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Nr. 00272- Nov. 18th, 2025 – Weekly Newspaper devoted to Science & Technology in Africa ** Pour la promotion de l'esprit scientifique en Afrique

Je suis Noir, mais je parle comme un Blanc. Est-ce vraiment un problème ? Une universitaire livre son point de vue.

« Whitiser ». Certains ne peuvent pas faire autrement.  Imaginez une jeune fille de 15 ans.  Elle est née en France.  De parents camerounais ou juste originaires de ce pays. Du Cameroun, elle ne connaît pas grand chose. Tout doit se résumer pour elle, non pas à une identité, mais à une nationalité. Du point de vue de la langue, son quotidien en France ; dans les cours de recréation, dans sa banlieue, chez les voisines, pendant les cours, a concouru à modeler son intonation. Aussi, lorsqu’elle débarque de sa France natale pour le ‘’Pays de ses ancêtres’’, elle ne peut s’exprimer qu’en ‘’whitisant’’. Les regards moqueurs et un tantinet méprisants deviennent rapidement neutres quand on prend en compte son ‘’pedigree’’. Sa ‘’whitisation’’ de finir par ne plus intéresser ni étonner personne. On l’aura bien compris : elle whitise parce qu’elle ne sait s’exprimer autrement que comme cela. Cette ‘’whitisation’’, les gens la considèrent comme normale.

Anciens Parigo 

Mais il y a celles qui passent difficilement et qu’on finit par considérer comme un snobisme, lui-même manifestation d’un vide identitaire. D’abord, il y a les expatriés de longue date. Ceux qui font tourner les têtes lorsque dans les ‘’clandos’’ (voitures ou car de transport sans licence) et que l’on traite  volontiers d’ ‘’Anciens parigo’’. Si certains les considèrent comme des ‘’traitres’’ à la cause noire, beaucoup leur trouvent des circonstances atténuantes. En effet, si l’homme c’est son milieu comme le disent les scientifiques,  comment s’étonner du ton occidental des ‘’Anciens parigo’’ ? Si on trouve banal le fait que des sœurs catholiques installées depuis longtemps au Cameroun par exemple aient un ton plus proche de celui des populations autochtones que celui de leur pays d’origine, ce serait de la mauvaise foi de ne pas reconnaître que le contraire puisse être possible.

Il y a deux pilules qui passent difficilement ; et c’est un euphémisme. D’abord le cas des voyageurs ‘’ éclairs’’ à la ‘’Endale’’. (Pour la petite histoire, cette héroïne de sketch à peine arrivée à Paris avait changé de timbre vocal.) Ces gens qui pour avoir passé quelques mois, quelques semaines, quelques jours, voire quelques heures ou minutes en transit dans un aéroport français, vous reviennent au pays plus ‘’whitiseurs’’ que les ‘’whites’’ eux –même. Et à côté d’eux, il y a  ceux qui sans même pouvoir prétendre au moindre transit dans un aéroport français, et qui sait même, camerounais,  rivalisent de tournures phrastiques des plus improbables pour s’exprimer comme les ‘’Français de souche’’. À pleurer d’ennui ou de pitié  devant cette clownerie qui consiste à singer de façon parfois grotesque un timbre venu d’ailleurs. On s’efforce, sans grand succès, de gommer l’accent induit par la langue maternelle, pour se retrouver dans un bouillon très éloigné de la ‘’whitance’’ souhaitée.

Et tout cela pourquoi ? Je crois pour prétendre à un degré élevé de ‘’civilisation’’. Le terme doit être compris ici dans le sens impérialiste. Whitiser, c’est montrer que l’on a bien assimilé la leçon. Finit le français modelé au Mbongo d’Eseka, aux gargotes de Mvog Ada, aux cris des pleureuses de Badenkop ou aux chants des potières de Yagoua comme le montrait un Sembène Ousmane dans sa volonté d’africanisation de la langue française. On doit  faire en tout point comme les ‘’Français de souche’’.

Du vrai foutage de gueule ! Ce mimétisme est des moins productifs qui soient. Si on redirigeait la science que beaucoup mettent en œuvre pour ‘’whitiser’’,  nos laboratoires de langues nationales seraient des plus performants de la planète.

 Auteure:
MAO
Doctorante en Littérature
Yaoundé I
Cameroun

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