Parité Homme- Femme : Mythe ou Réalité ? La démocratie à l’épreuve du Genre
Non présence des femmes en quantité et en qualité![]()
La question de la non présence des femmes en quantité et en qualité, avec prégnance et magnificence, dans l’animation de la vie sociale des Etats, préoccupe et pose un réel problème à l’échelle mondiale en général et au Cameroun en particulier. Le paradoxe d’une population féminine en « majorité démographique » avérée mais ployant sous le sous le joug d’une «minorité psychologique», invisibilité criarde dans les sphères décisionnelles de l’Etat sur tous les plans (commandement, exécutif, législatif, judiciaire, diplomatie, management organisationnel, gestion communale, etc.) l’amplifie et fait de la marginalisation, du désœuvrement, du chômage, de l’infantilisation, du sentiment de lassitude, de la clochardisation, de l’alcoolisme, de commérage (volubilisme excessif), de la prostitution, des domaines de prédilection où excellent les femmes.
Devant l’ampleur d’une telle situation, tout en se référant aux multiples engagements sans cesse renouvelés par le premier des camerounais à savoir le Président de la république SE Paul Biya en 1997 et 2004, ainsi qu’aux politiques camerounaises en faveur de l’intégration des femmes dans la vie de la nation, nous nous posons la question sur la nature des obstacles qui entravent une si belle initiative ? Leur manifestation ? Les responsabilités dégagées des uns et des autres ? Les pistes de réflexions contre la fatalité, susceptibles de déboucher sur ses perspectives d’avenir.
Dans une telle optique, et pour être en harmonie avec le contexte de cette communication, nous allons articuler notre réflexion sur les points suivants :
– le contexte camerounais de l’intégration de la femme ;
– la conséquence d’une telle approche ;
– les causes des obstacles ;
– les perspectives envisageables.
- 1. Le contexte camerounais d’intégration de la femme
En ce moment où le Cameroun, réaffirmant avec véhémence son unité dans toute sa diversité, son intégrité et se projette dans l’émergence à l’horizon 2035, la participation de tous les fils et toutes les filles du triangle national et de la diaspora, se doit d’être une réalité palpable, la pierre angulaire de la réalisation efficiente et efficace d’une telle entreprise ô combien heureuse et salutaire pour le devenir du Cameroun, et non un simple slogan de campagne, un vœu pieux qu’on chauffe et réchauffe le temps d’un meeting. Malheureusement, la réalité camerounaise semble se complaire de la logique de paradoxes qui le caractérise au point de faire sien, le fatidique crédo « le Cameroun, c’est le Cameroun. » En effet, alors que la population féminine, au regard des résultats du dernier recensement général de la population et de l’habitat publié en avril 2010, est estimée à 52% des 19 millions de camerounais, cette majorité démographique tarde à se constituer en majorité psychologique en termes d’auto affirmation, d’autodétermination effective sans rien attendre des hommes et leur phallocratie invétérée. Pire, malgré le soutien incontestable du Chef de l’Etat dont les prises de paroles sont pourtant applaudies bruyamment par les femmes qui le présentent incontestablement comme leur « chaud gars », la situation fait place au saupoudrage. En effet, lors des campagnes présidentielles de 1997 et de 2004, le Président Biya a fait une promesse claire, nette et sans bavure aux femmes. Après leur avoir promis 30% de quotas dans les postes de responsabilité en Maroua en 1997 « Je m’engage à faire de l’égalité entre les droits de l’homme et des droits de la femme une réalité », il va se montrer plus incisif en 2004, particulièrement le 5 octobre à Monatélé en ces termes « l’amélioration de la condition féminine et en particulier une meilleure représentation de la femme dans nos institutions et notre administration resteront au premier plan de nos préoccupations ». Bien plus, le Cameroun, en tant que pays et membre du système des nations unies, soit signataire à l’échelle internationale et régionale des conventions et instruments préconisant la participation des femmes à la prise de décision. nous citons entre autres : l’adoption en 1985 des Stratégies prospectives d’action de Nairobi pour la promotion de la femme, les résultats et perspectives de l’évaluation décennale de la mise en œuvre d Programme d’action de Beijing, la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance (2007), sans oublier la convention sur l’Elimination de Toute Forme de Discrimination contre les Femmes (CEDAW) ratifiée par le Cameroun en 2000, le Protocole Facultatif dans le Traité Africain des Droits de l’Homme et des Peuples relatif à la Femme, la Plateforme d’Action de Pékin, les Objectifs de l’Education pour tous, les Objectifs de Développement du Millénaire, etc. le Cameroun fait feu de tout bois pour être en odeur de sainteté avec la communauté internationale.
Seulement, Sur le terrain, il est clair comme l’eau de roche, comme le nez au milieu du visage que la faible représentativité des femmes dans les cercles de décision au Cameroun anciens (cas de la famille, communautaire et gestion de l’Etat) et nouveaux cas des espaces publiques définis par Claude Abe comme « espace symbolique de prise de la parole pour réfléchir et se prononcer sur la gestion des affaires de la cité dans les mutations politiques qui ont cours au Cameroun depuis la fin des années 80 » et dont les plus visibles se recrutent essentiellement autour des médias (débats), la politique, la société civile… Les chiffres suivants sont assez édifiants là-dessus.
– sur les 33 remaniements ministériels opérés par l’actuel Président de la République depuis 1982 jusqu’à juillet 2011, moins de 20% de femmes ont figuré sur la liste de 300 ministres choisis à cet effet. Le gouvernement actuel sur près de 65 membres et assimilés ne compte que 6 femmes comme ministres et secrétaires d’Etat ;
– au niveau de l’assemblée nationale, depuis le retour au multipartisme en 1990, les trois législatures ont connu respectivement une présence féminine de 5,5% entre 1997 et 2002; 10,5% entre 2002 et 2007 ; 13,9% soit exactement 25 femmes députés sur 180 ;
– dans la gestion communale, les femmes s’en tirent avec 22 maires sur 339 communes ;
– dans le commandement territorial, 5 femmes sont sous-préfets sur les 360 arrondissements ;
– dans les nouveaux espaces publics (débats radio télévisés sur les grands problèmes de l’heure ; les syndicats ; les partis politiques ; la société civile ; les ONGs…) les camerounaises qui s’y aventurent couvrent difficilement les dix doigts des deux mains. Pire, les quelques noms qui accusées curieusement par les autres femmes d’activisme politique ou des « chercheuses de postes dans la mangeoire » Un petit sondage réalisé auprès de quelques femmes de la ville de Yaoundé par nos soins consistant (1) à citer les femmes qui font l’actualité dans les médias à travers les prises de parole et de positions et (2) à caractériser chacune d’elles par un qualificatif évocateur, nous a donné les résultats ci-après :
| Nom | Rang après le décompte | Qualificatif |
| Pauline Biyong | 1ère | Aventurière |
| Françoise Foning | 2ème | L’avocate du couple présidentiel |
| Kah Wallah | 3ème | Traitresse |
| Justine Diffo Tchunkam | 4ème | Long crayon |
| Alice Sadjo | 5ème | Bavarde |
| Esther Dang Belibi | 6ème | Rêveuse |
Source : notre enquête (février 2011)
Une autre enquête visant à apprécier l’émission qui fait la part belle à la récurrence de la femme dans les grands débats de nos radios et télévisions (publiques et privées) nous a conduit aux résultats suivants : Seule l’émission Scènes de presses diffusée sur la CRTV télévision les dimanches après le journal de 20 heures 30 minutes semble faire la part belle à la gent féminine. Les autres émissions affichent un taux de phallocratie élevé au niveau du débat public.
| Nom de l’émission | Nom de la chaîne | Présentateur vedette | Part belle à la femme |
| Scènes de presses | CRTV télé | Aimé Robert Biyina | *** |
| Cartes sur table | STV 2 Group | Thierry Ngongang | * |
| Canal Presse | Canal 2 international | Joly Nkoum/David Atemkeng | ** |
| Zapp press | RTS | Paulin Balla | * |
| Electorat | Magic FM | Roger Kiyeck de Kiki | * |
| Tous Azimuts | LTM Tv | Armand Okol | * |
| Coin Chaud | TBC FM | Jean Bosco Tchoubet | * |
| Média Club | Vision 4 | Faustin Balla/Bertin Tchieya | * |
| 7 à la Une | STV 2 Group | * | |
| Droit de réponse | Equinoxe TV | * | |
| La grande Tribune | Equinoxe TV | * |
Source : notre enquête (mars 2011)
***= acceptable ; **=juste acceptable ; *=à peine acceptable
Pourtant, ces statistiques en défaveur de l’intégration politique, sociale, économique, administrative de la femme ne s’expliquent pas au Cameroun si tant est vrai que le taux de scolarisation ou le ratio d’alphabétisation de la femme sur l’ensemble des 10 régions du pays est de l’ordre de 67,9% ; aussi, les femmes ont fait de la gestion des ménages, un domaine ancien aux côtés du communautaire et gestion de l’Etat, leur chasse gardée. En effet, selon le Ministère de la promotion de la femme et de la famille, 60,6% des femmes sont chefs de familles monoparentales, preuve selon Madame le Ministre Abena Ondoua que ses sœurs « sont capables de pouvoir faire beaucoup de choses et de grandes ». Ceci est d’autant fondé si on fait notre l’adage selon lequel un enfant qu’on forme est une nation qu’on gagne.
De ce qui précède, la problématique qui se dégage interroge donc les mobiles/motifs favorisant la non intégration continuelle de la femme au point de la réduire en éternelle « sous homme » ou encore de simples faire valoir au Cameroun, même rendu au troisième millénaire ?
L’article complet est disponible est au lien suivant: Parite Homme-Femme- Mythe ou Realite- par Gustave Georges Mboe
Auteur:
Gustave Georges MBOE,
Psychologue, Enseignant-Chercheur (ATER)
à l’UY1, au CSSS-UCAC, au CRADAT et au CODEV IIM
Contacts : GSM : +00237 94 80 67 78 ; 77 65 38 67
E-mail : mboegeorges@yahoo.fr; georgesberthold4@gmail.com
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