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Nr. 00212- June 6, 2017 – Weekly Newspaper devoted to Science & T Pour la promotion de l'esprit scientifique en Afrique

Peut-on actuellement déceler sur le continent africain quelques indices qui permettent d’envisager le futur avec optimisme?

Tel est le thème du débat actuellement en cours sur le forum de l’organisation African Development Initiative. Deux opinions sont en confrontation.

Selon un des intervenants, de nombreux signes annoncent des lendemains meilleurs pour notre continent. Il cite les exemples ci-après à l’appui de son point de vue :

Exemple 1: Le développement des institutions privées d’enseignement supérieur, particulièrement dans le domaine de la santé.

Sur ce point, il évoque le cas de l’Université des Montagnes au Cameroun dont la faculté des sciences de la santé jouit d’une très bonne réputation, avant de conclure que d’ici 5 ou 10 ans, les Camerounais pourraient avoir à choisir entre se faire soigner à Bangangté (Ouest-Cameroun) ou à Pretoria (Afrique du Sud). En effet, il y a quelques années, cette université n’existait pas. Mais, grâce à la détermination des élites locales, le rêve est devenu réalité. Aujourd’hui, la faculté des sciences de la santé de cette institution forme des médecins, des dentistes et même des pharmaciens.

Exemple 2:

Toujours selon cet intervenant, il y a de quoi avoir confiance en l’avenir de notre continent. Car, en moins de 15 ans, un centre de santé basé à Kumbo (sud-ouest Cameroun) s’est développé au point de devenir une institution de référence, le tout sans financement de taille. En effet, la seule volonté de quelques fils de l’Afrique aurait suffi à transformer radicalement ce centre. Une preuve que nous disposons de la ressource humaine nécessaire à la transformation de notre continent.

Par ailleurs, cet intervenant fait mention également d’une autre initiative communautaire dans la même localité, le projet d’adduction en eau potable, qui a été réalisé avec succès sans aide extérieure. Pour la belle histoire: la qualité de l’eau produite dans le cadre dudit projet est aussi bonne que celle produite partout d’ailleurs, sinon meilleurs !

Il rappelle aussi qu’il y a des jeunes Camerounais qui mettent une eau moins douteuse dans les sachets et les proposent aux populations sur un modèle décentralisé et approprié pour les grandes métropoles comme Douala et Yaoundé. Selon cet intervenant, même s’il est urgent de veiller à la qualité de l’eau ainsi produite, même s’il est urgent de former des spécialistes en hygiène de la production, le business model en tant que tel n’est plus à développer…

Position contraire:

Les arguments ci-dessus énumérés ne sont pas unanimement partagés. Selon l’un des intervenants, la portée du développement des institutions privées d’enseignement supérieur ne devrait pas être surestimée. Car, même si lesdites institutions forment aujourd’hui des médecins, le pouvoir d’achat du Camerounais (ou de l’Africain) moyen ne lui donne pas accès aux soins de qualité. Clairement dit, même si la création des instituts privés de formation est de toute évidence un progrès, les obstacles structurels identifiables depuis les indépendances ne nous autorisent malheureusement pas à parler d’un réveil révolutionnaire. L’infrastructure économique des sociétés africaines rend particulièrement élevé le coût d’accès aux soins de santé.

Par ailleurs, nos sociétés éprouvent énormément de difficultés à retenir les cadres formés localement. Le nombre de Camerounais anciennement membres de l’ordre des médecins au Cameroun, mais aujourd’hui en exercice dans les États de l’OCDE témoigne de la fragilité des progrès dans le domaine de l’éducation. Une telle réalité n’autorise pas à entrevoir le futur avec optimisme. L’Afrique éduque ses enfants pour le bonheur des États de l’OCDE en panne de croissance démographique. La fuite des cerveaux est un problème.

Sur l’eau potable:

Force est de constater que l’eau potable est devenue une marchandise. Une bouteille d’eau minérale est normalement inaccessible à un instituteur camerounais. Son pouvoir d’achat ne lui permettrait pas d’en faire un élément de sa ration quotidienne. De ce fait, même si les progrès ci-dessus mentionnés sont visibles, ils n’autorisent pas encore à parler de réveil révolutionnaire.

Quant à une telle situation s’ajoutent des menaces terroristes, il y a de quoi ne pas se faire beaucoup d’illusion sur l’avenir. Pourtant, tout est à notre portée. Tout est jouable. À condition pour nous, Africains, de nous approprier le projet «développement de l’Afrique».

Admin
Africa & Science
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NB. Le débat se poursuit, et d’autres compte-rendus seront publiés d’ici peu.
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