Africa & Science – Afrika & Wissenschaft – Afrique & Science

Nr. 00272- Nov. 18th, 2025 – Weekly Newspaper devoted to Science & Technology in Africa ** Pour la promotion de l'esprit scientifique en Afrique

L’argent des Blancs dans la société des Noirs: La notion d’aînesse sociale a-t-elle encore un sens dans les contextes contemporains ouest-africains ?

Les sociétés ouest-africaines ont longtemps été qualifiées de gérontocratiques. Ainsi, les hommes des générations les plus anciennes et certaines femmes âgées prenaient de multiples décisions concernant leurs cadets et cadettes. Ces cadets et cadettes dépendaient largement des aînés masculins pour l’accès aux ressources, la pratique religieuse, leurs choix matrimoniaux… Peu à peu, la scolarisation des cadets, la monétarisation, l’arrivée des religions du livre ont contribué à transformer en profondeur les relations entre aîné(e)s et cadet(te)s, aînés et cadettes. Si ces sociétés accordent toujours une place privilégiée aux hommes et aux femmes ayant atteints « un certain âge », c’est-à-dire aux environs de 50 ans, l’antériorité (le fait d’être né avant) ne confère une réelle autorité sur ses puîné(e)s que si elle est assortie d’un ensemble d’éléments. Ainsi, elle dépend par exemple de l’état matrimonial de la personne considérée, de la réussite économique, de la position de notable religieux, du fait d’avoir ou non une descendance nombreuse, du niveau d’alphabétisation et au-delà du niveau études, du degré de réussite économique et sociale de ses enfants, filles comme garçons.

La diversité des conditions économiques et sociales des personnes âgées dans les sociétés ouest-africaines contemporaines est un fait et la disparité des situations ne cessent de s’amplifier. Comprendre la position de ces « vieilles » et de ces « vieux » nécessite à mon sens de rendre compte de la configuration relationnelle dans laquelle ils sont engagés. Jouissent-ils oui ou non d’une position d’aîné qui va leur permettre de capter des ressources tout en continuant à en distribuer ? Sont-ils en mesure de bénéficier de l’aide de leurs cadets ? Afin d’apporter des éléments de réponse il s’agit dans un premier de revenir rapidement sur les mécanismes qui construisent la position d’aînesse sociale et la manière dont ces mécanismes se sont transformés. Dans un deuxième temps les principales tendances des dynamiques des transferts intrafamiliaux sont abordés. Enfin, l’importance de l’union conjugale sur la constitution des réseaux d’entraide des femmes sont rapidement brossées. L’essentiel des données produites qui fondent cette réflexion sont le fruit de plusieurs recherche anthropologiques qualitatives menées depuis 1997 au Burkina Faso d’abord dans le cadre d’un doctorat puis de plusieurs recherches financées par l’ANRS [1] portant en particulier sur les recompositions des solidarités familiales autour des personnes vivant avec le VIH en contexte urbain.

Auteur:
Anne ATTANÉ, IRD-LPED, Université de Provence, Marseille, France
NB: Ce travail de recherche porte essentiellement sur le cas du Burkina Faso et est disponible au lien suivant: http://www.ceped.org/cdrom/meknes/spip550f.html?article19

Le titre de cet article a été reformulé par Africa & Science. Toute notre reconnaissance à l’auteur pour l’opportunité de cette recherche. Elle contribue à enrichir notre savoir sur les mutations sociales engendrées par l’institutionnalisation de la monnaie comme moyen d’échange en Afrique au sud du Sahara.

Comments are currently closed.