incapacité à gouverner, à prendre des décisions en toute lucidité.

Or, le fait que les deux experts réduisent leur champ d’analyse au territoire camerounais est une approche qui les condamne à s’enfermer dans une sociologie politique interne, oubliant le côté le plus pertinent de l’affaire: le Cameroun, tout comme la Côte d’Ivoire, le Tchad, le Togo, etc., sont des territoires de l’empire.

En se limitant à une analyse de sociologie politique interne, ces experts abordent la situation comme étant une crise. Or, dans la perspective de la sociologie des relations internationales, nous ne sommes pas dans un état de crise. Il s’agit plutôt d’une situation normale. Le Cameroun, tout comme la Cote d’Ivoire et le Togo, fonctionnent très bien, et remplissent convenablement leurs rôles dans la division internationale du travail. Ce ne sont pas des États de droit, et ne peuvent pas le devenir dans le contexte du droit international et des pratiques diplomatiques d’aujourd’hui. Ce sont des entités périphériques sans vocation étatique. Pour que ces territoires de l’empire deviennent des États de droit, la révolution intellectuelle est le passage obligé. La solution passera par une production des Diderot (l’encyclopédiste), Jean-Jacques Rousseau, Karl Marx, Rosa Luxemburg, Rosa Parks, Martin Luther (procès de Worms), Nelson Mandela, Martin Luther King, Werner Ruf, Franz Ansprenger, etc. en très très grand nombre sur le continent africain. Avec un nombre significatif de penseurs progressistes, l’Afrique deviendra un bouillon de pensées, et la marmite finira par exploser. La fin de la féodalité en Europe et la révolution française de 1789 sont la preuve, s’il en faut, du rôle moteur de la pensée critique sur les transformations sociales.

Moses CHI.

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