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Nr. 00224- Nov. 28th, 2017 – Weekly Newspaper devoted to Science & T Pour la promotion de l'esprit scientifique en Afrique

L’engagement civique des Africains de la diaspora: La honte ne tue plus

L’un des identifiants majeurs des Africains de la diaspora est leur quasi-indifférence aux débats publics à caractère politique. Généralement insensibles aux grandes questions touchant directement leur statut en tant que personnes ou communauté, les Africains de la diaspora projettent dans la société d’accueil l’image de personnes collectivement inertes, incapables d’opposer la moindre résistance (ou de produire une réponse réfléchie) à toute action hégémonique mettant en péril leurs intérêts en tant que communauté. Absents des débats impactant directement leur avenir ou leur carrière professionnelle, ils éprouvent de nombreuses difficultés à se trouver une place de choix dans leur société d’accueil et sont généralement catalogués comme «minorités visibles», une catégorie juridique dont l’institutionnalisation témoigne de la gravité du fléau de l’exclusion sociale et du racisme.

Mais, au-delà des barrières visibles et invisibles qui font obstacle à l’intégration sociale des personnes issues de l’immigration, la tenue sociale et le mode de vie des Africains de la diaspora surprendraient plus d’un observateur. Tout d’abord, leur incapacité de mobilisation contraste brutalement avec leur niveau d’éducation. À titre d’exemple: « avec plus de 48 % de diplômés, les immigrants Africains ainsi que leurs enfants est la population la plus éduquée des États-Unis. Ils sont un peu plus nombreux que ceux qui sont traditionnellement connus pour être de gros bosseurs, les Asiatiques. Ils sont presque 2 fois plus nombreux que les Caucasiens, et presque 4 fois plus nombreux que les noirs américains »[1].

Réunions ethniques, soirées de gala et méga-barbecues: « je mange et je danse, donc je suis »

Mais malgré cet état des choses, ce n’est aucunement par l’organisation de grandes rencontres scientifiques qu’ils se distinguent. Ce n’est non plus dans le secteur de l’édition des œuvres scientifiques que les Africains de la diaspora expriment le meilleur de leurs génies. De New York à Houston, de Paris à Montréal en passant par Bruxelles et Zurich, l’Africain de la diaspora danse. Il danse frénétiquement. Tenez ! Dans la ville de Francfort en Allemagne, ville universitaire qui accueille depuis des décennies des centaines d’étudiants originaires du continent, aucune rencontre scientifique n’a été organisée par les Africains ces derniers 12 mois. Par contre, les babillards de cette ville multiculturelle par excellence ont été constamment embellis par des posters géants d’invitation aux soirées de gala ou aux méga-barbecues. Une spécificité des dites affiches à format géant a été à n’en point douter la qualité des dames choisies pour la « une », question de soigner le côté marketing : des jeunes filles africaines au bagage naturel désarmant, habituellement habillées en tenue «dvd», entendez « dos et ventre dehors».

Pendant que la fièvre Ebola produit quotidiennement son lot de victimes et que l’organisation Mondiale de la Santé (OMS) annonce des statistiques encore plus alarmantes pour janvier 2015, au moment justement où Boko Haram prend carrément le contrôle de portions importantes des États du Cameroun et du Nigéria, il est tout de même curieux que l’animation des réunions ethniques ou l’organisation des rencontres-barbecues soient les plus grandes œuvres que puisse réaliser une communauté diasporique constituée d’un panier aussi riche en docteurs, ingénieurs et autres diplômés de l’enseignement supérieur. Peut-être que certains observateurs trouveront justification à la forte propension des Africains de la diaspora dans l’organisation des soirées de gala et l’animation des réunions ethniques. Toutefois, au regard du rôle déterminant que jouent aujourd’hui les diasporas (chinoise, indienne, etc.) dans le processus de développement de leur État d’origine, il y a de quoi se faire bien de soucis sur le devenir de l’Afrique.


[1] «Les immigrés africains sont les étudiants les plus diplômés aux USA», 27.02.2013, disponible à:  http://www.bstar.fr/les-immigres-africains-sont-les-etudiants-les-plus-diplomes-aux-usa/ 22.09.2014

L.J.

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