Le « repassage » des seins: bonne pratique ou fléau? Le point de vue d’une Camerounaise
Le « repassage » des seins, j’en ai entendu parler pour la première fois quand j’étais en sixième. Il y a une vingtaine d’années presque. Mais plus que ça, c’était, au détour d’un cours de sport, au lycée Joss (Douala Cameroun), la vision d’une espèce de brassière noire entourant la poitrine de quelques une de mes camarades qui m’intriguait. Chez moi par exemple, même si on ne parlait franchement pas de seins et encore moins de sexualité, j’en étais quand même à mes premiers soutiens-gorges, achetés par ma mère.
Hors, la vision de nos camarades «sanglées» dans ces espèces de brassières noires qui se voulaient discrètes provoquaient parfois nos moqueries et notre pitié. Au détour d’aveux arrachés, une de nos camarades nous confia d’ailleurs qu’il lui était interdit d’en parler à qui que ce soit. Nous avons grandi et avant la classe de troisième, toutes les bandes avaient disparu.
C’est bien plus tard que j’appris que la brassière ne venait qu’en renfort au «repassage». Bien plus tard. J’étais déjà adulte. S’il nous arrivait très souvent de nous moquer de nos camarades «bandées», nous nous moquions encore plus souvent de celles qui, pour notre âge (allez savoir !!!), nous semblaient trop «pourvues» en volume mammaire, trop vieille pour la classe, trop femme déjà.
Éduquer les parents sur les droits de la jeune fille et punir les contrevenants
Et je crois que tout part de là. Cette féminité, précoce pour certains. Enfant, je l’avais déjà constaté. Que dire des adultes ? Et surtout des hommes ? Je ne viens rien justifier. J’essaye de comprendre. Dans nos sociétés africaines traditionnelles, (comme au Cameroun d’où je suis originaire), il était coutume de marier sa fille très tôt. Ce sont les hommes qui marient. Mais les mères ? Quand on se voit vieille, délaissée pour une énième épouse, dépossédée de son passé, on n’a pas envie de recommencer l’histoire : voir un vieillard aux penchants lubriques lorgner sa fille ne peut rendre aucune mère heureuse. On a d’autres rêves pour son enfant : pourquoi ne deviendrait-elle pas enseignante, médecin, ingénieur au lieu de croupir dans une cuisine sombre et enfumée ? Alors, la jeune fille doit rester l’enfant à la poitrine plate, pour ne pas attirer, pour avoir une chance. Après, après seulement, la nature pourra reprendre ses droits, …peut-être.
Seulement, a-t-elle demandé son avis à l’enfant ? Non. Pense-t-elle à sa douleur quotidienne ? Je crois que oui. Doit-on punir une mère qui « repasse les seins » de sa fille ? NON. Elle l’aime. Beaucoup. Mais elle se trompe. Et elle n’est pas la seule. Le père prêt à donner une enfant en mariage au premier venu est tout aussi fautif. Le voisin ou le passant qui n’hésite pas à faire des avances à une mineure l’est encore plus. Éduquer les parents sur les droits de la jeune fille et punir les contrevenants. Je crois que ce serait là la solution pour que des jeunes filles cessent d’être victime de leur féminité.
Auteure: Omgba Manga, Cameroun
Three Scholarships for the study of climate change in Africa Université de Francfort (Allemagne): La 7ème Journée Scientifique Africaine aura lieu le 22 Octobre 2011

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